Depuis 1964 à nos jours, le rapport entre l’état marocain et la communauté marocaine vivant à l’étranger a été basée sur une situation conflictuelle et, depuis lors n’a pas encore connu une amélioration. Les gouvernements se sont succédé mais leur courte vue politico-économique les a empêchés de jouer leur vrai rôle. 

La diaspora marocaine est malheureusement encore considérée injustement comme une vache laitière ayant des possibilités inépuisables de devises au lieu d’être considérée comme un partenaire.

Si la société au Maroc a connu une nette modification ces dernières années, vis-à-vis de ses enfants outre mer rien n’a apparemment changé, la diaspora marocaine n’est autre qu’une monnaie d’échange malléable à merci par les uns, servant aux tractations avec les Européens par les autres.

Il est utile de rappeler que l’Europe n’est pas El Dorado, notre communauté marocaine de l’étranger a vécu l’émigration dans des conditions très difficiles, de brimades et d’atteintes à leur dignité dans pratiquement tous les domaines de la vie sociale. Conditions de travail très difficiles, logements insalubres, absence totale de politique sociale et culturelle, ajoutons à tout ça les milliers d’assassinats racistes dont ont été victimes femmes, hommes et enfants marocains. La situation actuelle ne s’est guère améliorée pour autant, la montée du fascisme, de la xénophobie et du racisme, la discrimination, l’amalgame entre islam et terrorisme, musulman et intégriste, et la situation politique mondiale fragilisent encore plus notre communauté.

Entre temps, le monde a changé et notre communauté avec. Nous ne sommes plus des ouvriers et des mineurs de fond comme autrefois. Notre communauté s’est féminisée et surtout s’est rajeunie. Notre immigration a connu une évolution dans le temps et dans l’espace, essentiellement composée d’ouvriers et de travailleurs manuels, elle s’est transformée en quelques générations en une population qui a su former des cadres dans l’ensemble des secteurs de la vie professionnelle, économique, politique et culturelle des sociétés d’accueil. Actuellement nous comptons parmi nous des élites, des syndicalistes, des hauts fonctionnaires, des professeurs, des journalistes, des médecins, des politiciens etc. Nous avons pu créer un peu partout en Europe des Maroc-Town avec nos salons de thé, restaurants, épiciers, coiffeurs, magasins divers et tous les services imaginables. A cela s’ajoute une société civile très active qui a su et pu créer et gérer des mosquées et des centres d’accueil, des associations et des organisations multiples et multi-disciplinaires.

Notre communauté marocaine en Europe est alphabétisée et éduquée à presque 100%, parabolisée à 100%, ayant une jeunesse manipulant les nouvelles technologies de l’information et de la communication par la diffusion de l’Internet, n’acceptant plus l’interventionnisme sans scrupules de l’Etat (via les amicales) et ne tolère pas en tant que citoyens marocains d’être discriminée ni positivement ni négativement par rapport aux citoyens marocains de l’intérieur.

Le contexte actuel exige que, de manière générale, l’état Marocain doit revoir et corriger sa vision afin qu’elle reflète une prise de conscience de la réalité dynamique de la communauté marocaine et de sa Diaspora. Le gouvernement de Driss Jettou doit repenser et réadapter sa politique en redéfinissant une stratégie bien définie avec un ordre des priorités où chaque acteur apporte sa contribution pour un vrai décollage socio-économique tout en tournant le dos aux anciens schémas figés et fossilisés.

Notre communauté marocaine vivant à l’étranger, dispose d’incontestables atouts à faire valoir dans la construction d’un Maroc démocratique et économiquement compétitif. La sédentarisation de la communauté marocaine et son changement structurel ont mis en relief les nouveaux caractères de l’immigration marocaine, devenue une migration de peuplement, sédentarisée, légalement et durablement installée, ayant des ancrages économiques et culturels profonds et investissant l’ensemble de l’espace socio-économique et culturel et politique.

L’évolution de notre communauté vivant à l’étranger lui a apporté des changements structurels et permanents. Le problème du retour au pays d’origine se pose toujours mais tout à fait autrement et sous d’autres auspices. Ce n’est plus le retour physique de ces populations qui est attendu, mais c’est le retour sous de nouvelles perspectives et en terme d’investissement durable dans des projets économiques. La nouvelle tendance qui émerge veut que la communauté marocaine renforce sa capacité d’acteur dans le domaine de la coopération et de la solidarité avec le Maroc.

Enfin, le Maroc ne doit plus se permettre le luxe de rater les rendez-vous et de gâcher encore les occasions. En tant qu’acteur au développement, nous sommes devenu une chance à saisir pour le Maroc à condition de : 
  • nous reconnaître en tant que partenaire et acteur économique, social, politique et culturel que ce soit dans les pays d’accueil ou par rapport à notre pays d’origine.
  • nous impliquer en tant que partenaire effectif
  • remettre en cause des visions et des pratiques traditionnelles
Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 24 novembre 2002




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