En France, au XIXème siècle, certains petits malins gonflaient les vessies de porc, les séchaient et, au lieu de les utiliser comme des récipients, y plaçaient des bougies et les vendaient sous forme de lanternes, tant elles étaient transparentes. D'où la fameuse expression : "prendre les vessies pour des lanternes".

Les façonneurs du système au sein duquel nous ne sommes en rien CITOYENS, mais encore, bel et bien, des SUJETS, ne peuvent continuer à prendre les vessies des moutons qu'ils nous croient être pour des lanternes pseudo-démocratiques. Ne serait-ce qu'à l'aune des problèmes tangibles qui empoisonnent quotidiennement notre existence.

Limitons-nous aux deux problèmes concrets que sont l'éducation et la santé. L'école et l'hôpital qui ont épuisé la patience de nos compatriotes. Jusqu'au dégoût, à l'émigration via les pateras et, dans certains cas, jusqu'au suicide !

Je vais faire court au moyen de cette interrogation-suggestion : Et si, demain, tous les Marocains décidaient une bonne fois pour toutes de mettre fin à cette mascarade qui n'a que trop duré en occupant massivement et les écoles et les hôpitaux ? Jour et nuit, dans toutes les villes du pays, durant autant de temps qu'il le faudra, quitte, pour ce qui est de l'enseignement, à sacrifier une année scolaire entière et, pour la santé publique, à mobiliser les médecins bénévoles - en premier les chômeurs et les retraités parmi eux- pour soigner entre-temps les malades.

Une occupation PACIFIQUE DE CES LIEUX QUI NOUS APPARTIENNENT ET DONT NOUS FINANçONS LA MARCHE QUOTIDIENNE... jusqu'à ce que ces hontes endémiques et chroniques cessent une bonne fois pour toutes d'être inscrites sur le front de la nation ! Et qu'on cesse définitivement le jeu des "commissions" ad hoc, des "assises nationales", des "colloques" ou -pire !- des "conseils supérieurs" !

Quelle est cette autorité sécuritaire ou judiciaire qui osera défier ces millions de Marocains pour une fois mobilisés PACIFIQUEMENT en faveur de ces deux causes concrètes, légitimes, constitutionnellement consacrées, identifiables et urgentissimes ? Aucune n'osera titiller le syndrome des jacqueries en cours dans la sphère arabe !

Je vous le garantis ! Et pourquoi donc ?
Situé à huit petits kilomètres à vol d'oiseau de l'Europe, le Maroc est aujourd'hui coincé par le "Statut avancé" que lui a "octroyé" l'Union européenne, laquelle ne cesse de lui rappeler ses engagements précisément au sujet de l'éducation et de la santé qui sont considérées comme des droits humains fondamentaux, sacrés et consacrés.

Qu'on tire donc une seule balle contre les occupants des écoles et des hôpitaux et voilà le Maroc vite excommunié de toute éligibilité auprès de l'UE aux crédits, aux dons, aux subventions, aux partenariats avec l'UE et également exclu de toute forme de coopération centralisée ou décentralisée avec les nations avec lesquelles il a signé toutes sortes de traités, de conventions ou d'accords, sans compter les organes onusiens !

Face à la faillite, à la forfaiture et à la corruption de la quarantaine de coquilles vides que sont aujourd'hui nos partis, seule la société civile peut accomplir un exploit démocratique de cette ampleur.

Vous verrez que les véritables maîtres du pays prendront vite les devants et le roi arriver avec des mesures concrètes, claires, dûment préfinancées et crédibles. Rappelons-nous de #20Février et de la funeste affaire #Daniel !

Ainsi pris de panique, le système en entier -syndicats y compris- daignerait -enfin !- prendre la mesure du désastre -parce que c'en est un !- et mettre toute la machine de redressement en route.

Cela fait plus quarante ans qu'on REFLECHIT, accumule les RAPPORTS DE COMMISSIONS AD HOC, multiplie les COLLOQUES, reconduit la même proportion de financement (le tiers du budget de l'Etat attribué à l'Education nationale pour les résultats catastrophiques perpétuels que l'on sait !), crache et recrache les mêmes rengaines. Jusqu'à quand ?

Sachons-le : aucun ministre de la santé ne peut rien pour la santé publique et aucun ministre de l'Education nationale ne peut jamais rien pour l'enseignement de nos enfants. Simplement parce que le système ne veut toujours pas prendre la mesure de l'état de délabrement dans lequel se trouvent ces deux droits pourtant constitutionnels !

Pendant ce temps-là, les destins de millions de Marocains se fracassent, des femmes accouchent dans la rue, des malades meurent faute de places ou même de fil chirurgical !

Le temps de la débrouillardise personnelle doit céder la place à celui de l'indignation en masse. Continuer à corrompre en catimini pour obtenir un droit tout en dénonçant la corruption et criant au loup plus fort que les autres, ne saurait indéfiniment durer. On se ment et on persiste dans l'accommodation à ce piège qui semble mentalement intégré. 
Marre, marre, marre !

Si les Marocains veulent juguler ces deux cancers qui rongent leurs familles, qu'ils fassent donc appel à ce qui leur reste de capacité d'indignation ! L'époque y est propice dans un monde où l'on ne peut plus faire ce qu'on veut des peuples, tant les nations sont devenues transparentes telles des bâtisses en verre.

Se lamenter ne suffit plus. INDIGNEZ-VOUS !
Si tout cela ne vous dit rien, alors, cessez de pleurnicher !
Et...taisez-vous !

Abdessamad Mouhieddine

Anthropologue, journaliste, écrivain, poète...

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top