Ce coran que j'ai appris par cœur dès l'âge de huit ans et demi, voici la position de l’un de mes illustres maîtres, feu Mohamed Arkoun, à l'égard de sa genèse.

Bien évidemment, j'en partage totalement l'authenticité historicienne. Aussi commencerais-je par citer mon regretté maître avant d'adjoindre mon modeste commentaire :

Pour le fait coranique, l’espace, c’est le Hijâz ou partie Ouest de l’Arabie où se trouvent La Mecque et Yathrib devenue Médine ; le temps c’est 610-632, quand les contemporains entendent des énoncés inhabituels de la bouche d’un certain Muhammad ibn ‘Abdallah du clan des Banû Hashem. Il va vite être question de prophète, de mission prophétique décidée par un Dieu connu dans la tradition juive depuis Abraham, Moïse et Jésus ; mais qui se manifeste à nouveau aux «hommes » par un nouveau Messager.

Des énoncés oraux semblables se poursuivent pendant 20 à 22 ans dans des circonstances variées et devant des audiences changeantes. Les énoncés entendus à la Mecque jusqu’en 622 ont des contenus et une rhétorique différents de ceux prononcés à Yathrib. Nous sommes encore dans le régime oral de la culture et de la communication ; le recours à l’écrit est exceptionnel et rare.

Cette remarque n’est pas un détail, mais une donnée capitale pour le devenir des énoncés étalés sur une période courte, mais déterminante. Très vite, on décidera de fixer par écrit les énoncés mémorisés par des témoins. Ainsi, ce qui est appelé qur’ân, nom propre de l’ensemble des énoncés oraux puis du volume (Mushaf) où seront consignés les énoncés ; mais aussi récitation, annonce, prêche. Les choses se compliquent quand on passe de l’énonciation orale au Mushaf. Celui-ci est le résultat d’une suite d’opérations complexes impliquant des acteurs nombreux, des rivalités, des désaccords, des omissions, des ajouts que l’historien moderne s’efforce de démêler depuis le 19e siècle". Fin de citation.

La voilà la vérité historique autour du coran ! Lorsque d'aucuns appelèrent à l'expurgation des passages douteux ou échus (mansoukhe) du corpus coranique -feu Abed El Jabri en fut- ils furent taxés de blasphémateurs.

Or, sur toute l'étendue des 60 hizbs du corpus coranique, un nombre incalculable de passages (versets ou groupe de versets) versent dans le ponctuel, le local, le conjoncturel, l'éphémère. Quel message spirituel tirer, à titre d'exemple, de la sourate "al maçad" où sont maudits Abou Lahab et son épouse ? Je n’en vois trace !

Actionnons la raison un moment. Si le Coran -à l'instar de tous les livres dits révélés et même ceux, notamment en Asie, qui ne prétendent pas au statut de message céleste- est venu apprendre, à sa manière, dans la langue parlée au Hijaz, une certaine articulation des fameux Dix Commandements précédemment déclinés par la Torah et les Evangiles, alors il y aurait lieu de briser le statut de ce que le Professeur Mohamed Arkoun appelle le Corpus Coranique Officiel Clos (COC) en soumettant, sans complaisance et sans animosité non plus, ce corpus à l'analyse contextuelle et, forcément, à la Raison (al 3aql).

Aucune communauté humaine sur terre n'a pu accéder à l'émancipation sous toutes ses formes sans avoir, au préalable, disséqué les plus sacrés de ses dogmes et ses patrimoines oraux devenus "écritures" !

La soumission du Coran aux impératifs de la Raison n'est-elle pas la façon la plus délicate et la plus noble du respect qu’on se doit de lui accorder comme à tous les textes sensés sortir les hommes de la sphère de la barbarie ?

Abdessamad Mouhieddine
Anthropologue, journaliste, écrivain, poète...














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