En moins de dix mois après sa nomination à la tête du ministère chargé des Marocains vivant à l'étranger, le nouveau ministre, Abdelkrim Benatiq, est attendu sur plusieurs fronts ! C’est l'occasion pour lui, de redorer le blason de son administration qui a eu un passage chaotique après la gouvernance par deux ministres médiocres que le Maroc n’ait jamais connus à la tête d’un ministère si important et si stratégique pour le royaume. 

Attendu, entre autres pour régler les problèmes récurrents : ceux de spoliations des biens des MRE, de divorces, de l’urgence d’une amélioration des services consulaires, du champ cultuel géré par les MRE, de l’opération transit ou « mar7aba », des démarches douanières, de la requalification de la société civile, de la langue arabe (ELCO), de l’adoption d’une démarche culturelle rénovée, du dossier de nos Chibanis ou encore le dossier épineux de la participation politique, etc. 

Le ministre parle d’une liste de « Priorité-S à définir » ! Priorité de quoi? Priorité par rapport à quoi? Comme si le ministère ne connaît pas ou ne possède pas cette fameuse liste des doléances des MRE. Si tant est que cela ne soit pas le cas, i.e. pas de liste connue, il suffit de prendre les milliers de dossiers qui s'entassent dans les « archives » du ministère et d'en construire une base de données exhaustive. Voilà notre liste est établie, au boulot monsieur le ministre ! 

Les membres de la « JALIYA » galèrent depuis des décennies. En tant qu'observateur de la vie des MRE, militant des causes de notre diaspora depuis plusieurs années, je ne crois pas une seconde à l'inexistence au ministère de cette fameuse liste. Vos administrés connaissent très bien « Quelles sont les Priorités ». Il suffit de transformer la liste en un plan de travail, tout un programme vous attend, monsieur le nouveau ministre. 
Autrement dit, la difficulté réside dans le manque de vision, de stratégie à adopter, d’un manque de compétences. C’est plutôt la méthode de travail qu’il faudra changer, et on ne le dira jamais assez ! 
Tous les jours, nous observons qu'il n'est pas venu, encore, le moment où nos chers décideurs puissent comprendre que le Maroc, ne peut, et, ne pourra jamais, fonctionner comme la France ou l'Allemagne ou même un petit pays comme la Belgique, pourtant ce dernier est si développé et dynamique au sein de l'Europe malgré sa petite taille. Il ne suffit pas de faire un copier/coller d’une loi européenne pour qu'elle puisse s'appliquer sur le Maroc ou sur sa population, il faut prendre en considération la nature et la situation de l'environnement économique et social cibles. Nous avons l'impression que les projets n’existent pas seulement par manque d’« études d'impacts », malheureusement, c’est une constatation faite sur plusieurs projets. 
Il est étonnant de voir un ministère, hautement stratégique, géré sans aucune vision de stratégies élevées à la hauteur des intérêts du pays. 
Une Stratégie! 
En voilà une des priorités, la 1ère, et non la moindre, pour répondre aux attentes des intérêts vitaux du Maroc et de la Diaspora. Une vraie vision globale d’État, loin de toute couleur partisane afin de préserver les axes et le plan-cadre non remis en question à chaque nouvelle nomination. On nous a habitués, à chaque venue d'un nouveau ministre, à des plans et super-plans et des soi-disant nouvelles stratégies montées à la hâte et fort payées à des cabinets de copinage. 

Nous vivons cette situation depuis le passage de madame Nouzha Chekrouni. S'il y a un seul compliment à reconnaître, c'est celui du passage de M. Ameur à ce ministère qui, de l'avis général, il reste un des meilleurs de tous les protagonistes à la tête de ce ministère. Il est le seul ministre pour qui les membres de la Diaspora retiennent le nom et les réalisations. Aucun autre ministre n'a eu autant de reconnaissances. 

Le Maroc a mis en place au cours des années 2000 plusieurs stratégies sectorielles visant la modernisation de son économie, le renforcement de la croissance, la promotion de l’emploi et la dynamisation de l’exportation et, par voie de conséquence, le soutien de l’économie nationale dans son ensemble. On peut recenser au moins près d’une douzaine de stratégies réalisées : 
  1. Le plan Maroc Vert ;
  2. La stratégie nationale de l’émergence industrielle ; 
  3. Les visions 2010 et 2020 pour le tourisme ; 
  4. La stratégie énergétique nationale ; 
  5. La stratégie nationale des technologies de l’information et de l’économie numérique ; 
  6. La vision 2015 pour l’artisanat ; 
  7. La stratégie nationale de développement de la compétitivité logistique ; 
  8. La stratégie Rawaj pour le commerce et la distribution ; 
  9. La stratégie du commerce extérieur ; 
  10. La vision stratégique de la formation professionnelle ; 
  11. La stratégie nationale pour l’enseignement supérieur ; 
  12. Les programmes de promotion de l’emploi et de la protection sociale, etc.
Dans tous les secteurs, le Maroc a opéré par stratégie sectorielle sauf pour celui des MRE. On nous rabâche continuellement que le ressors des MRE est réglementé par le cabinet royal, et que le ministre des MRE n'a aucun pouvoir décisionnel ! Cela dit, à qui profite ce déni ?
Pourquoi le ministère n'arrive pas à gagner la confiance des MRE ? Que fait le ministère avec le budget qui lui est alloué ? Pourquoi le ministère ne fait pas appel à des membres compétents dans les rangs des MRE pour sa gestion, y compris la nomination du ministre ? C’est une institution qui doit intégrer une majorité de ses ressources humaines à partir des compétences marocaines de l’étranger. 

Aussi nous nous sommes habitués aux différents ministres accrédités à ce ministère. Dès leur installation, ils mettent en avant leur soi-disant « stratégie ». Sauf pour l'actuel ministre, monsieur Benatiq, qui ne semble pas avoir de stratégies ni même de visibilités. Pourtant sur le site web du ministère, un site qui excelle par son contenu vide de substance, on trouve bien un document qui parle de certaines « Stratégies Nationales pour les MRE », un document en arabe et dont la date s’est arrêtée à 2016. Un document accrédité à l'ancien ministre, Anis Birrou. On se rappelle du passage de monsieur Birrou à la Maison du Maroc, où il était venu expliquer sa stratégie sur l'offre culturelle pour les MRE (novembre 2014). Il était venu, parler ou plutôt vendre, une certaine « Offre » concoctée à Rabat par un cabinet privé payée à coup de millions de dirhams. (Lettre adressée à M. Birrou en 2014). 
À la question : « pourquoi vous êtes venu nous parler de la culture sans que vous ne soyez accompagné par le ministre de la Culture ? » Il répond sèchement : « si j'allais parler de la carte d'identité marocaine, je ne vais pas non plus faire venir le ministre de l'Intérieur ? 
Voilà donc un ministre qui met en place une étrange stratégie, et qui parle des choses dont il n'est pas le responsable. Et pour la petite anecdote, au même moment au Maroc, le ministère de la Culture avait lancé sa stratégie culturelle pour les Marocains d'intérieur sans prendre en compte la composante de l'étranger. Le comble ! Où est passé donc le contrôle du chef du gouvernement garant de la mise en place d’une politique pour tous les Marocains, y compris ceux (MRE) qui remplissent les caisses de l’État ? On comprend par-là, que le document du site sur la stratégie concernait l'ancien ministre et non le nouveau Benatiq. Du coup, on comprend aussi pourquoi ce dernier n'en parle pas. Cela dit, va-t-il, quand même, respecter les engagements de son prédécesseur ? 

Le dysfonctionnement du dossier MRE est étendu à d’autres oinstitutions tel que le CCME (Conseil dédié aux MRE). Cet organisme n'a jamais fonctionné comme le stipule le Dahir qui l’a mis en place ! Nous assistons, même en ce moment, à des querelles intestines entre ceux (membres actifs) qui contribuent et/ou ont concouru à sa déchéance, contre sa direction actuelle (le secrétaire général*). Cette campagne de dénigrement médiatique est menée par des membres qui continuent à profiter des largesses incontrôlées du Conseil. (*Le président est aux abonnés absents depuis des années !)

Le parti majoritaire au pouvoir apparait très actif derrière ces manœuvres nébuleuses afin d’enfoncer le Conseil pour que le parti puisse placer ses pions à la direction du Conseil et en prendre le contrôle. Les attaques émanent notamment d’une certaine députée (MRE d’Italie) devenue depuis ministre et d’un MRE membre du dit Conseil appartenant au parti islamiste dont le logo est une lampe.

Notons que ce Conseil (CCME) dont l’idée de fonctionnement « vendue » à Sa Majesté en 2007, était l'évaluation des politiques publiques du Royaume envers ses ressortissants à l'étranger et qui avait en outre pour mission d'émettre des avis en vue de veiller à la défense des intérêts des MRE et de renforcer leur contribution à la vie politique et au développement du pays. Or, dix ans après, aucun avis ni propositions n’ont été émises. Qu’a-t-on fait des milliards dépensés pour cette mission ? Parmi les organismes libertins du système touchant le dossier MRE, nous trouvons également celui de la Fondation Hassan II qui ne trouve pas la nécessité de refaire son conseil d'administration avec une opacité totale de son budget de fonctionnement ! Voilà donc un autre organisme qui ne fonctionne pas démocratiquement non plus. Nous comprenons maintenant le pourquoi et le comment du dysfonctionnement de ces ainstitutions. 

Nous profitons de ces moments de prise de conscience générale sur la responsabilité historique des individus à la tête de plusieurs institutions et la vague du tremblement occasionné par le discours royal sur le manquement aux devoirs de responsabilités et qui a engendré le « Black-listing » de certains hauts responsables. 
Par conséquent, nous demandons le rajout, à cette liste de bannis, les noms des responsables qui ont failli à leur mission, parmi ceux qui ont été à la tête des institutions en charge des MRE ces 10 dernières années.
Une fois la mise en place de cette stratégie est réelle, elle va fatalement nous conduire à prendre en considération ces populations cibles, les MRE. En voilà une autre priorité, qui est celle de prendre en considération la Marocaine et le marocain quel qu’il soit sa situation socio-professionnelle loin de toute exclusion basée sur les diplômes et l'appartenance familiale ou purement financière. Les prendre en considération revient à les « classer » en une seule et unique catégorie. La même que celle qui englobe les Marocains de l'intérieur, à savoir la catégorie des citoyens qui se battent pour la même devise : « Dieu, la Nation, le Roi ». 

Les prendre en considération c’est de répondre à leurs appels et leur donner l’information recherchée selon un horaire affiché et respecté, et un calendrier de vacances connu à l'avance.

Les prendre en considération c’est de répondre à leurs mails, à leurs lettres, à leurs demandes déposées tout au long de l’année ou pendant le laps de temps d’été. 

Pour que cela fonctionne, il faut un engagement de l’État par la mise en place d'une charte nationale pour les MRE. Une charte qui énumère les points et principes de respect envers une population trop ignorée alors qu’elle joue pleinement son rôle de citoyens modèles. 

À partir de là, on peut parler de la liste des doléances, voilà ce que la diaspora marocaine demande. 

Bien à vous 

Mohammed HASHAS
Acteur associatif - France
S.G. de l’Association Transferts et Compétences - ATC
Coordinateur du Collectif des Associations de Marocains d’Europe – CAME

Fait à Argenteuil, le 01/01/2018




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