Nous avons cru utile et opportun de réagir, dans la suite de ces lignes, aux islamophobes qui ne lésinent sur aucun moyen à mettre en œuvre pour présenter l’Islam comme un danger potentiel pour la civilisation judéo-chrétienne occidentale. 

Ma réaction va consister à évoquer deux exemples historiques mettant le lecteur en état de relativiser, de mieux comprendre, de distinguer le vrai du faux au sujet des relations entre, le Judaïsme et le Christianisme d’un côté, le Christianisme et l’Islam de l’autre. Notons au passage que l’Islam émane de la même région sémitique orientale que les deux autres religions monothéistes, le Judaïsme et le christianisme.

I- Judaïsme et Christianisme

Chrétiens brûlés vifs par le Roi juif, Dhu Nuwas
Le premier qui avait porté la parole de l’évangile dans le sud de la presqu’île arabique fut, selon la tradition, un des douze apôtres de Jésus-Christ, Saint Barthélemy. Il évangélisa le Yémen avant de franchir le détroit de Bab-El-Mandeb et de passer en Abyssinie.

Aux environs de l’an 530 de notre ère existait en Arabie du sud le Royaume himyarite ou homérite qui avait pour roi, Dhu Nuwas. De religion judaïque, il décidait, comme c’était l’usage, que tous ses sujets doivent s’y soumettre en adorant le même Dieu que lui. Toutefois, Dhu Nuwas qui n’était pas satisfait du nombre de ses sujets, voulait amener tous les peuples avoisinants à adopter le judaïsme. Or les premiers voisins du roi Dhu Nuwas, au nord, furent les Arabes de l’oasis de Najran.

Dhu Nuwas avait invité les Arabes chrétiens de Najran à se convertir au judaïsme et adorer le même Dieu que lui. Les Arabes chrétiens de Najran avait décliné poliment mais fermement l’invitation du Roi en lui répondant qu’ils aimaient beaucoup le Dieu qu’ils avaient et qu’il n’était pas dans leurs intentions de l’abandonner. Ils voulaient rester fidèles au bon Jésus que le leur avait enseigné le saint apôtre Barthélemy et les autres missionnaires qui étaient passés par Najran.

Bientôt se présenta le prétexte tant recherché par le Roi Dhu Nuwas pour punir les Arabes chrétiens ayant refusé de se convertir au judaïsme. En effet, deux enfants juifs avaient été tués par des inconnus qui étaient fort probablement chargés d’effectuer cet acte criminel dans l’enceinte de la ville de Najran par Dhu Nuwas lui-même. Le père des deux enfants s’en plaignit au roi Dhu Nuwas. Le roi a immédiatement profité de cette opportunité pour s’adresser de nouveau aux chrétiens de Najran pour leur dire qu’il leur pardonnerait les deux meurtres s’ils embrassaient la religion judaïque. En clair, il voulait leur dire précisément par ce message, qu’il n’y avait pour eux aucun autre espoir d’obtenir le pardon. D’autant plus que dans ce temps-là régnait la loi du clan : le clan répondait des crimes et des dettes commis par tout individu qui lui appartenait. La collectivité tout entière de Najran était coupable de crime. Elle devait être jugée et punie, car c’est le clan qui se substitue à l’individu.

Juridiquement, d’après les codes du désert, il était équitable que l’accusation frappât la collectivité. C’est alors que les chrétiens arabes de Najran refusèrent de payer le prix aberrant demandé par Dhu Nuwas. Ce dernier qui fut enchanté de ce refus, n’hésita pas à cerner la ville et demanda aux habitants de celle-ci s’ils voulaient devenir juifs ou mourir. Tous répondirent qu’ils voulaient rester fidèles à leurs Dieu jusqu’à la fin de leur vie, et même au prix de leur vie.

Alors le Roi Dhu Nuwas ordonna de creuser sur la grande place de la ville plusieurs fosses profondes. Les tranchées creusées, on y alluma des feux immenses. Lorsque les flammes commencèrent à jaillir, hautes comme des palmiers, le roi demanda de nouveau aux citoyens de Najran s’ils voulaient changer de Dieu ; sinon ils seraient brûlés vifs. Plutôt que de trahir leur Dieu, ils préfèrent être brûlés vifs. Et l’on commença à les jeter dans les flammes qui brûlaient au fond des tranchées, l’un après l’autre. Les chroniqueurs de ce temps-là évaluèrent de 20 000 le nombre des gens qui acceptèrent d’être brûlés vifs, plutôt que d’être infidèles à leur Dieu. La ville où le pogrom eut lieu s’appelle depuis lors Madinat-al-Ukhdud, ou « la ville des fossés ».

Plusieurs rescapés de ce pogrom se sont adressés à l’empereur de Byzance, Justinien 1er pour lui rapporter ce qu’ils ont vu. D’autres encore sont arrivés jusqu’à la cour du Négus, empereur d’Abyssinie qui avait écrit à l’empereur de Byzance en lui demandant une aide matérielle, et surtout des navires, qui lui permettront de passer avec son armée en Arabie. Entre l’Abyssinie et l’Arabie se trouve le détroit de Bab-el-Mandab. C’est ainsi que les Abyssins enverront une armée de 700 000 hommes, Byzance, 700 bateaux pour venir à bout de ce tyran.

Cent ans après ce massacre, Mohamed, prophète de l’Islam, gardera vivante l’image de ce pogrom que son grand père Abd-el-Mouttalib lui avait raconté. D’ailleurs, Il est écrit à ce propos dans le Coran : « Ils ne les ont brûlés vifs que parce qu’ils croient au Dieu tout puissant… au Dieu qui créa le ciel et la terre… Ceux qui ont brûlé les fidèles des deux sexes et qui n’ont pas fait pénitence seront précipités dans les flammes de l’Enfer (Coran, 85 : 8, 9 et 10) ».

Donc, la mémoire des martyrs de Najran qui se trouve maintenant en Arabie Saoudite est honorée par le Coran lui-même (Ashab-al-Ukhdud) (1).

II- CHRISTIANISME ET ISLAM

Ceux qui sont les plus proches de l’amour des musulmans, sont ceux qui disent : « en vérité, nous sommes chrétiens. » C’est parce qu’ils ont des prêtres et des moines et qu’ils ne sont pas orgueilleux. Coran, V, 85.

Les musulmans qui avaient dû fuir la Mecque et les persécutions des polythéistes qorayshites, avaient trouvé asile en Abyssinie, dans les Etats chrétiens du Négus (Nadjachi).

Ce pays était alors à son apogée. Il avait une marine puissante et un commerce prospère. Il était l’allié du puissant empire byzantin. Représentant du monothéisme, il exerçait un grand prestige sur l’esprit du prophète Mohamed qui déclarait que les nègres avaient reçu en partage les neuf dixièmes du courage, recommanda par la suite aux siens de ne jamais attaquer les premiers les Abyssins, et prit le deuil à la mort du Négus.

Ce souverain accueillit avec bonté les exilés musulmans et les interrogea sur leur foi.

– Nous étions plongés dans les ténèbres de l’ignorance, lui déclara l’un d’eux, Ja’far Ibn- Abou-Thalib, frère de Ali et cousin germain du prophète Mohamed, nous adorions les idoles, nous ne connaissions que la loi du plus fort, quand Dieu a suscité parmi nous un homme de notre race qui nous appelés à professer l’unité de Dieu, à rejeter les superstitions. Il nous a ordonné de fuir le vice et de pratiquer la vertu, d’être sincères, fidèles, bienfaisants, chastes. Il nous a fait faire la prière, l’aumône, le jeûne. Nous avons cru en sa mission.

Toutefois, les Qorayshites idolâtres envoyèrent en Abyssinie des ambassadeurs, Amr Ibn- El Aci, le poète, et Abdallah ibn Rabi’a, pour demander au Négus de livrer les fugitifs musulmans. Le roi fit venir ceux-ci dans son palais, en présence des ambassadeurs, ainsi que des notables de sa cour et des évêques du pays.

Interrogé sur les doctrines qu’il professait, Ja’far récita de mémoire la XIXe sourate du Coran, intitulée Marie. Ainsi raconta-t-il l’Annonciation de l’ange Gabriel à la vierge Marie et la naissance merveilleuse de Jésus-Christ (Issa).

Les évêques abyssins étaient émerveillés par ce récit quasi tiré de l’Evangile et émanant de la même source que celles de Jésus-Christ.

Amr et Abdallah ne voulurent pas s’avouer vaincus et conseillèrent au Négus de demander aux musulmans, le lendemain, ce qu’était selon eux exactement ce Jésus.

Et le lendemain, Ja’far déclara que, selon Mohamed, Jésus était « le serviteur de Dieu, l’envoyé du Très-Haut, le Verbe et l’Esprit de Dieu, descendu dans le sein de la Vierge Marie. »

Transporté de joie et traçant de son bâton une ligne sur la terre, le Négus s’écria : « il n’y a entre votre foi et la nôtre pas plus d’espace que ce petit trait ! ». L’intervalle s’est hélas élargi au cours des siècles, le trait imperceptible est devenu en apparence un infranchissable fossé.

Le Négus refusa énergiquement l’extradition des musulmans et ne cessa de leur témoigner la plus grande bienveillance.

L’on sera peut-être étonné, après tous les malentendus qui se sont élevés depuis des siècles entre les deux religions, de voir un tel accord entre l’Islam naissant et le christianisme.

Le prophète Mohamed s’est considéré comme un des nombreux prophètes, chargé d’appeler son peuple au monothéisme et de lui apporter dans sa propre langue un livre conforme au pentateuque, aux psaumes, à l’Evangile, qu’il cite souvent comme des livres révélés.

Que le prophète Mohamed ait subi des influences chrétiennes, la chose n’est pas douteuse. Ce sont les moines nestoriens comme Bahîra (personnage légendaire dans la tradition musulmane) et les chrétiens de la Mecque, comme Waraqa Ibnou Nawfal, qui ont éveillé sa conscience religieuse dès avant sa mission, et auprès desquels il chercha ensuite à se documenter.

Le prophète Mohamed avait pu connaître dans sa ville natale (la Mecque) un grand nombre de chrétiens de diverses origines. La coiffeuse de Khadija, épouse du prophète, était une Abyssine chrétienne. Des groupes de chrétiens abyssins de passage à la Mecque venaient souvent saluer le nouveau prophète, qui affichait ses sympathies pour leur religion et donnait comme un de ses meilleurs arguments aux idolâtres que les Gens du livre confirmaient ses dires.

Lors de la guerre gréco perse, les arabes païens sympathisaient avec les Perses, et les musulmans avec les Byzantins. Mohamed se réjouit de la victoire d’Héraclius et ne cachait pas ses sympathies chrétiennes ; et à ce propos, le Coran en porte de nombreux témoignages en se référant constamment à la Bible et à l’Evangile. Il ne peut donc pas les contredire. Il entrevoit la future union dans le sein d’Abraham, « qui n’était ni juif, ni chrétien, mais soumis à Dieu », le père de tous les croyants.

Par ailleurs, le Moqawqis, chrétien copte et gouverneur d’Egypte qui était un grand ami du prophète Mohamed, avait donné en cadeau à celui-ci, une femme, Maria la copte avec laquelle il eut un fils, Ibrahim qui ne vécut pas longtemps, ainsi qu’un eunuque, Mihran qui resta au service de Maria et une mule blanche, Doldol.

Donc, contrairement aux idées véhiculées, au début de sa révélation, l’Islam avait des rapports cordiaux avec le Christianisme. Ces rapports étaient basés également sur des alliances stratégiques. En effet, le Négus soutenait le prophète Mohamed le monothéiste et le considérait comme un allié stratégique sur le plan religieux comme sur le plan politique.

Toutefois, dans le contexte actuel de nos sociétés modernes, nous ne pouvons venir à bout de l’islamophobie que par la conjonction des efforts de la société civile, des démocrates et de toutes les religions monothéistes, et ce, en déplaçant le débat de l’espace religieux et théologique (la Foi) vers celui de l’éthique et de Droit (la Raison).

Ainsi, l’on pourrait se demander le plus naïvement du monde, pourquoi tous les monothéistes (juifs, chrétiens, et musulmans) de bonne foi ne tenteront-ils pas de s’allier aujourd’hui avec les autres croyants et démocrates de toutes obédiences confondues pour discuter ensemble en vue d’entrevoir des solutions aux problèmes engendrés par le capitalisme des marchés financiers et de ses agences de notation anglo-saxonnes (2) qui ne finissent pas de piller, d’opprimer, d’affamer les plus faibles, de massacrer et de détruire la planète toute entière ?

CHATAR Saïd

(1): Muhammad hamidullah, le Prophète de l’Islam, Paris, 1959.
(2) : il ne s’agit ici nullement et aucunement du capitalisme économique promoteur d’entreprises engendrant des emplois et créant des richesses en vue de satisfaire les besoins d’abord de l’homme ; mais plutôt du capitalisme géo financier et de ses adorateurs de veaux d’or dans les temples boursiers des marchés financiers.




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