La question migratoire reste encore et toujours d’actualité. Vu les milliers d’Africains qui se dirigent quotidiennement vers les Îles Canaries pas avec des patéras comme au détroit (Boughaz) mais avec de vrais bateaux de mer. 

La ruée vers l’Eldorado préoccupe tout le monde, surtout les gouvernements et plus particulièrement l’UE. Malheureusement, comme pour l’Islam et les Musulmans les Européens font de l’amalgame et la confusion le fil directeur de leur politique. On lie l’immigration illégale, au terrorisme, à la criminalité internationale, au trafic des drogues, à la prostitution et à l’esclavagisme,

Mettre sur le même pied d’égalité des pauvres africains qui aspirent à une vie meilleure au terrorisme et à la criminalité organisée est en soi un crime. Cette pratique de culpabiliser l’Autre de tous les maux rend la politique européenne myope, sourde et inhumaine.

Alors, pour contrer cette horde d’africains, pour combattre l’immigration illégale, pour empêcher les patéras, les barques et les bateaux d’accoster, l’UE propose de fortifier les frontières. Construire des barrières infranchissables, des murs très hauts, des barbelés électriques, une surveillance électronique sophistiquée, des avions de reconnaissance avec caméras infrarouge, multiplier les patrouilles sur mer et créer des centres de rétention dans les pays du Maghreb. C’est-à-dire, organiser des camps et des sélections des demandeurs d’asile en dehors et loin de l’UE dans les pays d’origine ou à proximité des pays d’origine.

Cette politique de l’autruche ne pense qu’à deux choses. D’un côté se défendre, se fortifier, se protéger de ce phénomène et, de l’autre côté de éloigner ce déferlement des frontières européennes. Alors, pour noyer le poisson on fait appel à des spécialistes et on organise régulièrement des rencontres, des discussions, des débats, des hearings, des séminaires, des symposiums, des assemblées, des meetings, des conférences, des congrès et des rassemblements de tout genre.

Résultat, on a multiplié les textes souvent illisibles et incompréhensibles à l’infini. Après études et réflexions on a publié dans toutes les langues des milliers de brochures avec, des centaines de milliers de propositions, de suggestions, de recommandations, de concepts, de projets et des théories diverses. Sûrs d’avoir fait quelque chose de positif et de constructif, les Européens ont la conscience tranquille.

Cependant, de la théorie à la pratique les surenchères sont ouvertes pour «réduire les pressions migratoires». Malheureusement, le discours de l’extrême droite gagne du terrain. A côté de la xénophobie et l’antisémitisme, l’islamophobie est devenue une banalité dans la société européenne. Même les communautés installées depuis des générations sont devenus des populations à risque qu’il faut surveiller de très près.

Pour ceux qui arrivent quand même en Europe c’est plutôt l’enfer qui les attend. Racisme, xénophobie, discrimination, exploitation, incendies des foyers, réprimandes, sanctions, refoulements et expulsions. Pour les Africains, la réalité dépasse et de loin la fiction. L’Europe n’est plus l’espace de liberté et de fraternité pour laquelle, africains, goummiers et harkis ont combattu pour la libérer du joug nazi, c’est un espace de repli sur soi et de contradiction. Un jour on régularise, le lendemain on expulse.

En conclusion, je demande humblement aux responsables européens, j’implore les responsables européens pragmatiques et je revendique aux responsables européens courageux, d’appréhender l’immigration comme un fait social, normal, légitime et global, et non vu seulement du côté sécuritaire comme un risque, voire une menace. Comme je l’ai dit et redit « Je ne suis pas une menace, Je suis menacé ». Et, comme nous l’avons à maintes reprises revendiqué au sein du ‘Forum Européen des Migrants’ « la question de l’immigration est foncièrement d’ordre culturel: il est légitime, juste et conforme à la réalité de la voir figurer dans le volet social et culturel du partenariat euro-méditerranéen ».

Sarie Abdeslam
17 septembre 2006




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