Les principaux intervenants dans ce volet très agissant de l’identité marocaine à l’étranger qu’est l’enseignement de la langue et culture d’origine (ELCO) sont la fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, organisme de gestion, les ministères marocains de l’éducation nationale, de la communauté marocaine à l’étranger et des affaires étrangères et de la coopération, en principe organismes de tutelle.

Cependant, ces ministères, bien que jouissant du statut reconnu d’institutions étatiques, n’ont ni pouvoir décisionnel, ni même le moindre droit de regard sur les politiques éducatives et culturelles mises en œuvre par cette même fondation, dans le cadre des fonctions managériales qui lui sont confiées. Ces instances se sont tout simplement dessaisies de toutes leurs prérogatives constitutionnelles sur le sujet, pour servir en définitive de facilitateurs de service à une fondation, dont les dirigeants sont, de surcroit, communément et illégalement, reconnus, par le gouvernement marocain, comme responsables mais pas coupables. 

Assurés de cette impunité providentielle, les responsables de cette fondation se comportent en despotes absolus dans leur gestion du dossier ELCO. Ils dénient aux enseignants tout droit inhérent à leur situation de fonctionnaires expatriés et dédaignent superbement les conséquences liées à l’application du principe constitutionnel instituant la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes. Leur gestion est tout à l’opposé de la bonne gouvernance car unilatérale et découlant d’interprétations très personnalisées et généralement très erronées de la loi sur le travail au sein des établissements publics.

Ce sentiment d’impunité, pourtant limité au territoire marocain en première instance, a fini par fatalement pousser l’outrecuidance des responsables de cette même fondation à allégrement déborder les frontières nationales. De la même façon qu’ils ont enfreint les lois marocaines, ils ont transgressé celles européennes sur le travail et la résidence. C’est ainsi que les enseignants ELCO, sous leur autorité en Europe, se sont retrouvés en situation de semi-clandestinité. Ils sont déclarés fonctionnaires des ambassades et consulats marocains sans pour autant profiter des droits et privilèges liés à ce statut. Ils sont déclarés résidents en Europe mais n’ont accès ni aux prestations médicales ni sociales garanties aux autres résidents des pays d’accueil.

Las de subir ce déni de droit, une partie des enseignants spoliés s’est constituée partie plaignante contre la fondation auprès du tribunal administratif de Rabat. Là, également, la puissance de nuisance des responsables de cette fondation a fait son effet et, comme redouté, les jugements rendus par les tribunaux de 1ère instance et cassation furent en défaveur des plaignants. L’affaire est actuellement en instance de jugement auprès de la cours suprême de Rabat.

En parallèle à cette démarche juridique, les représentations consulaires et diplomatiques marocaines en Europe, en leur qualité de mandataires officiels de la fondation à l’étranger, ont vu se multiplier, à l’intérieur et à l’extérieur de leurs enceintes, des sit-in de protestation, organisés par les enseignants dépouillés. Cependant, aussi étonnant que cela puisse paraitre, cette initiative a produit tout le contraire de l’effet escompté. En guise de représailles, la fondation a immédiatement et instamment procédé au rappel d’un premier contingent d’enseignants et de leurs familles, en attendant de renouveler tout le corps éducatif et culturel, encore en poste en Europe, dans une période de 3 ans. Réaction jugée injuste, illégale et disproportionnée par l’ensemble des catégories des enseignants concernés. 

Ces mesures de fin de mission abusives ne constituent que la partie visible de l’iceberg ELCO, selon les termes du dernier communiqué publié par les collectifs et syndicats des enseignants en Europe. Ils les jugent asociales et à but collatéral puisque destinées à essentiellement punir les familles des enseignants et leurs descendances encore scolarisées en Europe.

En corollaire à cette dangereuse escalade, la contre-réaction ne s’est pas fait attendre, les enseignants et leurs soutiens ont tout de suite programmé un nouveau sit-in de protestation, le 3 juin 2013, devant les ambassades du Maroc à Paris et Madrid. Initiative ayant entrainé dans son sillage la planification d’une marche symbolique de la place Trocadéro vers l’ambassade du Maroc à Paris, le 1er juin 2013. Marche initiée, cette fois-ci, par les familles et enfants des enseignants qui, tous ensemble, se considèrent principales victimes de la fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger. Certaines mamans ont même proposé de rapporter les abus des responsables de la fondation au Roi du Maroc, dans sa résidence en France. Ce projet, bien que très porteur, a été laissé en dernier recours.

A force de fouler au pied les droits des enseignants, la fondation a fini par réussir à liguer tout le monde ELCO contre elle. Les collectifs, les syndicats, les enseignants, leurs familles et leurs enfants sont maintenant profondément convaincus que leurs destins sont intimement liés. La défense des droits des uns passe par celle des autres. En manifestant pour leurs droits, les enseignants savent maintenant qu’ils militent pour ceux de leurs familles et progénitures et vice versa.

Toutes les composantes du corps enseignant marocain en Europe ont donc fini par arriver à l’évidente conclusion que leurs droits et ceux de leurs familles et enfants sont entiers et indivisibles. Ils ne peuvent être revendiqués que dans le cadre d’une démarche globale et participative. L’union faisant la force et la cohésion garantissant l’efficacité, un projet de l’envergure de leur cause ne peut trouver aboutissement qu’à travers la conjugaison des efforts individuels en mouvement collectif, homogène et objectif, arguent-ils.

Pour une grande partie des organisations représentatives des enseignants, la globalité des problèmes requiert une solution intégrale. C’est donc cette lapalissade qui déterminera l'angle qu’ils suivront dans le traitement de leur dossier. Elle leur permettra notamment de ne jamais occulter les fondamentaux qui font la force et la solidité de leur mouvement: à savoir la communauté des maux et l'unité de la cause. Si chaque enseignant a le droit et le devoir de d'abord penser à sa famille et à son intérêt personnel, sa démarche doit rester volontairement unioniste et son approche continuellement axée sur une vision multidimensionnelle des problèmes. Ainsi arriveront-ils à fédérer un maximum de collègues et d’organisations politiques, civiles et syndicales pour défendre des droits qu’ils estiment inaliénables. Tel est leur avis sur ce dossier qui n’a pas encore dévoilé toute son horreur !

Le 30 mai 2013 par Rampon

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