Le Collège des Bernardins, l’Observatoire d’études géopolitiques et le Centre Maurice Hauriou de l’Université Paris Descartes ont organisé un colloque d’hommage sur le thème « Jacques Berque, artisan du dialogue des civilisations » au Collège des bernardins (Paris) le 5 octobre 2017. 

Ce colloque, qui a réuni une très nombreuse assistance d’universitaires, d’étudiants et de chercheurs, a porté sur la pensée politique et religieuse de Jacques Berque (1910 – 1995). Orientaliste, expert du monde arabe et de l’Islam, titulaire de la chaire d'histoire sociale de l'Islam contemporain au Collège de France de 1956 à 1981, Berque fut l’un des plus grands islamologues du XXe siècle et un penseur du dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. Les travaux ont permis de jeter la lumière sur l’œuvre de l’homme en tant qu’orientaliste distingué, spécialiste du monde arabe et savant de l’Islam mais également en tant que militant de la cause des peuples et défenseur des identités et des spécificités, mettant ainsi l’accent sur la diversité des centres d’intérêt de ce penseur considérable. 

La première séance a été modérée par le professeur Thierry Rambaud, membre du Centre Maurice Hauriou de l’Université Paris Descartes. Charles Saint-Prot directeur général de l’Observatoire d’études géopolitiques (OEG) de Paris, a donné lecture de l’introduction de Jean-Pierre Chevènement, qui a dit avoir « toujours considéré comme mon maître, et pour bien d’autres choses que la Méditerranée. Il m’a fait, durant les quinze dernières années de sa vie, l’honneur de son amitié ». 

La séance a ensuite été consacrée à des communications de l’écrivain Jean Sur, du professeur Oussama Nabil (Université d’al Azhar au Caire) et du professeur Mustapha Chérif (Algérie). 

Jean Sur, qui a cosigné deux ouvrages avec Jacques Berque, a porté un regard pénétrant sur Jacques Berque, le voyageur. Dans un exposé marqué par un bel humanisme, il a replacé son œuvre entre l'Orient et l'Occident, l'un et le multiple, le fondamental et l'historique, la conscience et le monde, les racines et l'actualité, le souvenir et le projet. 

Le professeur Oussama Nabil a présenté une communication sur la traduction du Coran par Berque, insistant sur le fait qu’il s’agit d’une lecture du texte sacré de l’Islam qui est par ailleurs éclairé par les études savantes de Berque. 

Pour sa part, le professeur Mustapha Chérif a exposé que Jacques Berque a non seulement révolutionné la méthodologie de la recherche en anthropologie, en sociologie comparée et histoire sociale, mais aussi et surtout l’islamologie et l’orientalisme. Nous lui sommes redevables. Il se distinguera de tous les autres savants orientalistes. Ses travaux restent une référence précieuse, d’actualité. La force de sa pensée en islamologie peut se résumer en quatre points ; le respect du Texte coranique, la compréhension du sens du Coran, l’intelligence de la ligne du juste milieu, la cohérence de l’engagement éthique et politique 

La deuxième séance, modérée par le Frère dominicain Alberto Fabio Ambrosio, chercheur au Collège des Bernardins, a permis d’entendre les communications de Thierry Rambaud, professeur à Paris Descartes, Charles Saint-Prot, directeur général de l’OEG et membre du Centre Maurice Hauriou de l’Université Paris Descartes , Jean-Yves de Cara, professeur à Science Po Paris et Mohammed Bennouna, professeur de droit international (Royaume du Maroc) et membre de l'Institut de droit international. 

Le professeur Thierry Rambaud a présenté une communication sur Berque et la question de l’Islam de France, précisant que beaucoup de propositions faites par le grand savant mériteraient aujourd’hui d’être reprises. 

Charles Saint-Prot a mis en évidence l’engagement de Jacques Berque pour la causes des peuples, en particulier au Maghreb qui était un sujet cher à cet homme du sud de la Méditerranée confronté très jeune à l’injustice faite aux peuples du Maghreb, puisqu’il était né en Algérie et a commencé son œuvre au Maroc, mais aussi au Québec, en Palestine, dans le monde arabe et la France menacée par l’eurocratie que Berque critiquait acerbement. Le directeur général de l’OEG a regretté que le monde arabe soit aujourd’hui faible et divisée, par surcroit menacée par des séparatismes souvent orchestrés par l’étranger : kurdes, sud-soudanais, kabyles, religieux ou le conflit artificiel autour du Sahara marocain créant ce différend algéro-marocain que Berque déplorait tant. Charles saint-Prot a conclu en rappelant le message essentiel de Berque : « Face à l’uniformité cosmopolite, au règne de la quantité abstraite et du matérialisme, il faut répondre en redynamisant nos vieilles civilisations voisines et cousines. Comme le souhaitait Jacques Berque, cessons d’opposer ce qui devrait être allié.

Pour sa part, le professeur Jean-Yves de Cara a évoqué le passeur entre les deux rives, profondément engagé en faveur du dialogue des civilisations dont il fut l’infatigable héraut et l’artisan patient. Il a fait valoir que le message de Jacques Berque préconisant une meilleure connaissance pour une meilleure compréhension, reste d’une brulante actualité. Jean-Yves de Cara a souhaité que l’exemple de Jacques Berque nous incité à une meilleure connaissance de nos cultures respectives, que l’éducation, la lutte contre les stéréotypes et les clichés que produit parfois l’imagination, permettront de dégager des valeurs communes entre nos civilisations et des différences susceptibles de nous enrichir mutuellement. 

Le débat qui a suivi a permis d’approfondir plusieurs points et de constater que Berque n’a hélas pas eu de successeurs dignes de lui puisque l’orientalisme français est aujourd’hui quasiment au point mort. En tout cas, le souhait de Jacques Huntzinger, chercheur au Collège des Bernardins, de voir créer une faculté d’études islamiques en France a recueilli un consensus. Reste à savoir s’il y aurait assez de personnes qualifiées pour y enseigner…



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