Financés pour l'essentiel par leurs transferts de fonds de l'étranger, dont le montant a dépassé 21 milliards de DH en l'an 2000, et par leur épargne bancaire au Maroc qui a excédé 50 milliards de DH en l'an 2000, soit environ 40% du montant total des dépôts à vue et à terme du système bancaire marocain, les investissements au Maroc des MRE s'inscrivent en tendance croissante dans les différentes branches d'activité, malgré l'essoufflement qui peut être constaté dans les activités traditionnelles telles que l'immobilier. 

38% des dépôts et comptes à vue
Les transferts de l'année 2000 sont en hausse de 15% par rapport à leur niveau en 1999. Ces transferts ont été multipliés par dix entre 1975 et 2000. Néanmoins, on peut constater une quasi-stagnation depuis 1996, cette situation s'expliquant, entre autres, par l'extension des projets des MRE dans leur pays de résidence, le désintérêt des MRE de la 2ème génération pour la promotion de projets au Maroc (déficit d'informations sur les opportunités d'investissement, tracasseries administratives, faiblesses des incitations offertes au Maroc...). 

Par pays d'origine, les transferts des MRE connaissent une stagnation pour la France, une diminution pour la Belgique et la Hollande et une croissance pour l'Espagne, l'Italie et les pays du Moyen-Orient. 

L'épargne financière au Maroc des MRE, sous forme de comptes à vue et dépôts à terme, totalise plus de 50 milliards de DH, représentant ainsi plus de 38% de l'ensemble des comptes à vue et dépôts à terme du système bancaire au Maroc. Cette épargne est composée de 24 milliards de DH ou 48% de placements à vue (monnaie fiduciaire non comprise) et 26 milliards de DH ou 52% de comptes et bons à échéances fixe. En plus de ces placements, les MRE investissent en d'autres actifs financiers sur les marchés des capitaux (placements en bourse, achat de bons du Trésor, placements en parts des OPCVM). Malheureusement, les données chiffrées précises pour ces placements ne sont pas disponibles. 

L'évolution et la structure de l'épargne financière au Maroc de nos compatriotes à l'étranger permet de soulever les remarques suivantes : 

1- La mobilité des capitaux étant un phénomène mondial dans le nouveau contexte actuel de mondialisation, l'épargne des MRE est recherchée et mobilisée à l'étranger par des collecteurs bancaires et institutionnels non “marocains”. Dès lors, s'impose la mise en place d'une stratégie financière au Maroc et à l'étranger, pour accroître la mobilisation de l'épargne des MRE.

2- L'épargne au Maroc des MRE étant essentiellement alimentée par les transferts de fonds de l'étranger, un encouragement de ces transferts s'avère nécessaire. La mesure de dévaluation récente du dirham, par exemple, est de nature à encourager cette épargne. Des placements dédiés aux MRE et définis pour eux, ainsi que des mesures fiscales incitatives peuvent soutenir ces transferts et placements.

3- L'épargne des MRE devrait être aussi alimentée par leurs projets d'investissement au Maroc. Dans ces conditions, il serait nécessaire de favoriser les investissements des MRE dans tous les domaines et, pourquoi pas, définir des mesures incitatives en leur faveur.

4- Les Marocains de l'étranger ont tendance à investir de plus en plus à l'extérieur du Maroc et parfois à l'extérieur de leur pays de résidence. Pour attirer davantage de capitaux des MRE au Maroc, des mesures d'accompagnement s'imposent à tous les niveaux (accueil, infrastructure, zones d'activités économiques, informations, financement...). 

L'assainissement des projets en difficulté constitue une action prioritaire pour redonner confiance aux MRE et renforcer leurs liens économiques et sociaux avec la patrie et, à travers eux, donner des signes impulsifs nouveaux pour la relance des investissements étrangers. Il n'existe pas d'agrégat global donnant l'ensemble des investissements réalisés par les MRE au Maroc. Néanmoins, quelques indicateurs permettent d'avoir une idée sur l'ampleur de ces investissements.

Pour en venir à bout de ces facteurs de blocage, il est nécessaire que toutes les parties intervenantes soient sensibilisées et mobilisées pour apporter des solutions aux projets en difficulté. Une nouvelle démarche devrait être adoptée, en recensant d'abord tous les projets en suspens, en les regroupant, ensuite, par nature du blocage et par administration intervenante concernée, et en les présentant à des commissions permanentes qui statueraient sur ces projets. L'encouragement des projets au Maroc des MRE est tributaire des mesures à prendre dans tous les domaines pour créer les conditions propices à l'investissement. 

Ces mesures peuvent s'articuler autour de 5 axes principaux: 

1- Informer sur les opportunités d'investissement, par domaine, par branche d'activité, par région... 
2- Assainir l'environnement et apporter des solutions aux dossiers en suspens et en difficulté. 
3- Renforcer l'infrastructure d'accueil et d'implantation des projets par l'aménagement de zones d'activité, l'élaboration de banques de projets, l'amélioration de l'accueil, la rapidité du traitement administratif des dossiers...
4- Favoriser les financements adéquats pour leurs investissements et participation des MRE aux projets élaborés et présentés dans le cadre des mécanismes de reconversion de la dette extérieure du Maroc.
5- Concevoir, en faveur des MRE, des produits financiers pour accroître la mobilisation de leur épargne à vue et à terme et vulgariser les produits financiers déjà mis en place notamment par le Trésor, le système bancaire, le marché boursier, les fonds d'investissement en OPCVM, les produits d'assurance et d'épargne-retraite.

Où les MRE investissent-ils?
Après ces données fragmentaires et les dossiers parvenus à la Fondation Hassan II, les projets d'investissement se réalisent dans l'ensemble des différentes branches d'activité économiques, en particulier dans l'immobilier, le tourisme et l'hôtellerie, l'industrie, l'agriculture et l'élevage, les hautes technologies, le transport, le commerce et les services ...

Les données de l'enquête réalisée en 1999-2000 par la Fondation Hassan II pour les MRE en collaboration avec les professeurs-chercheurs et les ingénieurs de l'INSEA-Rabat montrent que 72% des MRE ont réalisé au moins un projet au Maroc, 20% deux projets et plus et 6% mis en oeuvre trois projets ou plus. La localisation de ces projets est souvent liée à la région d'origine du migrant.Par branche d'activité, le secteur immobilier reste prédominant (83%), suivi de l'agriculture (7,5%), le commerce (5%), l'industrie (1,3%) ...

D'après les résultats de l'enquête réalisées en 1999-2000 par la Fondation Hassan II en collaboration avec l'INSEA à Rabat, on peut souligner les constatations suivantes:- Attachement des MRE à l'investissement au Maroc: Les résultats de l'enquête précitée montrent que 70% des MRE ont réalisé un investissement au Maroc, ce qui traduit leurs liens économiques forts avec la patrie.- Intérêt grandissant des MRE pour l'investissement à l'étranger: 23 % des MRE ont réalisé un projet d'investissement à l'étranger. Cette proportion ira grandissant, les pays de résidence et d'implantation des projets des MRE offrant des conditions plus avantageuses. 

L'intégration de plus en plus affirmée des MRE dans les pays de résidence, pour des raisons multiples et les changements d'attitude, voire la rupture qu'elle génère à l'égard du projet du retour définitif au pays d'origine initialement fixé, renforcent les mutations de leurs comportements économiques et favorisent leur recherche d'opportunités et de projets d'investissement rentables et facilement réalisables dans les pays de résidence.

Alla EL AYACHI est aussi vice-président de l'Association des économistes marocains, chargé des conférences et des tables rondes.





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