En Belgique, depuis les années soixante il y a eu toujours une élite éphémère qui n’a duré à chaque fois au maximum une dizaine d’années et qui a été détrônée par la nouvelle élite. 

Les caractéristiques et les conditions d’une élite n’ont jamais été remplies. Mais comme dit le dicton : « dans le pays des aveugles le borgne est roi ». Parler d’une vraie élite d’origine marocaine installée en Belgique est un leurre. La communauté marocaine était principalement composée d’ouvriers analphabètes, célibataires et sans qualification. Certains ont fait le Msid et quelques uns l’école primaire. A fur et à mesure des événements politiques au Maroc elle a été rejointe par des réfugiés politiques. Parmi eux plusieurs intellectuels et des diplômés universitaires.

Etant donné que la Belgique a pratiqué une immigration humaine, elle va avec le temps évoluer grâce au regroupement familial. Ainsi, notre communauté a été rejoint par des diplômés, a été féminisée et rajeunie et, elle s’est surtout stabilisée au fil du temps.

Dans les années 60, la STIB a engagé des Marocains chauffeurs de bus et de trams. Ayant le statut de salariés qualifiés ils étaient considérés comme la clique intellectuelle par rapports à leurs compatriotes travaillant principalement avec leurs biceps. La première participation à la vie sociale de nos compatriotes fût dans les entreprises. Depuis le début des années septante tous les ouvriers sans distinction de race, d’origine ou de nationalité pouvaient participer et se présenter aux élections sociales dans toutes les entreprises de Belgique. Ainsi, une nouvelle élite est née en Belgique. Il s’agit de délégués et de militants syndicalistes et à leur tête la Section Arabe de la CSC.

C’est cette première élite de Marocains qui va jouer un rôle prépondérant sous l’action syndicale pour engendrer une vie associative. Au début, la vie associative marocaine était très influencée par les opposants au régime marocain qui dirigeaient leur action principalement vers le Maroc. En 1974, après l’arrêt de l’immigration, une véritable implosion de création d’associations dans les trois régions de la Belgique a eu lieu. C’est cette nouvelle élite, leaders politiques et animateurs d’associations qui vont prendre la torche. L’association d’étudiants marocains l’UNEM, active au sein des universités ne s’est jamais ou très peu intéressé du sort des travailleurs et ouvriers marocains.

En 1974, un autre événement a eu lieu, la reconnaissance du Culte Musulman. Et, depuis lors on commença par recruter des enseignants marocains pour enseigner la religion islamique, principalement dans les écoles publiques. C’est cette élite d’individus qui vont prendre la relève mais uniquement au niveau communal.

A travers le temps, la loi sur la naturalisation va foncièrement changer et les partis politiques commençaient timidement à lorgner vers le nouveau pactole qu’est le vote allochtone. C’est ainsi que, peu à peu des candidats d’origine marocaine vont se présenter individuellement pour se mettre au service non de la communauté marocaine mais au service des partis politiques. La nouvelle élite d’ornement et de parade va naître. Octobre 2006 a été le comble et l’apogée de l’orgie électorale.

Dire que la communauté marocaine en Belgique aujourd’hui a une élite politique est un non sens. Ceux qui peuvent éventuellement former une élite d’origine marocaine sont très peu nombreux. Jusqu’à aujourd’hui aucun élu n’est sorti de la mêlée et aucun élu ne revêt le charisme ni l’aptitude de parler, de représenter ou de défendre notre communauté.

Une chose est certaine, grâce au vote allochtone à Bruxelles, l’extrême droite a été empêchée de s’installer comme fût ailleurs en Flandre par exemple. Peut-on dire que notre diaspora est dûment représentée au Sénat, à la Chambre et dans les communes. La réponse est non. La diaspora marocaine n’a présenté personne et aucun candidat à ma connaissance n’a demandé l’avis de la diaspora.

Le seul atout avantageux.
Les événements ont démontré qu’aujourd’hui notre diaspora dispose d’un potentiel intellectuel, politique, économique, culturel et artistique pour jouer le lobbying dans plusieurs domaines si et seulement si elle s’organise structurellement au niveau fédéral, régional et pourquoi pas européen. Ainsi, elle pourra jouer un rôle prépondérant dans le développement de la Belgique et dans la coopération au développement du Maroc.

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 5 novembre 2006




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