La communauté marocaine à l'étranger est une communauté «diasporique», qui peut apporter beaucoup à la mère patrie. La communauté marocaine à l'étranger est actuellement une communauté plurielle, constituant une population diasporique, s'intégrant de plus en plus et à tous points de vue dans les pays de résidence. 

Sans rompre les liens, denses et multiples, avec la mère patrie où elle souhaite, de surcroît, jouer un rôle qui lui revient, aussi bien dans le domaine politique qu'économique, social et culturel, cette «communauté diasporique» s'affirme de plus en plus à l'étranger, voire sur la scène internationale à travers l'émergence des actions de ses élites, à travers l'accroissement des migrants ayant réussi, par la consolidation de leur situation et la propagation de leur image, à travers les revendications de ses différentes composantes les plus fragiles et les plus fébriles, par le biais des luttes du mouvement associatif pour renforcer leurs droits dans les pays de résidence, ainsi qu'à travers les diverses formes d'expression de ses ambitions pour une vie dans la dignité, sans discrimination et où les droits de l'homme sont respectés. 

Une communauté démographiquement complète 
C'est une population démographiquement complète, composée de jeunes ayant tendance à être prédominants, de femmes dont le poids est grandissant, de retraités et vieux... Mais aussi une population traversée de contrastes et de larges écarts de niveau de vie, liés à sa structure socioprofessionnelle diversifiée, aux échelles sociales différenciées, aux tensions de plus en plus vives sur le foyer familial conduisant à son éclatement, aux rapports de plus en plus complexes à la culture d'origine, à l'impact de la force du contact quotidien avec la culture du pays de résidence, ainsi qu'aux rapports complexes à la religion et la laïcité, aux échecs scolaires, au chômage de franges importantes des jeunes et aux exclusions subies, inhérentes aux tares sociales des pays de résidence. 

La communauté marocaine à l'étranger entretient des liens économiques et financiers forts avec la mère patrie. Plusieurs indicateurs en témoignent. D'abord, leurs transferts financiers vers le Maroc dépassent 21 milliards de DH en l'an 2000, soit un montant représentant le tiers du montant total des exportations des marchandises, ou le double du montant total des investissements directs étrangers. En second lieu, elle investit de manière importante au Maroc et ce dans pratiquement toutes les branches d'activité, bien que le secteur immobilier reste dominant. Ensuite, elle participe au développement régional du Maroc à travers des projets de développement social (électrification rurale, eau potable, routes, actions en faveur des associations locales travaillant au profit des personnes nécessiteuses ...). Enfin, cette communauté est active dans les opérations de solidarité initiées, chaque année, sous l'égide de la Fondation Mohammed V pour la solidarité présidée par SM le Roi. En somme, les liens des MRE avec la patrie demeurant encore denses et multiformes, leur renforcement économique est tributaire de l'aménagement des conditions favorables à l'investissement en général et la recherche de solutions rapides à leurs projets en difficulté. 

Des attentes calquées sur l'étranger 
Vivant dans des pays où les règles administratives locales sont relativement claires et les procédures rapides, les Marocains résidents à l'étranger, dans leurs rapports avec l'administration marocaine, se plaignent régulièrement, et à juste titre, du mauvais accueil par les bureaux consulaires, de la lenteur des procédures, de l'insuffisance des prestations de services, du déficit d'information, mais aussi de la complexité des circuits économiques, administratifs et juridiques, de la diversité et la non-coordination entre les intervenants. Tout cela, en l'absence d'une vision globale stratégique, redéfinie conformément aux mutations et exigences de la communauté à l'étranger. Partant de cette nouvelle configuration de la population des Marocains à l'étranger, des réalités vécues dans les pays de résidence, de leurs exigences vis-à-vis du Maroc, les efforts fournis par les intervenants marocains sont souvent perçus comme du gâchis, parce que mal ciblés et ne répondant pas à leurs attentes et aspirations, inadaptés aux réalités nouvelles et basés sur une vision devenue obsolète et désuète, portant sur une perception hésitante quant à la question de l'intégration des migrants dans les pays de résidence. Or, depuis fort longtemps et comme en témoignent plusieurs indicateurs, l'idée de retour définitif au pays d'origine est dépassée, ayant cédé la place à l'intégration définitive dans le pays d'accueil (avec ses avantages et les nécessités d'action pour les préserver et les consolider), même si avec les allers-retours au Maroc, les liens forts avec la patrie demeurent intacts. 

Dans ces conditions, il devient nécessaire de procéder à une nouvelle approche de la migration internationale marocaine, basée sur des objectifs dictés par les réalités actuelles et mouvantes et non plus sur la pérennisation des objectifs passés et la réédition des actions traditionnelles dépassées, inadaptées et/ou insuffisantes quand elles sont ciblées. Ceci étant, une esquisse d'une nouvelle politique de migration internationale marocaine et d'une nouvelle stratégie d'action devrait tenir compte des objectifs préalablement définis.

Pour renouveler le lien
  1. Œuvrer pour une migration organisée, humanisée et digne et ouvrant la voie à la recherche de la régularisation des situations des migrants irréguliers. Parallèlement, devrait être renforcée la lutte contre la migration clandestine ayant pour effet immédiat de ternir l'image du Maroc et du migrant marocain régulier et, pour effet à terme, de provoquer des foyers de tension aux conséquences parfois dramatiques (exemple d'Elijido, situations complexes des migrants mineurs regroupés aux centres d'accueil...).
  2. Mieux défendre les droits des Marocains résidents à l'étranger et leurs intérêts dans les pays de résidence et mieux les y servir.
  3. Reconnaître et réaffirmer leur propre identité, voulue, revendiquée et respectueuse, tout en renforçant leurs liens multiples et affectifs, économiques, sociaux et culturels avec la mère patrie. Ceci suppose l'amélioration de leur accueil, à l'étranger ou au Maroc, l'amélioration de l'assistance sociale sous toutes ses formes en leur direction, l'amélioration des prestations en leur faveur, ainsi que la recherche de solutions rapides aux problèmes vécus au Maroc.
  4. Appuyer les ambitions des MRE, en tant que communauté diasporique, désireuse de s'épanouir dans le milieu de résidence au sein duquel elle constitue des vecteurs d'enrichissement internes, mais aussi de jouer au Maroc, parce que forte d'atouts multiples, un rôle majeur dans son évolution et son progrès.
Ne pas oublier les binationaux
Partant de ces objectifs, une stratégie globale pourrait être définie et des actions à court, moyen et long termes élaborées. Mais au préalable, s'imposent les réponses aux questions suivantes: 
  • Quelle perception a-t-on de l'intégration des Marocains dans les pays de résidence et de ces conséquences quant aux naturalisations, enracinements croissants et multiformes qui s'y observent (politiques, économiques, sociaux et culturels...), à leurs revendications en tant que binationaux (Marocains et Français, Belges, Néerlandais et autres...) et aux actions qu'il faut donc mener dans ce cadre pour les accompagner et les soutenir dans leur devenir dans les pays de résidence? 
  • De quels apports et soutiens complémentaires, politiques, économiques, sociaux et culturels devraient-ils bénéficier sur place, et quels seraient les nouveaux rôles des intervenants marocains en charge de la migration? 
Les réponses à ces questions impliquent forcément la redétermination des intervenants en charge de la migration, la redéfinition de leurs attributions ainsi que la mise en place d'une (de) structure(s) de coordination, consultation, observation et conseil, pour assurer le suivi des actions à mener, à l'étranger et au Maroc.

Alla EL Ayachi est aussi vice-président de l'Association des économistes marocains, chargé des conférences et tables rondes, membre fondateur-chercheur au CERAB.














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