Pourquoi les étudiants africains fuient-ils la Tunisie pour mettre le cap sur d’autres pays notamment le Maroc ? En 2010, ils étaient 12 000 à peupler les bancs des universités tunisiennes. 

Durant l’année universitaire 2016-2017, ils n’étaient plus que 4000. Une chute qui interpelle, non parce que la qualité de l’enseignement supérieur dispensé en Tunisie s’est dégradée, mais parce que les conditions des études pour les étudiants d’origine subsaharienne ne sont plus ce qu’ils étaient et dissuadent ces derniers de venir en Tunisie. Une situation jugée si inquiétante que le Tunisia Africa Business Council ( TABC) s’est saisi de la question de concert avec les ministères de l’ Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique, de la Formation professionnelle, des Affaires étrangères et l’Association des étudiants africains et stagiaires en Tunisie, et organisé tout récemment et pour la première fois une rencontre dédiée sous l’appellation de « Tunisian African Empowerment Forum ».

Ce ne fut pas un forum comme il s’en tient souvent à l’échelle africaine, une rencontre pour un débat d’idées sans lendemain, dans la mesure où une batterie de nouvelles mesures a été prise pour inverser le déclin du flux des étudiants africains qui s’est accentué au cours des trois dernières années. Le prestigieux portail universitaire « University World News » (UWN) vient de les dévoiler en précisant qu’une plateforme web a été mise en place pour susciter un plus grand intérêt et un soutien conséquent aux étudiants subsahariens.

Il s’agit, à titre principal, d’une stratégie articulée autour de deux axes, à savoir le partage des compétences, et en second volet, intéresser davantage d’étudiants de tous les pays du continent africain aux études universitaires en Tunisie. A cet égard, des accords de coopération ont été mis en place avec maints pays africains, notamment la Mauritanie, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et l’Afrique du Sud.

Selon les chiffres officiels présentés lors du forum, les étudiants étrangers représentent 2,5% de la population étudiante totale. 74% sont des étudiants africains venant de 40 pays, dont 29% de l’Afrique subsaharienne, étant noté que pas moins de 98% des étudiants étrangers dans les universités privées tunisiennes sont des Africains. Au demeurant, la Tunisie compte 13 universités publiques fréquentées par environ 260 000 étudiants dont 6000 étrangers, parallèlement à 72 établissements privés d’enseignement supérieur fréquentés par 32.000 étudiants, dont 4000 étrangers.

Accrocs de maints ordres
Le forum a identifié plusieurs facteurs qui entravent la venue des étudiants africains pour rejoindre les établissements de l’enseignement supérieur en Tunisie. Selon l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie, créée en 1993 pour défendre les intérêts de la communauté subsaharienne en Tunisie et promouvoir la culture sub-saharienne, plus de 60% des demandes d’autorisation déposées par les étudiants africains sont rejetées.

Une étude du TABC pointe le problème du racisme envers les étudiants subsahariens en Tunisie, qui ont récemment manifesté contre « la violence physique et verbale ciblant les Africains sub-sahariens ». Y répondant, le gouvernement tunisien envisage d’élaborer un projet de loi contre le racisme et la discrimination.

Le président de l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie, Mack Arthur Deongane Yopasho, cité par UWN , a décrit le racisme contre les étudiants comme une « situation qui ruine la vie des étudiants subsahariens [qui sont] souvent contraints de déserter la Tunisie pour aller poursuivre leurs études au Maroc ». Environ 18 000 étudiants de troisième cycle originaires de l’Afrique subsaharienne poursuivent leurs études dans les universités marocaines.

Manar Sabry, experte en enseignement supérieur à l’Université américaine de Binghamton (Etat de New-York), a déclaré à UMN qu’une première étape importante dans la lutte contre le racisme est la sensibilisation aux traditions culturelles subsahariennes sur les campus tunisiens.

« Dispenser des cours dans les écoles et les universités sur le racisme et l’éducation multiculturelle aidera les Tunisiens à reconnaître leurs attitudes biaisée implicites. La mise en œuvre de programmes qui rassemblent les deux groupes d’étudiants ainsi que pour les célébrations des fêtes africaines augmentera l’appréciation des différences nationales et aidera à diffuser un message de diversité inclusive », estime-t-elle.

« Il est essentiel que les administrateurs apportent un soutien institutionnel aux étudiants africains dans le développement de leur propres activités para-universitaires», a-t-elle encore recommandé soulignant la nécessité pour les universités de lancer des actions proactives pour attirer davantage d’étudiants africains. « Il est essentiel de cultiver une image qui fasse appel aux étudiants étrangers et supprime les contraintes financières qui empêchent les étudiants hautement qualifiés de postuler aux études en Tunisie », souligne-t-elle.



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