La question cruciale posée au Yémen d’aujourd’hui qui connait une grave crise politique et une guerre civile ayant fait déjà plusieurs milliers de morts est la suivante : peut-on qualifier ou définir les Houthis comme les seuls représentants de l’Etat du Yémen ? 

Les Houthis qui constituent à peine 15 % de la population du Yémen, remplissent-ils les conditions nécessaires pour pouvoir incarner à eux seuls l’Etat yéménite ? C’est pourquoi, il s’est tenu le 8 novembre 2017 au « Press Club Brussels Europe » un forum sur la civilisation et l’histoire du Yémen, ainsi que sa situation actuelle et son avenir, intitulé : « Yémen : Civilisation et Histoire, Situation actuelle et avenir ». 

En effet, des responsables politiques du gouvernement yéménite en exil, des juristes, des membres de la société civile de Belgique, des sympathisants du gouvernement instauré à Sanaa, et autres O.N.G belges et internationales, étaient présents à ce forum pour discuter en principe les causes objectives et subjectives, internes et externes afin de trouver des propositions en vue de mettre un terme à cette guerre hybride qui enveloppe le Yémen et son le Proche-Orient en général et les pays de la presqu’île arabique et du golfe persique en particulier. 

Toutefois, les panélistes de ce forum n’ont pas abordé des questions de fond relatives à cette guerre qui engendre une grande famine qui ferait des millions de victimes au Yémen. Ils n’ont pas non plus fait des recommandations consistant à mettre fin aux entraves à l’acheminement de l’aide humanitaire comme l’a demandé M. Mark Lowcock, S.G adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU. Et enfin, ils n’ont pas soulevé la question du blocus des ports, aéroports, et accès routiers au Yémen, qui est le résultat d’un conflit dont les enjeux géopolitiques et géostratégiques vont au-delà des intérêts existentiels des populations de cette région extrêmement riche en matières premières stratégiques… 

Aussi, les orateurs n’ont osé faire aucune allusion à ceux qui seraient derrière l’instrumentalisation de la religion (sunnites et chiites), qui risque d’apporter de l’eau au moulin des extrémistes religieux et plonger le monde dans une crise internationale, vu la position géostratégique du détroit de Bab el-Mandeb dans le commerce mondial. Situé entre la Mer Rouge et l’Océan indien, le détroit de Bab el-Mandeb qui relie directement la péninsule arabique à l’Afrique, est considéré comme un point de passage maritime extrêmement important en matière de transport du pétrole. Il doit également son poids stratégique au Canal de Suez qui relie la mer Méditerranée et la mer Rouge, permettant ainsi l’approvisionnement énergétique des pays occidentaux, l’U.E en tête. Ainsi donc, le détroit de Bab el-Mandeb est situé dans une région extrêmement sensible où les risques de perturbations du trafic naval mondial sont élevés en raison de la piraterie, du terrorisme et du conflit au Yémen. 

Toutefois, en dépit de toutes ces omissions, les orateurs ont admis à l’unanimité, que seules des rencontres entre les belligérants des différentes factions concernées par ce conflit meurtrier, puissent venir à bout de cette guerre qui représente un grand danger non seulement pour le Yémen et les pays du golfe, mais aussi pour le monde entier, et plus particulièrement pour l’U.E. D’où le grand intérêt de ce forum qui a été initié par l’un des co-organisateurs, M. Mohamed Bechari, Directeur de l’Institut Avicennes à Lille. 

De même, d’aucuns ont tenu à informer à travers ce forum les responsables politiques des pays de l’U.E et à sensibiliser l’opinion internationale sur la situation du Yémen en vue de soutenir et de venir en aide au peuple yéménite afin qu’il trouve la paix, la stabilité, la sérénité, la concorde et la réconciliation nationales. Et comme ce forum a été organisé à Bruxelles, il ne reste plus qu’à souhaiter la tenue d’autres colloques où l’U.E puisse participer en présence de médiateurs efficaces pour essayer d’aider les yéménites, toutes tendances confondues, à mettre en place un gouvernement d’union nationale homogène, ayant pour but d’organiser des élections libres et démocratiques. Car il y va d’abord et avant tout de l’intérêt géopolitique et géostratégique de cette région du Moyen-Orient et de l’U.E, comme nous venons de le mentionner plus haut. 

Saïd CHATAR




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