Plusieurs jeunes de la cité Champagne, à Argenteuil (95), affirment faire l’objet de contrôles violents, accompagnés d’insultes et d’humiliations de la part d’un groupe de policiers. L’une des pratiques courantes consiste à infliger des salves de procès-verbaux, sans motifs apparents. Plusieurs habitants tentent de rassembler assez d’éléments pour obtenir justice. Jusqu’à présent en vain.

Cela fait plus de quatre ans maintenant que Stanis tente d’alerter les pouvoirs publics sur le comportement de certains policiers patrouillant dans la cité Champagne, située à Argenteuil, dans le Val-d’Oise. Âgé de 40 ans, il a pourtant quitté le quartier depuis de nombreuses années. À la suite d’un énième contrôle mouvementé dont ont été victimes son petit frère et ses amis, 41 amendes ont été dressées. Cette inflation a poussé Stanis à entamer un véritable travail de bénédictin.

Son objectif : documenter les exactions d’un groupe de policiers que de nombreux habitants accusent de violences, d’insultes, souvent racistes, et d’humiliations. Au fil des incidents, Stanis a accumulé des dizaines de témoignages écrits, signés à la main et accompagnés de pièces d’identité. Mediapart a pu les consulter. Il a conservé une trace de chaque démarche qu’il a pu entamer, allant jusqu’à faire signer une attestation à l’accueil des administrations où il a pu déposer son dossier. 

Chaque document officiel – photo, vidéo ou attestation médicale – est soigneusement classé et archivé. Le dossier n’a pourtant jamais été pris au sérieux, ni par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), ni par la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du Val-d’Oise, toutes deux saisies par Stanis. Contactées par Mediapart, ni l’une ni l’autre n’ont souhaité répondre à nos questions.

En effet, les habitants n’ont bien souvent que leur bonne foi à opposer à ces accusations. La litanie des incivilités que décrit la liste des procès-verbaux donne l’image d’une cité envahie de détritus à heure fixe, les P.-V. ayant été rédigés les différents jours à des heures très proches. « On a l’impression que, durant trois jours, à la même heure, la cité a été prise d’assaut par une bande d’éboueurs incontinents qui se baladaient en criant et la clope au bec », ironise Stanis.

L’image ne correspond en effet pas à ce que l’on peut constater sur place. Même si cela ne suffit pas à remettre en cause les accusations des policiers, Mediapart a pu constater que Geoffrey habitait un pavillon au pied de la cité, avec un petit jardin entretenu et disposant de ses propres poubelles. Et durant les quelques heures que nous avons passé avec Geoffrey, à aucun moment celui-ci n’a allumé de cigarette.

La cité Champagne a parfois connu des tensions et des vagues d’incivilités. Mais le lieu est loin de la zone de non-droit et, en ce samedi après-midi de novembre où Mediapart s’y est rendu, la cité était particulièrement calme. Seuls quelques enfants jouent au pied de l’immeuble. « Vous voyez, c’est quand même tranquille, nous explique Stanis. C’est assez petit et il y a assez peu de jeunes. »

Le cas de la cité Champagne n’est pas une exception. Dans une note publiée le 22 novembre, la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), Christine Lazerges, soulignait à quel point ces pratiques pouvaient empoisonner les relations entre policiers et populations. « Des témoignages recueillis par les acteurs associatifs font […] état de violences policières au sens large au cours de l’interaction (propos humiliants et dégradants, recours injustifié aux fouilles ou palpations de sécurité, tutoiements, etc.), autant d’éléments qui expliquent pourquoi les pratiques de contrôle sont devenues en France un abcès de fixation des tensions police-population », explique Christine Lazerges.






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