Près de cinq ans après sa nomination, Mohamed Ameur, ministre délégué chargé de la Communauté marocaine résidant à l’étranger a convié la presse ce mardi à Rabat, pour faire le bilan de son action.

Un mandat qui lui a permis, dit-il, de sortir ce ministère de l’anonymat. Ameur met également à son actif, une myriade de réalisations au profit des MRE. Toutefois, le ministre regrette le manque d’harmonie des institutions dédiées à cette Communauté et admet son impuissance face à certains problèmes, comme la cherté des prix dans le transport maritime. 

Mohamed Ameur est satisfait de son bilan à la tête du ministère en charge de la Communauté marocaine résidant à l’étranger. Devant une poignée de journalistes conviés hier (mardi 9 août) à Rabat, il a dressé le bilan des activités de son département durant les quatre dernières années. Premier constat, le budget de ce ministère qui ne disposait même pas de locaux lors de sa création il y a moins de cinq ans, a triplé entre 2007 et 2011, passant de 154 millions de dirhams à 446 millions de dirhams (MDHS). Un renforcement des ressources financières qui a permis d’engager plusieurs chantiers au Maroc, mais surtout dans les pays d’accueil des MRE.

Garder la main sur les Marocains du monde
Le volet culturel et éducatif a été l’un des piliers de l’action du département de Ameur. Et ce, en vu de «prévenir les risques de rupture» des liens avec le Maroc des nouvelles générations de MRE. C’est dans ce cadre qu’un programme de modernisation et de réforme de l’enseignement de la langue et de la culture marocaine a été élaboré au profit des enfants de la diaspora pour un coût de 14 MDHS. Environ 160 000 enfants ont bénéficié de ce programme d’enseignement de la langue arabe, qui sera prochainement enrichi par l’amazigh. 5 centres culturels marocains sont également en cours de finalisation dans 5 pays et 6 sont en cours d’études.

Sur le plan social, l’action du ministère a surtout été influencée par les crises qui ont éclaté récemment dans certains pays accueillant des immigrés marocains. En effet, les différentes opérations de rapatriement menées cette année ont permis le retour dans le royaume de plus de 18 600 Marocains. Le gros du lot étant venu de la Libye, avec quelques 15 242 rapatriés, l’Egypte (1 230) et la Côte d’Ivoire (937). Quant à la situation actuelle en Syrie, Ameur juge qu’elle n’est pas encore aussi alarmante pour déclencher une nouvelle opération de rapatriement.

En ce qui concerne la promotion des investissements des MRE, il faut signaler que le fonds «MdM Invest» n’a jusqu’à présent réussi à financer que quelques 14 projets, alors que 4 300 immigrés marocains ont bénéficié du dispositif «Damane Sakane» jusqu'à juin 2011. Le ministère promet en outre d’étendre le programme « logement social» mis en place au profit des MRE.

Le cas des retraités, mi-figue, mi-raisin
Interpelé sur le problème des retraités marocains en conflit judiciaire avec la CAF en France, Mohamed Ameur a estimé que cette question relève plutôt du ministère de l’emploi qui doit négocier des arrangements avec les autorités de l’Hexagone pour mettre fin à la détresse de ces chibanis. Ces vieux immigrés, ne peuvent toujours pas rejoindre le Maroc plus d'un certains nombre de mois dans l'année, sous peine de voir leurs allocations fortement amputées.

Le ministre s’est par contre félicité de l’abattement de 85% sur les frais de dédouanement des véhicules des retraités marocains. Notons cependant le rétro-pédalage du gouvernement sur cette dernière mesure qui avait été pourtant accueillie très favorablement. En effet, moins de deux ans après l'entrée en vigueur de cette disposition, le ministère des Transports et de l'Equipement apportait une limitation qui allait lui faire perdre tout son intérêt pour les retraités MRE. Ainsi, l'importation de véhicule de plus de 5 ans d'âge était interdit à partir de janvier 2011. Ce n'est que plusieurs mois après, qu'un compromis a été trouvé pour l'importation de véhicules de moins de 10 ans, sous un régime dérogatoire pour les MRE qui durera 2 ans.

Le bateau flambe, le ministère impuissant
Autre épine au pied de Ameur, la cherté des prix du transport maritime entre l'Espagne et le Maroc. Des prix «exagérés» selon le ministre qui estime toutefois n’avoir «aucun moyen d’obliger [les compagnies maritimes desservant le Maroc depuis le Sud de l’Europe] à baisser les prix». Nous avions pourtant pointé sur Yabiladi.com la responsabilité du gouvernement marocain qui reste maître de l'attribution des licences pour desservir les ports du royaume. A l'instar de la justice espagnole qui avait condamné plusieurs compagnies pour entente sur les prix sur la ligne Algésiras-Sebta, le ministère des MRE avec celui des Transports auraient pu diligenter une enquête pour ensuite saisir la justice marocaine. Nul doute que le gouvernement espagnol soucieux comme on l'a vu de maintenir la transparence des prix de la traversée, aurait accueilli favorablement l'action du royaume.

Enfin, si la plus grande fierté de Mohamed Ameur est d’avoir réussi à sortir son ministère de «l’anonymat», le ministre dit surtout regretter le manque d’harmonie des différentes institutions en charge des MRE. «Le problème, c’est le manque de coordination entre ces instances», à savoir, son département, le CCME et la Fondation Hassan II. Tout en excluant la création d’une haute instance qui réunirait ces différentes entités (une suggestion formulée dans l'édito de notre dernier web magazine), le ministre renvoie la balle au gouvernement qui doit «créer un cadre» définissant clairement le champ d’action de chacune de ces institutions afin d’éviter les fréquents télescopages.

Une position qui semble beaucoup plus franche et claire à l'égard des autres institutions en charge des MRE. Auparavant, le ministre en fin diplomate, prenait soin d'éviter toute polémique avec ses collègues du CCME. La fin de mandat donne plus de liberté à la parole. Si le bilan de Mohamed Ameur peut être discuté, il a le mérite d'exister. Rappelons que sa prédecesseur, Nouzha Chekrouni, n'avait pas jugé nécessaire de convier la presse pour communiquer sur ses actions à la tête du ministère. Yabiladi.com avait alors donné la parole aux internautes marocains à l'étranger pour faire eux-même le bilan !

Par Oumar Baldé & Mohamed Ezzouak


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