Mémoires d'immigrés est une série de 3 documentaires de 52' de Yamina Benguigui réalisés en 1997. Les témoignages relatent l'histoire des immigrés maghrébins, venus en France lors des pénuries de main d'œuvre, de leurs familles qui les ont rejoints, et des générations qui leur ont succédé. (Wiki)


En retraçant l’histoire de l’immigration maghrébine en France, Yamina Benguigui signe un grand film politique. Alors que l’immigration maghrébine suscite en France des débats politiques incessants, des peurs illégitimes, des manifestations vigilantes, des reportages télévisés innombrables, parfois même quelques beaux films de cinéma (Malik Chibane, Karim Dridi…), il manquait une oeuvre qui dresse sa généalogie. ...

En retraçant l'histoire de l'immigration maghrébine en France, Yamina Benguigui signe un grand film politique.

Alors que l'immigration maghrébine suscite en France des débats politiques incessants, des peurs illégitimes, des manifestations vigilantes, des reportages télévisés innombrables, parfois même quelques beaux films de cinéma (Malik Chibane, Karim Dridi...), il manquait une oeuvre qui dresse sa généalogie. Yamina Benguigui, elle-même française d'origine algérienne, a exploré cinquante années d'immigration, en interrogeant de nombreux Maghrébins installés en France, ainsi que des responsables politiques, spécialistes de la question. Son Mémoires d'immigrés, l'héritage maghrébin, déjà diffusé sur Canal+ en mai 1997, a la force d'une magistrale leçon d'histoire, tout en adoptant une forme de récit proche d'une chronique intimiste, rendue possible par des confidences secrètes.

Derrière la somme impressionnante d'entretiens, de recherches d'archives, se révèlent en effet des discours privés, singuliers, personnels, souvent bouleversants, qui font du film de Yamina Benguigui un document précieux, engagé, beaucoup plus qu'une simple anthologie de propos illustrant une page de l'Histoire de France. Mieux qu'un film d'histoire, Mémoires d'immigrés est un film d'histoires. D'arrachement (au pays d'origine), de souffrance (conditions de vie précaires en France), mais aussi d'attachement (à un nouveau pays), de souvenirs (la mélancolie), d'espoir (mieux vivre en France).

Structuré en trois volets ­ les pères, les mères, les enfants­, le récit ternaire reflète l'évolution chronologique et politique de cette immigration. Chacun de ces trois temps occasionne des problématiques et des enjeux différents. A l'époque des Trente Glorieuses, les immigrés, inclus socialement par le travail, étaient exclus culturellement, alors qu'aujourd'hui, à l'inverse, leurs petits-enfants sont plutôt exclus socialement, par le chômage, mais inclus culturellement. Entre les images en noir et blanc de bidonvilles et baraquements, cités de transit où des milliers de travailleurs maghrébins logèrent parfois plus de vingt ans, et les récits de jeunes beurs luttant pour leurs droits, Mémoires d'immigrés rappelle combien la société française peut être injuste avec ses immigrés. Les humiliations ressenties par beaucoup d'entre eux nourriront la mémoire de leurs enfants.

Yamina Benguigui possède un sens de l'écoute extraordinaire, parvenant à faire surgir des paroles fortes de personnes généralement peu disposées à remuer des souvenirs douloureux ou à se plaindre d'un présent incertain. Passionnant de bout en bout (2 h 40), émouvant comme l'est pour l'une des mères (et surprise, pour nous aussi) la chanson d'Enrico Macias, Non, je n'ai pas oublié, il souffle dans Mémoires d'immigrés un air de révolte et de compassion. On en ressort la gorge serrée, conquis par la force brute d'un grand film politique.
















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