Voilà le monde dans lequel nous avons vécu en 2017. A soigner nos névroses et nos égos, avec l’illusion d’être les stars du jour…

Quand on y pense, la véritable révolution apportée par les réseaux sociaux a été de nous faire croire que l’on n’est pas si seul. Même dans la radicalité, même dans le délire, dans la folie, dans la souffrance aussi, il y a toujours quelqu’un qui ressent la même chose, qui pense la même chose.

La première vocation des réseaux est de soigner nos névroses. Dont la plus importante est la peur d’être seul. Comment? En nous permettant de partager, de s’épancher, de se créer des «amis» et des «suiveurs» avec lesquels il est possible d’échanger et de tisser un lien social.

Tout cela crée de la compagnie. Celui qui est seul, très seul, ne l’est plus. Il n’est plus en détresse. Il quitte sa solitude, son enfermement, sa réclusion mentale. Il a ou il croit avoir des amis, des «frères», des semblables, des clones.

Mais aussi des disciples, des admirateurs, des suiveurs, des personnes qu’il influence et qui peuvent lui obéir au doigt et à l’œil.

Parce qu’en plus de soigner nos névroses, les réseaux sociaux flattent nos égos. Nous basculons dans l’euphorie, dans l’exaltation. Nous avons le sentiment d’être des êtres supérieurs, des champions, des «stars» à part entière, des gens importants. Nous rivalisons avec les célébrités de notre époque, avec les décideurs, avec les VRP.

La libération de la parole et son corollaire, les déferlements de haine, ne sont rien devant la libération des égos. Il suffit de s’asseoir devant son clavier ou sa caméra, et de se lâcher. Il n’y a pas de frein et pas de censure, personne pour vous contrôler ou réfréner vos ardeurs.

La possibilité d’interpeller des gens inaccessibles, d’opiner sur des sujets graves, de récolter un maximum de succès (les fameux « like ») sans avoir la science infuse, toute cette manière d’accéder à ce qui était inaccessible, cette visibilité offerte à des gens «normalement invisibles», tout cela a fait naître en chacun le sentiment qu’il est fort, exceptionnel, un champion, quelqu’un capable d’avoir une incidence et un impact sur le cours des choses.

Il est d’ailleurs intéressant de voir comment, dans leur stratégie marketing, les réseaux participent à cette hypertrophie des égos. Ils inventent, chaque jour, un nouveau paramètre dont la finalité est la même: vous exalter et faire de vous la star de l’instant qui passe.

Vous piaffez de désir et d’impatience devant les célébrités qui passent à la télévision ? Pas de problème, les réseaux ont inventé, pour vous, le «live» pour vous persuader que vous aussi, vous pouvez vous produire devant «votre public». Avec la promesse d’être adulé et applaudi comme une vraie star.

Vous rêvez d’un voyage exotique? D’un amour extraordinaire? D’un conte de fées? Vous rêvez que tout le monde vous aime? Connectez-vous, stay tuned comme on dit, et on vous propulsera dans un avion pour les Bahamas ou une histoire d’amour pour l’année qui vient, on vous expliquera (on vous démontrera!) que 99,99 % de vos «amis» vous aiment, que vos défauts sont des qualités. Et que vos lendemains seront meilleurs…à condition de rester connectés bien sûr.

En 2017, beaucoup trop de personnes ont passé plus de temps sur les réseaux qu’à lire un nouveau livre ou regarder un film. Elles ont vécu dans une bulle, leurs yeux ne quittant jamais leurs ordinateurs ou leurs téléphones portables, toujours à l’affut du « bip » de leur fil d’actualité.

Même le meilleur de leur «vraie vie» a été raconté et partagé sur les réseaux, admiré, commenté, décortiqué. Et quand elles ont oublié de le faire, les réseaux l’ont fait à leur place, en leur proposant le «best of» de leurs activités sur le mois ou l’année, avec «live», photos, anniversaires, nombre de «like», de commentaires, de nouveaux amis, etc.

Voilà le monde dans lequel nous avons vécu en 2017, à une échelle très personnelle. A soigner nos névroses et nos égos, avec l’illusion d’être les stars du jour…

Que se passera-t-il à l’heure du réveil, quand il s’agira de sortir de sa bulle? Je vous renvoie à David Mamet, grand dramaturge américain, qui nous raconte dans le magnifique «Parrain d’un jour», l’histoire d’un pauvre cordonnier qui est le parfait sosie d’un parrain de la mafia. Quand le parrain est assassiné, c’est le cordonnier qui le remplace. Et il est tout heureux de le faire, gagnant en puissance et en gloire. Mais l’illusion ne dure qu’un temps, et quand la mafia décide rapidement de passer à autre chose, le faux-parrain redevient un cordonnier fauché et qui craint désormais pour sa vie…

C’était tout, les amis. Rendez-vous l’année prochaine, si tout va bien.

le360.ma/




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