Encore un peu et c’est une nouvelle ère qui commence dans la façon de recruter les migrants. Fini la régularisation, fini le regroupement familial, fini les réfugiés politiques, fini les réfugiés économiques, fini les accords bilatéraux. L’Europe généreuse et accueillante c’est du passé, point final. 

Aujourd’hui c’est l’Europe réaliste, égocentrique, égoïste et narcissique à la Sarkozy et au modèle Bush qui prend le flambeau pour lancer la chasse aux cerveaux. La forteresse Europe va s’entrouvrir seulement et uniquement pour les immigrants très qualifiés qui pourraient venir travailler dans l’Union européenne dans des conditions un peu plus favorables, mais pour un délai bien déterminé et, avec une «carte bleue» comme récompense. Au fond, l’objectif de l’Europe Unie est d’attirer des travailleurs qualifiés qui préfèrent et de loin soit rester chez eux soit aller vers les Etats-Unis, le Canada ou l’Australie.

La nouveauté de la «carte bleue» sera la facilité et le laisser passer du migrant de franchir la frontière de l’Europe en plein jour et sans risquer sa vie comme auparavant. La « carte bleue » c’est aussi un document passeport réservé à une petite élite qui aura l’avantage d’avoir un permis de séjour et de travail de deux ans renouvelable, délivré sous les mêmes conditions dans chacun des 27 pays membres.

En théorie, après deux ans, le travailleur qualifié en possession de la fameuse « carte bleue » pourrait aller travailler dans les mêmes conditions dans un autre Etat de l’UE. Cependant, il y a trois conditions à remplir pour être un élu :

a) un diplôme reconnu,
b) au moins trois ans d’expérience professionnelle,
c) une offre d’emploi qui n’a pu être pourvue par un travailleur communautaire.

La carte permettrait ainsi au travailleur migrant de revenir en Europe sans recommencer les démarches s’il voulait ou devait retourner chez lui. Selon la Commission, cela devrait faciliter les allers-retours avec le pays d’origine et éviter une installation définitive de l’émigrant dans l’UE.

Actuellement, selon les estimations de la Commission, les immigrés hautement qualifiés seraient entre 34.000 et 74.000, portant sur 16 des 27 Etats membres et, selon les calculs d’Eurostat, près de 300 000 postes seraient actuellement vacants rien que dans le secteur de l’information et des télécommunications.

Le revers de la médaille

Fini la coopération au développement et bonjour à la fuite organisée des cerveaux des pays qui en ont exaspérément besoin. C’est-à-dire purement et simplement, priver ces pays de leurs élites et par conséquent de ceux dont ils ont le plus besoin pour se développer. De l’autre côté, pour décourager les migrants clandestins non qualifiés et non choisis, une « carte rouge » sera distribuée. Le ministre français de l’Immigration, avec sa « carte rouge » veut atteindre l’objectif de 25.000 reconduites à la frontière par année.

Il ne faut pas chercher midi quatorze heures. Comme lors de la décolonisation, quand les colons quittaient avec regret ces pays avec personnel qualifié, capitaux et savoir faire, les conséquences étaient désastreuses. Aujourd’hui rebelote, avec les nouvelles technologies et le virtuel, l’impérialisme moderne se manifeste indirectement mais aussi cruel et indifférent que jadis par rapport aux pays pauvres et aux pays émergents.

Ainsi, ces pays pauvres serviront à nouveau au vampire européen comme garde manger pour sucer l’encéphale africain après l’avoir dévalisé des décennies durant de ses matières primaires. Après l’indépendance et après des années d’effort et de souffrance l’Afrique devient de nouveau un terrain de chasse privilégiée d’une faune locale, certes exotique mais surtout trop qualifiée pour servir et valoir comme gladiateurs modernes dans les arènes des pays riches européens.

A la rescousse du frère blanc
Le comble de l’hypocrisie, l’histoire se répète comme dans les années soixante, lorsqu’on faisait appel à une main d’œuvre moins qualifiée mais possédant des biceps pour travailler dans les mines de charbons et dans l’industrie. Aujourd’hui, l’appel pathétique de l’Europe, est plus ciblé, plus exigeant et plus qualitatif. On n’a pas besoin de biceps mais de cerveaux frais et dispos, prêts à l’emploi et bon marché. Par contre, les raisons primordiales soulevées dans le temps par Sauvy sont restées identiques. Seuls les moyens et le public cible ont changé. Diminuer l’immigration illégale, contrer le vieillissement inexorable de la population et combler le déficit de main d’œuvre en Europe.

Ce que Mr Sauvy n’avait pas dit dans son rapport : ce sont les pays de plus en plus pauvres qui doivent payer encore une fois un lourd tribut pour assurer le bien être d’une Europe de plus en plus riche.

Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 28 octobre 2007




0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top