De jeunes Algériens de 18-25 ans n’éprouvent aucune gêne à s’exhiber en photo, dans une ambiance plutôt bon enfant, au moment où l’un d’entre eux applique fièrement sa lame pour trancher la gorge à un mouton, et s’arrêtant parfois à l’instant où le sang gicle à profusion. 

Des images qui choquent et qui renseignent sur une tendance, forgée certainement par la quête obsessionnelle d’images fortes sur la Toile, à banaliser un acte aussi cruel que l’égorgement et, par-là, à désacraliser un rituel qui a toujours été pratiqué chez nous dans le respect de la religion et de la morale et qui était le plus souvent dévolu à des hommes d’un certain âge et d’une certaine spiritualité.

L’influence de l’internet est-elle la seule explication ? Certainement pas. S’il ne faut pas voir automatiquement dans ces images une prédisposition intrinsèque à la violence ou l’expression d’un dérèglement mental chez nos jeunes, elles n’en sont pas moins le reflet d’une société en panne de repères. Il est clair que la responsabilité est partagée par les dirigeants et les différents intervenants sociaux à tous les niveaux de la décision. Face au salafisme et à l’influence des prédicateurs satellisés, l’islam traditionnel, qui est le creuset des valeurs algériennes ancestrales, passe pour une partie de la jeunesse d’aujourd’hui pour quelque chose d’archaïque et d’inadapté au monde contemporain.

C’est l’échec des hommes de religion et, surtout, des Affaires religieuses dont les efforts de réformes sont mal assumés ou mal expliqués. Il faut dire que les réformistes chez nous manquent cruellement d’audace, comparés, par exemple, au gouvernement tunisien qui, avec le soutien déclaré du grand mufti, engage depuis quelques semaines des réformes révolutionnaires touchant à des thèmes aussi sensibles que le statut personnel, et notamment le droit d’héritage.

Dans ce registre, les médias algériens, publics ou privés, ne sont pas en reste. Reproduisant une culture islamique figée, puritaine et largement conformiste, la plupart des chaînes de télévision et de journaux se laissent facilement embobiner par des discours fondamentalistes et réducteurs, où les seuls débats possibles tournent autour du licite (halal) et de l’illicite (haram), pointant à longueur de journées «les tentatives de perversion de l’islam authentique» par les nouveaux soufis, décrits comme des charlatans ou des agitateurs. A l’occasion de l’Aïd El-Adha de cette année, la polémique a fait rage dans ces médias, joyeusement relayés par les internautes, sur un sujet cocasse qui divise apparemment les exégètes de l’islam depuis des siècles : faut-il laisser les enfants assister à l’immolation du mouton de l’Aïd ? C’est dire qu’en matière de réforme religieuse, nous touchons vraiment le fond.

Par R. Mahmoudi




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