Alors que la fusion de Siemens et d’Alstom, c’est-à-dire l’anschluss du TGV français par l’Allemagne, a permis aux habituels sycophantes de la grande Allemagne de célébrer le prétendu miracle allemand, beaucoup d’experts observent qu’il faut relativiser ce miracle que certains ont imprudemment pris pour modèle dans le cadre d’une Europe qui est de plus en plus allemande, donc de moins en moins européenne. 

À vrai dire, l’Allemagne n’a construit sa relative prospérité qu’au prix d’une politique, inaugurée au début du siècle par le socialiste Gerhard Schroeder, consistant à briser un modèle social qui est l’honneur des nations européennes. 

Entre 2002 et 2005, le gouvernement allemand a fait promulguer des lois dites de modernisation du marché de l'emploi. Connues sous le qualificatif de lois Hartz, du nom du socialiste Peter Hartz, ancien directeur RH de Volkswagen, ces lois ont conduit à d’importantes réformes du modèle socio-économique : 
  • flexibilisation du marché du travail, 
  • baisse des indemnités chômage, 
  • multiplication de mini-jobs sous-payés, 
  • baisse des retraites, etc. 
C’est ainsi que le nombre de salariés pauvres a explosé atteignant 15% de la population active alors que beaucoup de retraités n’arrivent plus à survivre qu’en reprenant des emplois. 

En même temps, l’État a fait des gestes significatifs au profit des entreprises : 
  • réforme fiscale, 
  • réduction de la fiscalité sur les plus-values, 
  • baisse de l'impôt sur les sociétés. 
Tout cela quitte à perdre des pans entiers de souveraineté faute de moyens. Du coup, les infrastructures publics sont de plus en plus mal entretenus et les services sociaux réduits au minimum. La société allemande est donc de plus en plus inégalitaire : la classe moyenne est laminée et vit de plus en plus mal, les chiffres de la pauvreté explosent et seul un petit nombre vit dans l’opulence. Chômage et précarité sont les deux mamelles du nouveau système allemand. À cela il faut ajouter une crise démographique sans précédent, la population allemande est sur la courbe descendante, d’autant que rien n’est fait pour aider les parents (absence de crèches, peu d’aides sociales, etc.) 

Du coup, Angela Merkel, chancelière qui vient d'être renouvelée par moins d'un tiers des électeurs, s'est livrée à un jeu dangereux en invitant des centaines de milliers d'immigrés (requalifiés de réfugiés) à venir s'installer dans le pays, pour constituer une main d'œuvre à bas coût - sorte de nouveau STO - au risque de déchirer un tissu social déjà fragile compte tenu des différences entre les citoyens de l'ancienne Allemagne de l'Est et ceux de l'Allemagne de l'Ouest. 

Il faut donc bien parler d’un mirage allemand et non d'un quelconque miracle. Bien sûr, cette situation contribue à expliquer le bon score de la droite radicale de l’Afd (« Alternative für Deutschland ») qui vient de faire une entrée fracassante au parlement lors des élections de septembre 2017, devenant le troisième parti politique d’une Allemagne qui est de plus en plus « l’homme inquiétant» d’une construction européenne dont elle est le « gauleiter » et qu’elle façonne à sa manière, c’est-à-dire sur le modèle d’un ultralibéralisme forcené, véritable machine à broyer les peuples.


Dr Charles Saint-Prot, 
Directeur général de l’OEG

Cet article a été publié dans alayammagazine : Numéro 115 - Octobre 2017











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