Une vingtaine de blessés, une douzaine de commerces vandalisés. C’est le bilan des échauffourées qui ont agité le centre de Bruxelles samedi soir. Au départ, un rassemblement de supporters qui voulaient fêter la qualification du Maroc. À l’arrivée, de la violence et des dégâts. Et beaucoup plus de questions que de réponses.



Samedi soir nous n’étions pas dans le centre de Bruxelles. Nous n’avons donc pas vu ce qui s’y est passé. Nous en avons entendu parler bien sûr. Et nous avons surtout vu énormément d’images. Une voiture renversée et incendiée, des vitrines de commerce fracturées. Une autopompe en action. Des policiers qui chargent bouclier et matraque à la main. Ces images, diffusées à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans les journaux ce matin, ont façonné notre ressenti. Nous avons immédiatement compris qu’il y avait eu la de la violence et des mouvements de foules. Comme toutes les images, celles-ci provoquent des émotions. Une émotion forte qui amène les médias à employer le terme d'émeutes... alors que les violences sont restées limitées à un petit nombre d'individus. Le problème d'une image, c'est donc qu'elle nous touche, nous impressionne, sert de base aux analyses et commentaires… alors qu’elle ne permet que très rarement de comprendre la réalité d’une situation.

Que s’est-il passé avant et après la prise d’image? Le jet d’objet, la voiture retournée, la charge de la police, l’autopompe… dans quel ordre faut-il les mettre? Dans quel contexte ont-ils été commis? Avec quelle intention? Les professionnels de l’image vous le diront. Si je mets la vitrine cassée avant l’intervention de la police, c’est une réaction policière à du vandalisme. Si je fais mon montage dans l’autre sens, vous aurez le sentiment que la police a eu la main un peu lourde et que cela a déclenché la colère des supporters. On dira quand même que, dans les deux cas, renverser une voiture ou piller un magasin n’est jamais un comportement acceptable, qu’il n’y a pour cela aucune excuse et que la violence doit légitiment être sanctionnée et punie.

Si les images ne disent pas toute la vérité, nous devons nous nous informer autrement
C’est tout l’enjeu des enquêtes désormais commanditées. Dans quel ordre les événements se sont-ils produits? Y-avait-il assez de policiers? Auraient-ils pu intervenir plus tôt? Était-il possible d’interpeller les casseurs plutôt que de foncer sur la foule? Y avait-il des policiers en civils qui auraient pu s’acquitter de cette tâche ou seulement des unités en uniformes "robocop"? Et du côté des "supporters": y-avait-il une véritable intention de se distinguer des casseurs ou au contraire a-t-on délibérément laissé faire et couvert les dérapages? Est-ce qu’on s'est offert un moment de pillage donc de vol pur et dur sous prétexte qu’une foule allait couvrir ces actes de délinquance?

Il existe une chose que les images ne raconteront jamais et qu’on pourrait nommer le sentiment de frustration. La frustration de se dire que quand les Diables Rouges font un bon résultat, la fête est autorisée, mais que quand c’est le Maroc qui est qualifié, les unités anti-émeutes sont de sortie. C’est évidement réducteur et biaisé, mais le terreau est fertile pour laisser croire aux jeunes concernés qu’il existe "deux poids deux mesures" et vous trouverez toujours des individus aux intentions douteuses pour véhiculer et renforcer ce fantasme et appuyer sur la victimisation. Les faits, rien que des faits, pour sortir de cet enchainement.

Dans la situation de samedi, il aurait suffi d’une bonne communication entre supporters et forces de l’ordre pour éviter que cette fête ne dégénère. Cela suppose des représentants crédibles du côté des supporters, avec une voix suffisamment écoutée pour ramener le calme. Et du côté policier, une volonté d’aller au contact par le dialogue, pas seulement par la matraque. La politique de sécurité d’une grande ville marche sur deux pieds: la répression d’un côté, la prévention de l’autre. C’est grâce à la prévention que les policiers et les jeunes auraient pu se connaître, dialoguer et se respecter mutuellement. Quand on marche sur une seule jambe, on finit par trébucher.

Fabrice Grosfilley

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