Le texte suivant reproduit la chronique « Citoyens Marocains à l’Etranger » d’Abdelkrim Belguendouz, universitaire à Rabat, chercheur en migration, diffusée le 1er janvier 2017 dans l’émission marocaine « Arc En Ciel », animée par Abdellatif Essadki sur Radio Pluriel (Lyon).



Assalamou alaykoum
Bonjour à toutes et à tous. Meilleurs vœux de santé et de quiétude pour 2017 pour toutes celles et tous ceux qui nous écoutent, en souhaitant également que l’année 2017 soit l’année de la rénovation de la politique du Maroc en direction des citoyennes et des citoyens marocains établis à l’étranger.

Comme tous les intervenants qui m’ont précédé, je souhaiterais également réagir à l’analyse présentée par le secrétaire général du CCME Abdellah Boussouf, le 27 décembre 2016, dans le cadre de l’émission « Daïf Al Oula » (l’invité de la première chaine de télévision marocaine), en centrant ma contribution ici sur un thème que nous formulons par l’interrogation suivante.

De par le dahir l’instituant (dahir n°1.07.2008 du 21 décembre 2007), le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger ou CCME n’étant pas officiellement un bureau d’études comme certains le présentent, mais ayant essentiellement une fonction consultative et une fonction prospective, peut-on dire que ces deux fonctions centrales sont assurées complètement comme l’a soutenu tout dernièrement le secrétaire général du CCME, dans le cadre de l’émission « Daïf Al Oula » ? 

Pour ma part, en tant qu’analyste et observateur actif de la scène migratoire marocaine, j’ai un point de vue totalement différent. J’estime que ces deux fonctions centrales, qui constituent la raison d’être de ce conseil, ne sont pas du tout assurées. Arguments à l’appui, je voudrais le montrer en abordant ici deux points principaux.

Premier point, pourquoi depuis sa création fin 2007, le CCME n’a tenu qu’une seule assemblée générale annuelle, quelles sont les raisons de ce dysfonctionnement structurel et quels enseignements peut-on en tirer ?

Le deuxième point principal est le suivant. La mission centrale du CCME est double : une mission consultative et une mission prospective.

Si pour « Daïf Al Oula », les responsables du CCME ont pleinement réussi dans la réalisation de cette double mission, je voudrais montrer au contraire, que le cahier de charges imposé aux responsables du CCME par le dahir portant création de ce Conseil, n’a nullement été respecté.

Abordons dans le détail ces deux points principaux que l’on vient de formuler, en leur consacrant deux volets successifs.

PREMIER VOLET
D’abord quelques mots sur l’assemblée plénière du CCME. Parce que très souvent, pour expliquer ou justifier l’absence de tenue régulière chaque année de l’assemblée générale de ce conseil, ses responsables et même des membres du CCME, invoquent l’idée que la question les dépasse, qu’elle est liée à des aspects protocolaires du fait que le CCME est placé auprès du Roi et que par conséquent, ils ne sont pas responsables de la non tenue chaque année de l’assemblée générale.

Je voudrais montrer ici au contraire que la direction du CCME endosse l’intégralité de la responsabilité de cette carence, qui est le signe d’une mauvaise gouvernance flagrante.

Pour ce faire, partons du dahir lui-même (dahir du 21 décembre 2007 portant création du CCME), en particulier des articles 12 et 14 qui régissent l’assemblée plénière. 

Précisons ici deux choses pour bien cerner la question :
  • Je ne vais pas parler à ce niveau de l’assemblée plénière qui se réunit en session spéciale sur ordre du Roi. Celle-ci a un régime spécial et dépend effectivement du Roi.
  • Je ne vais pas parler également de l’assemblée plénière qui se réunit en session extraordinaire à la demande des deux tiers de ses membres, après approbation de sa date et de son ordre du jour par le Roi. 
L’assemblée plénière qui nous intéresse dans notre analyse ici est celle qui se réunit en session ordinaire et qui est régie par les articles 12 et 14.

Analysons successivement ces deux articles :
L’ARTICLE 12 : stipule notamment ce qui suit : « l’assemblée plénière est composée de l’ensemble des membres du Conseil. Elle se réunit sur convocation du président du Conseil pour délibérer sur l’ordre du jour approuvé par Notre Majesté ».

Explicitons cette dernière disposition du dahir. Trois points sont à retenir :
  1. Celui qui prend l’initiative de la convocation de l’assemblée plénière qui se réunit en session ordinaire, c’est le président.
  2. C’est le président du CCME qui prépare et propose l’ordre du jour.
  3. L’ordre du jour doit être approuvé par le Roi.
Les éléments précédents nous permettent par conséquent d’établir une clarification de la plus haute importance qui doit être prise en considération : ce n’est pas le Roi qui convoque l’assemblée plénière du CCME en session ordinaire ; ce n’est pas le Roi qui établit son ordre du jour. Ces deux attributions relèvent entièrement et exclusivement du président du CCME. 

Par ailleurs, le même article 12 précise les attributions ou compétences de l’assemblée plénière. Si on les soulève, ce n’est pas pour des questions de pure forme, mais parce que l’assemblée plénière joue un rôle important. Quatre domaines en particulier sont à relever :
  1. L’assemblée plénière approuve le programme annuel ou pluriannuel de l’action du CCME.
  2. Elle approuve le budget y afférent.
  3. Elle statue sur les projets de rapports, les recommandations et les avis consultatifs qui lui sont soumis dans le cadre de l’ordre du jour. Gardons bien à l’esprit cette troisième et très importante attribution de l’assemblé plénière.
  4. Elle sollicite l’approbation du Roi pour permettre au Conseil de délibérer sur une question relevant de ses missions.
Cette dernière attribution est également importante. Elle montre que même si le CCME ne dispose pas de l’autosaisine, rien n’empêche qu’il demande au Roi l’autorisation de délibérer sur une question qui parait importante au Conseil.

Qu’en est-il maintenant de l’article 14 du dahir portant création du CCME ?

L’ARTICLE 14 amène une précision très importante pour contribuer à la bonne gouvernance du Conseil, en délimitant même la période de l’année à laquelle celui-ci doit obligatoirement se réunir :
« L’assemblée plénière du Conseil se réunit une fois par an, en session ordinaire au cours du mois de novembre sur la base d’un ordre du jour et d’une date proposée à notre Majesté par le président après consultation du bureau du Conseil ».
Le bureau du Conseil auquel il est fait allusion ici est délimité au niveau de sa composition par l’article 17 du dahir : « Outre le président du Conseil et le secrétaire général, le bureau comprend les présidents des groupes de travail ». 

Dans le cadre du CCME, les groupes de travail internes sont au nombre de six :
  • Culture, éducation et identités.
  • Citoyenneté et participation politique.
  • Administration, droits des usagers et politiques publiques.
  • Compétences scientifique, techniques, et économiques pour le développement solidaire.
  • Cultes et éducation religieuse.
  • Approche genre et nouvelles générations.
UN RÉSUMÉ AVEC 6 OBSERVATIONS
Résumons-nous pour tout ce qui est de l’assemblée plénière du CCME qui se réunit en session ordinaire et qui est la plus courante. Formulons à ce titre les six observations suivantes :

1ère observation : L’assemblée doit se réunir une fois par an à une date précise, le mois de novembre.

2ème observation : Ce n’est pas le Roi qui la convoque, mais c’est le président du Conseil qui prend l’initiative. L’article 16 du dahir portant création du Conseil confirme cette responsabilité qui incombe au président : « Le président assure la direction du Conseil et la coordination des travaux de ses organes et de ses activités ; il prend toutes les mesures nécessaires à sa gestion et au bon fonctionnement, notamment :
  • élabore les dates des sessions du Conseil et les soumet à l’approbation de Notre Majesté ;
  • convoque les membres du Conseil pour se réunir lors des sessions ordinaires ou urgentes (…) 
3ème observation : Si l’assemblée plénière en session ordinaire ne se réunit pas, ce n’est pas parce que le Roi ne la convoque pas, et que ceci dépend de lui. La raison en fait est celle-ci. Si l’assemblée générale ne se réunit pas, c’est parce que le président du CCME ne prend pas l’initiative de la convoquer.

4ème observation : Ce n’est pas le Roi qui établit l’ordre du jour, mais c’est le président qui l’établit et le soumet au Roi pour approbation.

5ème observation : Une des attributions majeures de l’assemblée plénière ordinaire est celle de discuter et de trancher notamment sur divers projets de rapports.

Il s’agit du rapport annuel d’activité élaboré par chacun des six groupes de travail, du rapport général d’activité du Conseil, du rapport financier qui permet notamment normalement un minimum de contrôle financier par les membres du CCME, qui ont le droit de savoir où va l’argent, comment il est réparti, sur quelles bases.

Mais il y’a également le rapport stratégique tous les deux ans, qui renvoie à la mission prospective du Conseil de la communauté marocain à l’étranger. Il faut bien remarquer ici que la mission prospective du Conseil ne peut valablement se réaliser que si l’assemblée plénière se réunit, discute et adopte le rapport stratégique. Cette procédure n’est pas superflue ou secondaire. Elle est incontournable.

6ème observation : L’autre prérogative centrale et essentielle de l’assemblée plénière ordinaire est de discuter, de délibérer et de voter les projets de recommandations et les projets d’avis consultatifs qui sont par la suite soumis à l’institution concernée, ici à Sa Majesté le Roi.

Autrement dit, la fonction consultative du Conseil, n’est assurée concrètement, que si l’assemblée plénière discute et adopte les recommandations et les projets d’avis consultatifs. Le passage par l’assemblée plénière est incontournable.

A partir des six observations qui précédent, tirons deux conclusions très importantes.

DEUX CONCLUSIONS MAJEURES

1ère conclusion majeure : 
Les documents qui sont envoyés sous le titre de rapport et notamment avec le titre de rapport stratégique, n’acquièrent cette qualité et cette légitimité que s’ils sont discutés et approuvés par l’assemblée plénière.

De même, on ne peut considérer comme recommandations ou comme avis consultatifs que les recommandations et les projets d’avis qui sont soumis à l’assemblée plénière et que celle-ci les approuve. Tout autre document qui ne transite pas préalablement par cette procédure obligatoire, ne peut être considéré valablement comme avis consultatif. 

Or en dehors de l’assemblée générale de lancement qui a eu lieu à Rabat les 6 et 7 juin 2008, il n’y a jamais eu au grand jamais, d’autres assemblées plénières ordinaires depuis 9 ans !

2ème conclusion majeure :
Cette seconde conclusion est liée en fait à une interrogation fondamentale que l’on doit se poser : comment expliquer l’absence de tenue de l’assemblée plénière durant une aussi longue période, au mépris des textes en vigueur ?

L’analyse que l’on vient de mener a bien montré que ce constat ne peut nullement être lié à des aspects protocolaires qui dépassent la volonté des hauts responsables du Conseil.

A notre sens, la responsabilité incombe entièrement au président du CCME qui n’a pas procédé aux convocations nécessaires annuelles de l’assemblée plénière, estimant n’être pas tenu par le respect du dahir.

La raison fondamentale nous parait, de notre point de vue, être liée à l’absence de réalisation de tout ce qui a trait aux fonctions centrales du CCME : absence de préparation des avis consultatifs, absence de préparation du rapport stratégique tous les deux ans.

Par conséquent, c’est pour fuir cette responsabilité, pour éluder, esquiver et occulter le fait que la mission consultative et la mission prospective du CCME n’ont pas été remplies, c’est pour ces raisons fondamentales que le président du CCME n’a jamais convoqué d’assemblée plénière annuelle, en dehors encore une fois de l’assemblée générale de lancement qui s’est tenue les 6 et 7 juin 2008.

Ou est alors la reddition des comptes pour tout responsable, principe inscrit dans le marbre de la Constitution de 2011, sachant par ailleurs que le président actuel du CNDH (Conseil national des droits de l’homme) cumule encore depuis mars 2011 la présidence du CCME !?

Venons en maintenant à la deuxième partie de notre intervention consacrée à la fonction consultative et à la fonction prospective pour voir si cette double mission est réellement assurée.

DEUXIÈME VOLET
La fonction consultative couvre de vastes champs de préoccupations, liées notamment aux problèmes, aux attentes et aux aspirations des Marocain(e)s résidant à l’étranger au plan économique, social, culturel, politique, éducatif, administratif, culturel et bien d’autres dimensions.

Selon l’article 2 du dahir n°1-07-208 du 21 décembre 2007, portant création du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, le Conseil a pour attribution et prérogative d’émettre des avis sur :
  • les avant projets de textes législatifs et réglementaires dont l’objet concerne les affaires de l’émigration et les questions concernant les Marocains résidant à l’étranger ;
  • les principales orientations des politiques publiques permettant d’assurer aux Marocains résidant à l’étranger le maintien de liens étroits avec leur identité marocaine et notamment celles relatives à l’enseignement des langues, l’éducation religieuse et l’action culturelle ;
  • les mesures ayant pour but de garantir les droits et préserver les intérêts des Marocains résidant à l’étranger, notamment en situation difficile et précaire ;
  • les moyens visant à inciter les Marocains résidant à l’étranger à participer aux institutions et aux différents secteurs de la vie au niveau national, et à la promotion des actions menées à leur profit ;
  • les moyens de renforcer la contribution des Marocains de l’étranger au développement des capacités de leur pays d’origine, aux niveaux national, régional et local, à l’effort du développement humain durable et à la modernisation de la société ;
  • le développement des stratégies modernes de communication, d’interaction et de coopération avec les pays d’accueil aux niveaux culturel, humain et économique.
La fonction prospective du Conseil est régie aussi par l’article 2 du dahir qui énonce notamment ce qui suit : « le Conseil est également chargé d’observer les évolutions prévisibles dans le domaine de l’émigration sur le plan politique, économique, culturel et scientifique ».

Cette disposition est compétée et précisée par l’article 4 qui énonce notamment que le Conseil établit tous les deux ans « un rapport général d’analyse des tendances de l’émigration marocaine et de ses problématiques particulières ».

Ceci pour permettre aux pouvoirs publics marocains d’anticiper en prenant les mesures nécessaires au niveau des politiques publiques inhérentes au dossier multidimensionnel et multisectoriel de la communauté des citoyens marocains à l’étranger.

Par conséquent, normalement on aurait dû déjà avoir présenté quatre rapports stratégiques depuis fin 2007 et être, fin 2016, en voie de finalisation du cinquième. Or aucun rapport stratégique n’a été élaboré jusqu’ici et encore moins adopté en assemblée plénière, puisque celle-ci ne s’est réunie qu’une seule fois en juin 2008.

PAR CONSÉQUENT, LA MISSION PROSPECTIVE N’EST PAS ASSURÉE PAR LE CCME
De même, les projets d’avis consultatifs sont préparés, en fonction des attributions dévolues, par l’un des six groupes de travail du Conseil, par le biais notamment de larges consultations avec les milieux concernés, en particulier la société civile MRE, et doivent être discutés et entérinés par l’assemblée plénière.

Or là aussi, aucun avis consultatif n’a été soumis à l’assemblée plénière du CCME. 

Par ailleurs et contrairement à ce qui a été avancé par « Daïf Al Oula », les avis consultatifs ne peuvent être assimilés aux résumés d’interventions, à un catalogue de propositions et de recommandations issues de journées d’études, de séminaires, de colloques, de déclarations politiques, de rencontres diverses.

Pas plus que les avis consultatifs ne peuvent être ramenés à des livres qui sont imprimés et édités par le Conseil et qui sont envoyés à divers responsables, en leur demandant de s’en inspirer pour leur action concrète.

DONC LÀ AUSSI, IL N’Y A EU DE NOTRE POINT DE VUE, L’ADOPTION D’AUCUN AVIS CONSULTATIF DU CCME, EN TENANT COMPTE DES DISPOSITIONS DU DAHIR PORTANT CREATION DU CONSEIL.

A ce stade, deux précisions et clarifications s’imposent dans la mesure où les responsables du CCME avaient l’obligation absolue de préparer deux avis consultatifs spécifiques. 

Le premier avis consultatif était même déterminé par l’article 25 du dahir portant création du Conseil, dont le premier mandat transitoire était fixé pour quatre ans, pour entreprendre des études et consultations afin de proposer au Roi les modalités de constitution du futur Conseil. Or cet avis consultatif n’a jamais été préparé et finalisé. Il aurait dû l’être longtemps à l’avance pour que dès la fin 2011, on ait un nouveau CCME qui se caractérise notamment par une représentativité démocratique. 

En fait, les responsables du CCME ont profité de l’avènement de la nouvelle constitution (juillet 2011) qui a constitutionnalisé le Conseil (article 163) pour justifier à postériori la non préparation de cet avis consultatif, en disant que cette exigence était désormais caduque, la nouvelle constitution exigeant la présentation d’une nouvelle loi relative au CCME constitutionnalisé. En fait, les responsables du CCME ont agi contre l’option d’un futur conseil représentatif et démocratique, et combattu l’idée même que cette option puisse être soumise à discussion dans le cadre de concertations ouvertes et plurielles avec notamment la société civile MRE. Il ne pouvait y avoir d’avis consultatif sur ce plan que s’il prônait la nomination pure et simple de ses membres en avançant le fait qu’un conseil consultatif ne pouvait être que nommé et nullement élu. 

Par cette position, les responsables du Conseil n’ont-ils pas « oublié » les orientations du Roi contenues dans son discours du 6 novembre 2007, dans lequel il préconisait pour le futur un conseil notamment démocratique, représentatif et élu… !?

Le deuxième avis consultatif figurant dans le cahier de charges des responsables du CCME est celui demandé par le Roi lors de la nomination le 21 décembre 2007 de Driss El Yazami et Abdellah Boussouf, respectivement président et secrétaire général du CCME. Tendant à faire participer la communauté marocaine à l’étranger à la vie nationale, et notamment à la vie démocratique du Maroc, cet avis consultatif n’a nullement été préparé.

Tout ce qu’il y’a eu en fait, c’est l’édition par le Conseil en 2013 d’un livre en deux langues (arabe et français) intitulé : « la question de la participation et de la représentation politiques des Marocains du monde », livre qui avait été brandi par le secrétaire général du CCME lors de son dernier passage à « Daïf Al Oula ». Or ce livre n’est nullement un avis consultatif. Les responsables du Conseil ont simplement donné deux points de vue qui étaient opposés et contradictoires, parce qu’ils ont estimé qu’il n’y avait pas consensus et qu’il était difficile dans ces circonstances, de formuler valablement un avis consultatif en la matière.

En fait, il n’y a pas eu accord par les responsables du CCME (le président, le secrétaire général et l’ex numéro 3 du Conseil) qui ont été tous et tout le temps, contre cette participation et représentation politique par rapport au Maroc des MRE. Par contre, la grande majorité des membres du groupe de travail « citoyenneté et participation politique » était pour cette implication parlementaire au Maroc, à partir de circonscriptions électorales législatives de l’étranger. Ces membres ont essayé de faire un travail sérieux, crédible et pluraliste pour préparer l’avis consultatif, mais le trio dirigeant s’y est opposé en menant toute une série d’actions contre cette participation. 

Ces responsables ont trouvé cette astuce d’élaborer un livre dans lequel l’interprétation dominante est celle de la non-participation, en invoquant les soi-disant problèmes techniques, matériels et logistiques qui entravent irrémédiablement cette participation, l’absence de demande démocratique des MRE, le fait que les pays d’immigration interdisent ce genre d’élections sur leur territoire respectif et bien d’autres arguments fallacieux qui ne sont que des échappatoires et des dérobades.

Encore une fois, cette attitude est celle de tous les hauts responsables du CCME, y compris le secrétaire général qui a même fait de l’excès de zèle en ce domaine et lors de la dernière émission, il n’y pas eu de position nouvelle. Dans une démarche de pure « com », le secrétaire général a simplement essayé de justifier le fait que le CCME n’a jamais été contre la participation politique des MRE, mais qu’il l’avait au contraire encouragé s’agissant de la représentation au niveau de la Chambre des Conseillers. Or, il n’y a jamais eu d’avis consultatif du CCME sur ce point. 

Par ailleurs, dans le cadre de la commission nationale de révision de la Constitution (adoptée en juillet 2011) et dans laquelle siégeait notamment le président du CCME, aucun amendement tendant à la création d’un collège MRE pour la constitution de la seconde chambre n’a été présenté par le président du CCME ou bien par d’autres membres de la commission de révision constitutionnelle qui étaient proches de ce Conseil. Par contre, la proposition venant de divers « grands » partis politiques tendant à la représentation de MRE dans la Chambre des Conseillers a été refusée.

Par ailleurs, lors de l’émission « Daïf Al Oula », l’invité a bien posé la question de savoir pourquoi le gouvernement n’a pas cherché à faire passer une loi dans le sens de la députation des MRE alors qu’il dispose d’une majorité parlementaire et que même l’opposition était pour cette représentation à la chambre des députés.

La question est pertinente et le reproche fait au gouvernement se justifie. Mais peut-on valablement faire endosser l’entière responsabilité de ce déficit démocratique au seul gouvernement ? En effet, tous les responsables du CCME, y compris le secrétaire général, ont tout fait à partir de leurs écrits, de leurs démarches auprès de partis politiques, du parlement, de certaines institutions nationales (en particulier le CCDH puis le CNDH), de leurs interviews et de leur participation dans des séminaires et colloques, pour que les MRE ne participent pas.

A ce niveau, on ne peut nullement dire que le secrétaire général du CCME ait changé d’avis et qu’il y a maintenant une inflexion dans la position officielle concernant cette participation politique.

Rappelons en effet que la décision de participer est déjà prévue par la Constitution, dont les dispositions s’imposent à tous. De même, de nombreux discours royaux sont pour cette participation. Par conséquent, le secrétaire général a simplement essayé - sans y parvenir à notre sens- de se justifier en disant que le Conseil n’a jamais été contre cette participation politique, alors que le suivi des positions du numéro 2 du Conseil montrent le contraire, avec l’usage permanent de la formule de « surenchère politicienne » pour dénigrer toute demande démocratique des MRE, tout plaidoyer dans ce sens dans le cadre du débat public et toute initiative parlementaire. 

Dans ces conditions et pour renouer avec l’objet central de notre intervention, comment peut-on suivre le secrétaire général du CCME qui a persisté et signé dans l’émission « Daïf Al Oula », en disant que le CCME a pleinement joué son rôle prospectif et consultatif avec notamment l’envoi, a-t-il dit, de vingt avis consultatifs au Roi sur des sujets très sensibles !

Or aucune preuve n’a été donnée de ce fait. Il va même jusqu’à dire que le Conseil n’a pas à donner de justification ni même d’information sur le sujet : « les avis consultatifs ne sont pas des communiqués de presse » sous-entendu à diffuser largement et à faire partager par l’option publique. « Ça ne regarde personne, sauf les instances directement concernées », a-t-il précisé. Autrement dit, personne n’a le droit de savoir.

Cette attitude est très nuisible à la crédibilité des institutions au Maroc. Elle laisse supposer que les responsables du CCME ont réellement assumé leur mission centrale, qu’ils ont bien envoyé des avis consultatifs au Cabinet Royal et que c’est ce dernier qui ne communique pas en rendant public ces avis consultatifs. Ils insinuent même que c’est par rapport et au vu de cette mission consultative et prospective accomplie par le CCME, que ce Conseil a eu le satisfecit du Roi, lors du discours du Trône du 30 juillet 2015.

Mais de notre point de vue, les responsables du CCME n’ont pas le triomphe modeste. Selon nous, lorsque le Roi parle de la nécessité de se prévaloir notamment de l’expérience accumulée par le CCME pour mettre à niveau le paysage institutionnel concernant le dossier MRE, cela veut dire à notre sens, qu’il faut tenir compte non seulement des aspects positifs, mais également des aspects négatifs du Conseil, car les dysfonctionnements, les ratages, les échecs, font partie également de l’expérience accumulée.

Pour conclure, le CCME est un acquis qu’il faut préserver. Mais comme il ressort de notre analyse, il a besoin d’une refonte globale pour devenir un CCME démocratique, représentatif, transparent et efficient, répondant aux attentes et aspirations des citoyennes et des citoyens marocains établis à l’étranger. Un CCME qui soit digne du qualificatif d’institution de bonne gouvernance que lui donne parmi d’autres institutions nationales, la Constitution rénovée de 2011.

Par ailleurs, la reddition des comptes par les responsables du CCME nous parait primordiale.

Tout comme nous parait nécessaire l’organisation d’un débat public responsable, serein, constructif sur le dossier stratégique d’intérêt national qu’est celui de la communauté des citoyens marocains à l’étranger. Encore faut-il que les responsables du CCME ne se dérobent pas au débat public comme celui instauré de manière responsable ouverte, franche et directe dans le cadre de l’émission marocaine « Arc En Ciel ». 

On ne peut d’un côté comme l’a fait tout dernièrement le secrétaire général du CCME dans un article intitule « les Marocains du Monde, les grands absents de 2016 » paru dans un site arabophone, regretter et se plaindre de l’absence de discussion politique publique et de débat sociétal relatif au dossier citoyens MRE et de l’autre côté, trouver chaque fois un prétexte pour ne pas participer soi-même au débat public contradictoire auquel il est sollicité.

Sur ce point, qu’il me soit permis de lire le contenu d’une brève correspondance en date de la mi-juin 2016 :
« A l’attention particulière de M. Abdellah Boussouf, secrétaire général du CCME
Assalamou Alaykoum Si Abdellah Ramadan Mobarak Karim
Suite à l’appel qui vous a été lancé sur Radio Pluriel, permettez-moi de vous confirmer la proposition suivante.
Dans le cadre de l’émission marocaine « Arc En Ciel », animée de manière professionnelle, honnête et équilibrée par M. Abdallah Essadki, je suis disposé, si vous le souhaitez, à avoir avec vous en tant que secrétaire général du CCME un débat d’idées, serein et respectueux des opinions de chacun sur le CCME et la participation politique, ainsi que la représentation politique des citoyens MRE par rapport au Maroc.
En partageant avec vous le contenu de l’émission « Arc En Ciel » du dimanche 12 juin 2016 reproduite sur le site Wake Up Info et dans l’attente de votre réponse, je vous prie SSi Abdellah, de recevoir l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Rabat, le 13 juin 2016
Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur en migration »
Par la même occasion, nous lançons un appel aux responsables des télévisions marocaines dans leurs trois variantes, celle de Rabat, de Casablanca et de Tanger, et plus particulièrement aux responsables d’émissions dites de débat. Le débat suppose notamment une participation plurielle des intervenants autour du plateau pour qu’il y’ait véritablement un échange, une confrontation d’analyses et d’opinions. Or très souvent, s’agissant du dossier des citoyens marocains à l’étranger, il y a un choix monolithique et à sens unique de la participation qui amène pratiquement à l’exclusion de points de vue différents ou contradictoires.

Ce parti-pris flagrant est nuisible à l’expression du pluralisme et au débat démocratique.

Sur le dossier migratoire, en particulier son volet citoyens marocains à l’étranger, il est plus que temps de mettre fin au discours à sens unique des officiels et des institutionnels, développé dans des émissions qui se présentent comme des cadres de débat, mais qui sont en fait très loin de cette exigence démocratique.

Rabat, le 1er janvier 2017 

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur en migration





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