Il faisait encore nuit ce jour-là, le soleil ne s’était pas encore levé mais il était possible de voir au loin quelques lumières provenant de ses rayons. Le silence régnait partout dans les rues, tous étaient encore endormis à cette heure-ci. Non. 

En réalité tout le monde ne dormaient pas. Nous pouvions entendre les derniers rangements à l’intérieur de certains endroits, où plusieurs personnes passaient leur temps. Il s’agissait des salles de festivités mais aussi des bars ou des clubs très réputés. Les derniers a encore travaillé étaient les responsables de ces lieux, ceux qui rangeaient les quelques affaires ou qui sortaient les poubelles. Il y avait aussi des jeunes et moins jeunes qui titubaient en s’en allant ou présentaient un air fatigués pour enfin rentrer. Mais une fois ces quelques mouvements terminés, il n’y avait plus personnes. Plus personnes ? Cela dépendait des rues. 

Dans certaines, il y avait quelques individus isolés qui essayaient de trouver une place où se coucher. A cette période de l’année, il commençait déjà à faire froid et le soleil était la seule chaleur que ces personnes pouvaient espérer rencontrer. La seule chaleur ? Non. Parfois, ces derniers rencontraient quelques âmes généreuses ou des associations qui leur offraient de quoi boire et manger. Mais ces -comme on les nommait- « sans abris » le savait : le froid ne faisait qu’arriver et lorsqu’il s’installera réellement, les nuits se transformeront en de véritables cauchemars. Oui, tout n’était pas si calme sous ce ciel mystérieusement sombre. Il y avait aussi les façades de maisons qui avaient également leur secret. Et de l’extérieur, nous pouvions parfois apercevoir de la vie à l’intérieur. Comme cette nuit-là, à l’heure où certains musulmans se levaient pour accomplir la prière du matin, une jeune femme de confession musulmane et qui n’avait pas pour habitude de se lever à cette heure, alluma la lumière de sa chambre. Elle se leva, ouvrit tout doucement le rideau de sa fenêtre et observa le silence assourdissant de ce précieux instant. Qu’allait-elle donc faire ? Pourquoi s’était-elle décidée à se réveiller en pleine nuitée ?

Elle prit un gilet posé sur la table du chevet pour se couvrir et se rendit compte qu’il appartenait à l’autre moitié restée couchée. Elle le reposa délicatement, pris son peignoir et alla réaliser ses ablutions pour accomplir la prière de l’aube. Pas de chance, les menstrues étaient arrivées. Elle ne retourna pas directement s’endormir, elle utilisa tout de même cette occasion pour se poser un moment sur le tapis de prière et invoquer le Seigneur. Devait-elle le faire simplement lorsque tout va mal ? Non, évidemment que non. Elle se souvenait Le remercier lorsque tout allait à merveille, et d’avoir même, une profonde pensée pour les plus démunis.

Puis, elle retourna dans la chambre à coucher, ouvrit les rideaux, s’installa sur le petit fauteuil juste en face de la grande fenêtre. Elle observait le lever du soleil avec beaucoup d’insistance, chaque couleur qui apparaissait grâce aux rayons lui faisait plaisir. Oui, c’était les éléments simples de la vie qui lui permettaient d’avoir encore un sourire sur les lèvres. Elle croyait en Dieu, cela était une évidence, mais au fond d’elle, il y avait un doute. Pas un questionnement quant à l’existence du Seigneur, car elle n’avait qu’à observer la nature et sentir le battement de son cœur pour comprendre qu’il y avait quelqu’un à l’origine de tout cela. Ce Créateur, c’était Dieu, encore appelé Yahvé ou Allah. Non, ce qu’elle doutait, c’était de ne pas pouvoir maîtriser les évènements qui allaient se produire: la séparation avec l’être qu’elle avait promis d’aimer et de chérir jusqu’à la mort, et même après. Son cœur était brisé et elle ne savait pas comment le guérir. Elle observait son époux, qui dormait toujours dans ce lit devenu froid depuis trop longtemps. L’observer c’était faire ressortir toutes les méchancetés qui avaient été dites et faites. L’observer c’était observer son échec. Elle détourna le regard pour à nouveau observer le levé du soleil. De là où elle se trouvait, il y avait un parc qui permettait d’avoir une vue agréable et paisible. Mais cela ne durera plus très longtemps, un projet de la commune a été décidé et une grande partie de l’espace vert allait être détruit pour construire de nouveaux bâtiments. Dommage se disait-elle, il y avait une fin pour tout, même pour ces arbres capables de vivre des centaines d’années.

Qu’allait-elle bien pouvoir faire maintenant ? Elle avait construit tout ses rêves sur cette union, et qu’allait-elle dire à ses proches surtout ? Qu’elle n’était même pas capable de garder chez soi un homme ? Elle entendait déjà les mauvaises langues circulées dans le quartier: « Elle ne trouvera jamais un mari une fois divorcée », « Elle va le regretter, elle ne trouvera jamais une personne bien comme lui », « Si elle n’en veut pas, moi je veux bien le prendre, je m’occuperai bien de lui ». Elle ne pouvait supporter ce qui allait se passer par la suite mais ce qu’elle ne pensait pas pouvoir accepter, c’était surtout l’échec.

Elle qui avait toujours réussie dans la vie, savoir que dans un domaine elle n’avait pas pu trouver de solutions rendaient une image d’elle-même tellement négative. Mais il n’y avait pas d’autres choix, il y avait eu trop de blessures, et il ne pouvait pas les panser ni les guérir.

« Tu es déjà réveillée? Tout va bien ? » disait l’homme sur le lit derrière elle. Il s’inquiétait pour elle maintenant? Et lorsqu’elle mourrait d’angoisse pour lui pendant que ce dernier s’en allait plusieurs jours sans donner aucune nouvelle, avait-il pensé à la prévenir, à savoir si elle allait bien? Non. Elle continua à observer le paysage à travers la fenêtre de la chambre à couchée. Le soleil s’était finalement levé entièrement, et l’on pouvait entendre les enfants, portant leur grands et lourds cartables, se diriger vers l’école qui était tout près du parc. L’homme s’approcha de la femme, posa sa main sur son épaule et lui dit : « Mon amour, est-ce que ca va? ». Elle se leva de la chaise sans lui répondre et sortie de la chambre à couchée. Une chambre censée véhiculée la chaleur humaine et pourtant, le froid hivernal était devenue permanent à cet endroit….

Elle alla dans la salle de bain pour se rafraichir, puis, elle chercha son vernis à ongle qu’elle aimait mettre durant ses règles, c’était un rouge foncé qui lui allait à merveille. Elle se permettait de mettre du vernis durant cette période car elle ne devait pas prier durant ces quelques jours. En effet, lors des ablutions, il était important que l’eau puisse passer sur toutes les parties du corps concernées, dont les ongles. Elle se limita à le mettre sur les ongles des pieds, car en sortant, elle ne pouvait pas mettre des gants à chaque fois. Il semblait pour elles, évident que si le vernis était un moyen de s’embellir, alors la pudeur exigeait de ne pas en mettre dehors. Mais cela n’était que son impression personnelle car la pudeur est une expression subjective aux mille facettes. La porte de la salle de bain était fermée à clé, pour elle, la vie dans cet appartement avec lui était devenue un cauchemar et elle détestait cette ambiance de reproches et de bassesses. Mais avait-elle le choix ? Lui avait-il laissé le choix ? Elle était prête à l’aimer pour toujours, et lui n’avait fait que la décevoir encore et encore. Elle se surprenait à l’aimer et faire abstraction de tout ce qu’il lui disait de dure et de méchant comme si rien de tout cela n’importait. Elle l’aimait et avait fait fi de ces blessures jusqu’à ce que ces souffrances prennent plus de place que l’amour qu’elle portait en elle pour lui. Le savait-il ? Pouvait-il comprendre ce qui se passait à l’intérieur de ce petit corps ? Et comment pouvait-elle le lui faire comprendre alors qu’il ne parlait que très peu et ne communiquait que rarement avec elle ? Ce n’était pas possible. Puis, elle entendit toquer à la porte : « As-tu terminé ? Je dois partir, j’ai des choses à faire ». Les seuls mots qui sortaient de la bouche de son mari n’apportaient en elle que blessures. Il la savait souffrante et pourtant il n’essayait pas de régler le problème. Non, il avait pour habitude de la laisser et de faire comme si de rien n’était. Résultat : elle ouvrit la porte et sortie la tête froide et dit : « Il ne faut pas t’inquiéter, bientôt tu auras la salle de bain pour toi tout seul… ».

Ben Aissa Ikram
Ecrivaine







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