Durant longtemps, la tradition judaïque a triomphé au Maroc quant à la circoncision précoce du bébé. Il est de notoriété publique que la pratique de la circoncision remonte aux premières traces laissées par l’Homme. Des représentations de cette opération chirurgicale ont été retrouvées sur des dessins rupestres datant du Néolithique, ainsi que sur des hiéroglyphes de tombeaux égyptiens. 

La circoncision est mentionnée au Ve siècle av. J.-C. par Hérodote, qui l’évoque dans le second livre de ses Histoires et en attribue la paternité aux Égyptiens. Cette paternité est confirmée par de nombreux vestiges archéologiques, le plus ancien étant une gravure du tombeau d’Ankhmahor (6e dynastie, entre -2300 et -2200 av. J.C), à Saqqarah, qui représente une circoncision pratiquée avec un silex sur un homme debout. 

Cela dit, ce sont les Juifs qui, lors de leur arrivée en Afrique du Nord après la destruction du premier Temple de Salomon, ont introduit la systématisation de la circoncision au Maroc. Les autochtones berbérophones l’ont adoptée et l’islam est venu l’entériner. Jusqu’au XIIème siècle, on circoncisait les bébés, à l’instar des Juifs, au huitième jour de leur existence. Ce sont les Almohades qui ont tenu à se différencier des enfants d’Israël.

En vérité, la circoncision s’apparente au Maroc à l’entrée dans la communauté des Musulmans. D’ailleurs, les deux mots qu’utilisent les Marocains pour désigner la circoncision ont une connotation de purification. En effet, aussi bien les arabophones des plaines que les berbérophones utilisent le mot « T-hara » qui signifie purification ; l’autre mot (Khtana) exprime l’abandon de l’impureté ; Cela signifie donc une purification opérée au moyen de l’extraction, de l’ablation totale ou partielle du prépuce, laissant ainsi le gland du pénis à découvert. 

C’est tellement assimilé à l’entrée en islam que des parents, des membres de la famille, voire même des voisins ou des amis, sans même vous consulter, peuvent s’arroger le droit de conduire votre enfant directement chez le préposé à la circoncision. Longtemps, cette fonction revenait au barbier de la tribu ou de la ville. Il se déplace chez les familles, s’empare de l’enfant et, usant du même subterfuge de lui désigner un oiseau imaginaire, s’empresse de couper le prépuce. 

Auparavant, l’enfant aura été souvent chiquement habillé d’une gandoura, d’un tarbouch et de babouches flambant neufs. Pour le consoler, les pièces pleuvent autour de lui et toutes sortes de promesses lui sont faites. Bien entendu, les visiteurs du petit sont copieusement nourris. Souvent, une goinfrade doublée d’une séance coranique est servie en présence des « tolbas » qui récitent par cœur le Livre sacré à la façon Warch. A la pause de la psalmodie du coran, les youyous des femmes retentissaient. 

En fait, la circoncision participe de ce trait de la société traditionnelle, éminemment patriarcale, qui procure au géniteur d’un enfant mâle une fierté remarquée au sein de la famille, du clan, de la tribu.

Omar Ighidi
Auteur de « Moi et ce Maroc que j’aime », Editions Abdessamad Mouhieddine





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