Maintenant que la guerre de près de sept ans en Syrie est pratiquement terminée, le processus de reconstruction du pays dévasté prend de l’ampleur, et le coût financier de cet effort s’élève à 200 milliards de dollars. Qui va payer ?

Rien qu’en regardant les ruines d’Alep, la deuxième plus grande ville de Syrie et le carnage dans tout le pays, depuis les villes, villages, ponts, routes, services publics, hôpitaux, écoles, etc., le chiffre réel de la reconstruction pourrait dépasser les 200 milliards de dollars.

Ensuite, il y a le coût inestimable de la souffrance humaine et des familles décimées. Au total, les réparations pourraient s’élever à des trillions de dollars.

La guerre de Syrie n’était pas une guerre civile ordinaire, comme les médias occidentaux ont eu tendance à le dépeindre de façon mensongère.

Dès le début, le conflit a été celui d’une guerre secrète menée sous l’impulsion de l’extérieur pour effectuer un changement de régime contre le gouvernement du président Bachar Assad. L’agitation du printemps arabe de 2011 a fourni une couverture pratique pour le complot occidental de déstabiliser la Syrie.

Les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, la Grande-Bretagne, la France et la Turquie, ont été les principales forces motrices de la guerre en Syrie, qui a fait jusqu’à 400 000 morts et des millions de citoyens déplacés de leurs foyers. Les autres acteurs régionaux clés qui ont parrainé la campagne contre le gouvernement syrien étaient l’Arabie saoudite, le Qatar et Israël.

La plupart des militants qui ont combattu en Syrie pour renverser les autorités de l’État n’étaient pas des ressortissants syriens. Des djihadistes autoproclamés de dizaines de pays du monde entier se sont rendus en Syrie, où ils ont été financés, armés et dirigés par des forces secrètes d’États occidentaux et arabes.

L’intervention et l’attrait barbare vers la Syrie indique à quel point l’effort de renversement du gouvernement syrien a été orchestré par des puissances étrangères.

Il s’agissait d’un projet planifié et concerté de changement de régime. La violence systématique imposée à la Syrie était très probablement due à une conspiration criminelle internationale perpétrée par les Etats-Unis et tous ces « partenaires ». La responsabilité pénale peut donc être invoquée.


Cela signifie que les réparations financières et les dommages-intérêts peuvent être demandés par l’État syrien contre les puissances étrangères qui ont mené la guerre, quoique indirectement par l’intermédiaire de groupes militants supplétifs.

L’ironie amère, cependant, est que les États-Unis et leurs alliés occidentaux utilisent la détresse provoquée par la guerre en Syrie comme moyen de pression pour poursuivre leur objectif politique d’évincer Assad. Ce que ces puissances n’ont pas pu accomplir sur le champ de bataille avec leurs mercenaires terroristes, elles semblent maintenant le poursuivre par leur domination sur les institutions financières internationales.

Le Fonds monétaire international, dont le siège est à Washington, estime que la reconstruction de l’infrastructure syrienne dévastée coûtera 200 milliards de dollars. (Comme nous l’avons mentionné plus haut, c’est probablement une sous-estimation grossière).

Comme le rapportait Bloomberg News la semaine dernière : « Les Etats-Unis et leurs partenaires européens et arabes insistent depuis des années pour qu’Assad s’en aille et utilisent maintenant la carotte du financement pour reconstruire la nation brisée dans une ultime tentative de pression sur le dirigeant syrien. Le Fonds monétaire international estime le coût de la reconstruction à 200 milliards de dollars, et aucun des principaux alliés de la Syrie, de la Russie et de l’Iran, ne peut se permettre de payer la facture. »

La question est de savoir si la Russie et l’Iran ne peuvent pas se permettre d’aider à reconstruire la Syrie. Qui peut dire que ces deux puissances, avec la Chine et d’autres nations eurasiennes, ne pourraient pas s’unir pour créer un fonds de reconstruction pour la Syrie, indépendant des pays occidentaux et de leurs régimes arabes clients ?

Toutefois, quelle que soit la source de financement de la Syrie, ce que la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres acteurs internationaux de premier plan devraient faire c’est de mettre la pression auprès des Nations Unies et d’autres instances mondiales telles que le Mouvement des pays non alignés, ils devraient faire en sorte de répudiatier les efforts occidentaux pour lier l’aide financière aux changements politiques futurs en Syrie.

Alexander Lavrentiev, l’envoyé de la Russie à la tête du processus de paix en Syrie, a réitéré la position de Moscou selon laquelle le résultat politique pour la Syrie doit être déterminé par le seul peuple syrien, libre de toute influence extérieure. C’est également la position de plusieurs résolutions des Nations unies.


Lavrentiev affirme que Bachar Al Assad devrait être libre de se présenter aux élections présidentielles de l’année prochaine s’il le souhaite et qu’il est inacceptable que les États-Unis et leurs alliés tentent d’utiliser l’aide financière comme outil de négociation.

« C’est une approche simpliste quand certains pays occidentaux disent qu’ils ne donneront de l’argent que lorsqu’ils verront que l’opposition arrive au pouvoir ou que leurs intérêts sont pleinement pris en compte« , a déclaré l’envoyé russe.

Ce conditionnement occidental n’est pas seulement inacceptable mais scandaleux. Loin de chicaner sur l’aide financière à la Syrie, le débat devrait être élargi pour demander aux gouvernements de rendre des comptes sur la destruction et les pertes de vies humaines en Syrie.


Etablir la responsabilité n’est pas un mystère. L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie sont connus pour avoir versé de l’argent et des armes à des dizaines de groupes de style jihadiste, dont Ahrar al-Sham et Jaysh al Islam, sous l’égide du Front islamique ou de l’Armée de la Conquête. La distinction précise – le cas échéant – entre ces groupes et les organisations terroristes internationalement proscrites du Front de Nosra (Hayat Tahrir al-Sham) et Daesh (État islamique) est insaisissable et probablement négligeable.

Les forces spéciales étatsuniennes, britanniques et françaises sont connues pour avoir entraîné des militants sous la fausse bannière de « rebelles modérés » et « armée syrienne libre », même lorsqu’il est prouvé que ces mêmes groupes coopéraient avec des réseaux extrémistes de type Al-Qaida. Sous la présidence de Barack Obama, le gouvernement étatsunien a investi 500 millions de dollars dans la formation de « rebelles » en Syrie. Plus tôt cette année, Trump a mis fin aux opérations de formation de la CIA. Il s’agit en fait d’un aveu de culpabilité de Washington pour avoir alimenté la guerre.

Jusqu’ à récemment, les forces étatsuniennes et britanniques formaient le groupe militant Maghawir al Thawra sur la base d’Al Tanf, à la frontière syro-irakienne. Le gouvernement étatsunien a également financé un autre groupe djihadiste, Nour al-Din al Zenki, qui est devenu célèbre dans une vidéo montrant ses membres décapiter un garçon palestinien.

Les caches d’armes récupérées par l’armée arabe syrienne après la libération des bastions de l’Etat islamique (EI) à Deir Ezzor montrent également des stocks d’armes fabriquées par les Etats-Unis et d’autres munitions de l’OTAN, y compris des missiles antichars.

Les gouvernements occidentaux ont ouvertement financé le faux groupe de secouriste – les casques blancs – qui ont travaillé main dans la main comme front de propagande pour le Front Al Nosra, affilié à Al-Qaida.

Il y a eu des liens systématiques entre les gouvernements occidentaux, leurs régimes clients régionaux et les supplétifs terroristes qui ont mené la sale guerre en leur nom en Syrie au cours des sept dernières années.

C’est une insulte pour le peuple syrien de la part des gouvernements occidentaux que d’imposer des restrictions sur l’aide financière à la Syrie. En outre, les coûts économiques de la reconstruction ne devraient pas être imputés au peuple syrien. Ces coûts devraient être entièrement payés par Washington et ses partenaires qui se sont engagés dans une guerre criminelle contre la Syrie.

Il est certain que la Syrie, la Russie, l’Iran et d’autres gouvernements alliés devraient former une poursuite internationale pour crimes de guerre.

Non seulement Washington, Londres, Paris et d’autres doivent payer des dommages-intérêts mais les dirigeants politiques et militaires de ces pays devraient être placés sur le banc des accusés pour répondre personnellement des crimes commis contre le peuple syrien. Permettre l’impunité, c’est laisser Washington et ses voyous récidiver les mêmes crimes ailleurs, encore et encore.

Par Finian Cunningham
Russia Today 
Traduction SLT







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