La faillite de groupes privés de formation professionnelle est au centre d'une bataille entre l'administration Trump et des milliers d'étudiants endettés qui s'estiment floués par de fausses promesses d'emploi et des diplômes sans valeur.

Quelque 95.000 dossiers d'annulation de dettes sont en souffrance au ministère de l'Education, après l'abrogation d'une loi qui facilitait les démarches des demandeurs. La majorité sont d'anciens étudiants de deux géants du secteur des "universités à but lucratif", Corinthian Colleges et ITT Tech, qui ont fermé en 2015 et 2016.

Danielle Adorno, une New-yorkaise de 30 ans, voulait devenir pâtissière. Elle a contracté des prêts de 25.000 dollars au total pour suivre des "études culinaires" à l'Art Institut, un groupe privé qui gère plusieurs écoles dans le pays.

"C'était vraiment un enseignement de base, qui sortait d'un livre de cuisine. On trouve la même chose sur YouTube", raconte-t-elle à l'AFP.

L'école, selon elle, a utilisé une "tactique détournée" pour la convaincre de s'inscrire, en ne lui fournissant aucune information sur le taux de réussite aux examens ou et ce que devenaient les diplômés.

Après neuf mois de formation, elle doit déchanter. "Les restaurateurs me riaient au nez en voyant mon diplôme", dit-elle.

- Naïveté -

Elle admet une certaine naïveté mais estime qu'on lui a menti sur la qualité du programme et ses débouchés, et en veut comme preuve que l'école de New York a depuis fermé ses portes. Par contrat, Danielle Adorno ne peut pas poursuivre l'Art Institute, alors elle a demandé au ministère de l'Education l'annulation de son prêt au titre de la Loi sur la protection des emprunteurs.

Promulguée en 1994, le loi avait été très peu utilisée jusqu'à la faillite du groupe Corinthian Colleges, condamné à 1,1 milliard de dollars d'amende pour publicité mensongère et fausses déclarations. Face à l'ampleur du scandale, la loi avait été modifiée en 2016 pour simplifier les démarches des étudiants et renforcer les sanctions contre les établissements convaincus de fraude.

Mais la loi a été abrogée par la ministre de l'Education Betsy DeVos, fervente partisane de l'école privée, qui a ordonné une réécriture du texte. Aucune demande n'a été approuvée depuis janvier. Le ministère, qui n'a pas répondu aux questions de l'AFP, affirme que ses services sont surchargés.

Le Syndicat des écoles et universités d'enseignement professionnel (CECU) a salué l'abrogation de la loi, dénonçant le "programme idéologique" de l'administration démocrate contre le secteur de l'éducation privée.

"Le ministère était à la fois juge et partie (avec) le pouvoir de fermer une école qui ne lui plaisait pas", explique à l'AFP le président du CECU, Steve Gunderson.

M. Gunderson récuse les critiques d'enseignement au rabais, assurant que ces établissements privés sont "une très bonne niche dans l'éducation post-secondaire".

- 'Marge bénéficiaire' -

Mais pour le sénateur démocrate Richard Durbin, "l'enseignement est mauvais dans la majorité de ces écoles, les étudiants qui se sont lourdement endettés ne peuvent pas terminer leurs études, et s'ils les terminent, ne trouvent pas d'emploi satisfaisant".

"Si on vous a promis un travail que vous ne décrochez pas, on vous a trompé, escroqué", affirme-t-il.

Selon Clare McCann, spécialiste de l'enseignement supérieur au centre de réflexion New America, ces groupes privés "cherchent à augmenter leur marge bénéficiaire" alors que "beaucoup sont financés à près de 90% par des prêts fédéraux" qui paient les frais de scolarité des étudiants.

"Les contribuables paient plus de 130 milliards de dollars chaque année (à travers les prêts) pour financer ces écoles", souligne-t-elle à l'AFP. "Quand le gouvernement annule les dettes fédérales, il a l'autorité pour récupérer cet argent auprès des écoles. Donc elles font pression pour limiter le nombre de dossiers acceptés et s'assurer qu'elles n'auront pas à rembourser".

Mme McCann, qui avait participé à la modification de la loi en 2016, estime que le nouveau texte devrait être prêt en novembre 2018.

En attendant, Danielle Adorno, a trouvé un emploi de secrétaire et obtenu la suspension temporaire de ses remboursements. Mais elle n'a plus accès à un crédit.








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