Devant les écoles privées et les missions étrangères j’observe souvent le comportement des parents au volant de leurs voitures de luxe. 

Une véritable course, une rivalité, des klaxons, des embouteillages, on dirait qu’ils jouent aux voitures tamponneuses. 

Chacun à son volant jette un regard méprisant sur les autres, avec des fois des crises de colères, des insultes et des accrochages.

Ce qui est grave, c’est que ces parents se considèrent comme « la crème de la société », ils sont universitaires, médecins, ingénieurs, PDG, avocats…Et je me demande alors « si ces citoyens hautement cultivés et diplômés agissent de la sorte que pouvons-nous attendre des autres citoyens sans cultures et illettrés ? ». 

Qui alors va pousser notre pays vers l’avant ?

Si « la crème de la société » se comporte devant les écoles comme les conducteurs des triporteurs, je me demande ce qu’ils ont appris dans leurs grandes écoles ?

D’ailleurs ceci me rappelle une remarque classique de nos parents que nous entendions dans les années 70 quand ils voyaient un enfant se comporter d’une manière irrespectueuse : « c’est tout ce que tu as appris à l’école ? ». Pour cette génération l’école était non seulement un lieu d’instruction mais aussi un lieu d’éducation et d’apprentissage du civisme et de la citoyenneté.

« La crème de la société » se partage 5 caractéristiques :
  1. Projet de fuir le Maroc et de s’installer à l’étranger. Ils sont insatisfaits et critiquent le pays jour et nuit. Ainsi ils abandonnent leurs concitoyens dans l’obscurantisme culturel.
  2. « D’abord moi puis le déluge ! ». Ils ont un Ego hypertrophié et ne s’occupent que d’eux-mêmes et de leurs enfants en les mettant dans les grandes écoles.
  3. Ils se considèrent supérieurs aux autres marocains avec un déni absolu de l’hypertrophie de leur Ego et de la misère sociale et ils se rachètent une bonne conscience en adhérant à des clubs mondains de bienfaisance sociale.
  4. Ils n’ont aucun sens d’appartenance à la société marocaine et se considèrent étrangers dans leur propre pays. Ainsi ils entravent l’instauration de la démocratie avec un déni total de l’injustice et de la misère « Dieu merci, le Maroc progresse bien » répètent-ils souvent. Ils restent des consommateurs du système en attendant d’avoir la possibilité de fuir à l’étranger.
  5. Ils évoquent sans cesse les valeurs humaines et morales, mais cela reste de simples ondes vocales sans aucune mutation en actes réels et constructifs pour la société.
Comment résoudre cette impossible équation : des diplômes qui enrichissent matériellement mais qui appauvrissent le sens d’appartenance sociale, anesthésient le sens de la responsabilité vis à vis du pays et qui affectent même l’amour de la nation? Où est donc la problématique ?

Cette équation est faussée par des erreurs dans les objectifs et les programmes scolaires :
  1. L’enseignement est devenu une véritable industrie dont les produits sont des robots qui doivent obtenir des notes très élevées et les meilleurs diplômes.
  2. L’enseignement est devenu un casino et l’enfant doit sortir gagnant avec un diplôme qui assure des bénéfices, illimités si possible.
  3. L’enseignement ne se soucie plus du développement personnel et de la transformation spirituelle de l’enfant, du préjeune et de l’étudiant universitaire. Il ne se sent pas concerné par le développement des capacités de l’enfant sur le plan des valeurs humaines et sociales. En fait l’enseignement considère ce développement personnel sans intérêt financier.
  4. L’enseignement n’encourage pas l’enfant à acquérir l’amour de la connaissance et ne lui apprend pas que le but de l’école est d’avoir le bagage nécessaire pour servir la société, le pays et l’humanité. Au contraire l’enseignement est présenté comme un moyen qui permet d’avoir des diplômes qui permettent à leur tour d’avoir une belle villa et une voiture de luxe et de voyager à travers le monde. Nous entendons toujours des parents dire « tu dois bien travailler à l’école pour t’assurer un bel avenir » !
  5. L’enseignement développe l’égoïsme en mettant les élèves dans la compétition et la course vers la première place. Ainsi on fabrique déjà « le meilleur et le nul » et évidement ceci ne peut produire que de la rivalité entre élèves en les empêchant de développer un esprit d’équipe et de travailler main dans la main pour construire le pays et coexister ensemble.
  6. L’enseignement a converti les notes en comptes bancaires. Ainsi l’élève faible fait parti de la classe pauvre, le moyen de la classe moyenne et le brillant de la classe bourgeoise. Ainsi la ségrégation et l’intolérance sociale trouvent leur point de départ à l’école.
  7. L’enseignement apprécie d’abord l’élève brillant même sans aucune valeur humaine « que Dieu le garde c’est un élève très brillant » par rapport à un élève moyen qui a une éducation morale et civique très élevée « c’est dommage il n’ira pas loin avec ses notes ». Et c’est exactement ce qui se reflète dans la société, un riche odieux ou une star, est beaucoup plus apprécié socialement qu’un citoyen lambda qui même avec des valeurs humaines et civiques élevées n’a aucune considération sociale, « il n’est rien » !
L’absence de l’harmonisation entre le programme scolaire, la connaissance et les valeurs morales et humaines, nous produit des cadres d’une intelligence robotique mais sans aucun développement personnel et moral.

Par Dr Jaouad Mabrouki
Source : Article19.ma



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