Il y a des écrits qui marquent et d'autres qu'on oublie. Ce texte, où le sarcasme le dispute à une ironie corrosive, est revenu a ma mémoire lors d'un ressent dîner "mondain". 

Vous qui avez l’avantage de fréquenter la "bonne société" des nouveaux colons au Maroc avez ,certainement, vécu au moins une fois dans votre vie ce genre de situations. Pour ceux qui n'ont pas cet avantage voici une excellente photographie d'une soirée branchée dans une ville du nord du pays. Soirée, vous vous en doutez, que l'on peut vivre dans toutes les grandes cité du royaume. 

Un extrait de l'excellent livre de Mokhatar Chaoui . Bonne lecture !
Voici ce que Ramsès le chat a écrit sur Amendis en 2010. (Allal Sahbi Bouchikhi)

Qu’Allah bénisse les Bougnouls ! 
Aujourd’hui, moi, Ramsès le chat, je suis invité à une soirée branchée, une de ces soirées où se retrouvent presque tous les étrangers de la ville et d’ailleurs pour causer, danser, se saouler, se défouler et surtout casser du Bougnoul. Une soirée de ce genre ne serait pas réussie sans casser de l’arabe. C’est une tradition à laquelle personne ne déroge. Après tout, tant que certains Bougnouls eux-mêmes en rient béatement, pourquoi s’en priver ? 

Un de ces Bougnouls est justement mon maître, sinon je ne serais pas parmi les convives triés sur les bouts des doigts. 

Ce soir-là donc, après avoir ripaillé, les langues des étrangers se délient et la séquence des blagues commence. Profitant de l’affaire des chrétiens expulsés du Maroc pour prosélytisme, quelqu’un lance : « Savez-vous comment un musulman devient protestant ? » 

Avant même que les autres lui signifient qu’ils connaissent la blague par cœur, il continue : « Donnez un coup de pied dans le cul d’un musulman et il se retourne toujours en protestant. »

Et v’là que d’autres blagues s’enchainent, accompagnées d’autres fou-rires, d’autres insinuations racistes et d’autres piques malveillantes. Tous les présents rigolent à cœur joie et mon maître, ainsi que les autres Bougnouls présents : les Abdou, les Mos, les Momo, bref tous les prénoms amputés, applaudissent à tout rompre comme si ce n’étaient pas eux les dindons de la farce. 

Ce soir-là, la palme d’or fut attribuée à Didier, le PDG d’une grande société française d’assainissement, plus inspiré que de coutume, qui acheva ses blagues par ce constat : 
« - Ha ! Ha ! Ha ! Voici un peuple qu’on a colonisé, pillé, enculé et qui continue de nous lécher le cul et de nous ouvrir tous les trous de son identité pour qu’on y pisse encore… Ma parole ! Ils sont vraiment masos ces Marocains ! » 
Madame Vandome, la fausse blonde qui se dit parisienne mais dont l’accent paysan trahit l’origine, qui appelle tout le monde « cher ami », qui ne se départit jamais de son sourire jaunâtre, qui peut vous décapiter avec le même sourire, poussa le haut responsable à vider davantage son sac. Celui-ci, grisé par l’alcool, remet une couche en ajoutant : 
« - Tenez ! Prenez des exemples précis. Vivendi universal, traqué par l’Etat français, était sur le point de déposer le bilan. Où a-t-elle trouvé son salut ? »
Toute l’assemblée crie à l’unisson : 
« - Au Maroooooooooooooc ! 
- Bien sûr. Ce cher Maroc qui nous est venu en aide en nous léguant sur un plat d’or, la gestion d’eau et d’électricité du Nord. Depuis, la filière de Vivendi qui porte le nom biblique d’Amendis (Amendis/Amendes ; Amendes/Amendis… Amen ! PAIE et dis AMEN) dégraisse les Nordistes à coups de factures prohibitives et d’Amendes exorbitantes…. 
Tout ça grâce à qui ? 
Grâce au Marooooooooooc ! 
- Le plus rigolo, c’est qu’on a délégué le payement des factures aux buralistes et aux téléboutiques. Ainsi, ce sont les Bougnouls qui paient la différence pendant que d’autres nous servent de caissiers. Nous, nous nous contentons de rafler la mise, avec la bénédiction des gouvernements successifs. Même dans notre cher France, pays de notre enfance, on ne peut pas se permettre autant de gain… Merci qui ? 
- Merci Marooooooooooc ! 
- Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! C’est vraiment le plus beau pays du monde…. pour nous…» 
Pendant que les nouveaux colons se payaient la tête des Marocains, mon maître et les autres Bougnouls partageaient les hahaaaates, alors que je bouillonnais de colère et d’indignation. 
Mlle France, le laideron du service consulaire qui se prend pour Brigitte Bardot et qui atteint son orgasme chaque fois qu’elle refuse un visa, voulant achever cette heure de vérité par une phrase docte, balança : 
« - Moi qui ai fait le tour du monde, qui ai vécu avec plusieurs peuples, qui ai roulé ma croupe dans différents pays, je peux vous dire que jamais, au grand jamais, je n’ai connu un peuple aussi docile, aussi subordonné, aussi couard que les Marocains. C’est le seul peuple à qui on fait manger de la merde depuis des siècles et qui continue de lancer des vivats.» 
- Alors vive le Maroc ! Qu’Allah nous le protège et nous le garde. 
- Oui, vive le Maroc et qu’Allah bénisse les Bougnouls ! » Surenchérit mon maître en riant hystériquement pendant que les autres le dévisageaient, abasourdis par tant d’auto-esclavagisme. 

Trop c’est trop. Bien que je ne fusse qu’un chat, je ne pouvais tolérer autant d’insultes à l’encontre de mon pays. J’ai quitté alors la soirée et, par la même occasion, mon maître, non sans lui avoir pissé dessus ; ce qui redoubla l’hilarité des convives. 

Trop de servitude est contagieuse. Je refuse de me laisser bougnouler. 

(N° 154, 23 avril 2010.)





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