Cette distinction sémantique flirtant parfois avec le sophisme et s’ouvrant à toutes les subjectivités et partis pris est opérée de façon parfois énigmatique à l’égard des prévenus impliqués dans des actions pour le moins terrorisantes, et ce, le plus souvent artificiellement, et hâtivement, comme dans la récente affaire de « Sept-Sorts », qui a vu une pizzeria de Seine-et-Marne brutalement attaquée par un individu apparemment isolé.

Les autorités étatiques sous la pression médiatique permanente auxquelles elles répondent avec docilité, tellement impatientes de cataloguer un évènement par principe complexe et imprévisible, tranchent donc avec une rapidité déconcertante.

Devant une absence de revendication, de formulation explicite, ou d’appartenance à une organisation quelconque, face à un discours parfois confus lors des premières auditions (et pour cause, les faits étant récents, les individus sont nécessairement perturbés à court-terme), l’étiquetage à connotation psychologisante vient rapidement reléguer vers la colonne des faits divers ces zones d’indétermination sociétale. Et pourtant, les derniers attentats sur le sol français ont largement démontré que certains de leurs auteurs (reconnus comme tels) n’étaient aucunement affiliés à quelques structures politico-religieuses que ce soit, et n’avaient à proprement parler subi aucun endoctrinement mais étaient ce qu’il est désormais de coutume de nommer des « loups solitaires ».

Dans l’affaire Richard Durn par exemple, on a aucunement retenu ce concept d’attentat alors que le sujet concerné, certes ne relevait pas d’une idéologie politique ou religieuse précise, mais comptait bien régler ses comptes de façon violente avec l’État pour des motifs fondamentalement socio-économiques.

De même en Norvège, dans l’affaire Breivick, certains observateurs ont privilégié la qualification d’attentat, d’autres la « simple » notion de tuerie de masse, alors que l’individu avait longuement étalé son idéologie et ses buts politiques rationnellement définis.

Quoi qu'il en soit, le crime de masse ou sa simple tentative porte toujours une dimension socio-politique qui le distingue très faiblement de l’attentat à proprement parler, éthiquement parlant.

L’origine sociale, ethnique et religieuse des personnes concernées pourrait largement expliquer ces distinctions parfois spécieuses mais aux lourdes conséquences judiciaires et de traitement médiatique.

J’avancerai un autre faisceau d’explication pour éclairer cette distinction statutaire entre ces différents actes violents. La crainte des autorités politiques de « libéraliser » l’appropriation de ce statut de terroriste qui demeure nimbé d’une mythologie plus attractive et fascinante pour certains que la rubrique « déséquilibrés et autres chauffards irresponsables ».

Dans ce récent drame en Seine-et-Marne, ce qui a pu susciter un certain trouble, c’est qu’une attaque utilisant le même mode opératoire, à savoir l’attaque par un véhicule de type BMW contre des militaires, n’avait pas semblé ouvrir tant d’interrogations sur les intentions du conducteur.

Lors du traitement de « Sept-Sorts », il est tout de même étonnant qu’un procureur prétende ne serait-ce qu’esquisser le statut psychiatrique d’un prévenu en quelques heures, comme il est étonnant que le statut d’une attaque de civils varie dans les médias au fil des dépêches, parfois en une phrase :
.europe1.fr/.
« …mode opératoire a pu laisser penser à une attaque terroriste, le drame de lundi soir à Sept-Sorts serait en fait une terrible tentative de suicide. »
« Drame de Sept-Sorts : un chauffeur « hors de contrôle » » - BFMTV
www.bfmtv.com/.
« Tentative de suicide. Lundi soir aux alentours de 20h30, un homme a foncé à bord de sa BMW sur une pizzeria de Sept-Sorts, …
On doit pouvoir évoquer la notion d’attentat sans craindre le confusionnisme quand il y a atteinte à la sûreté de l’État, et…en tant que telle, de la population.

Par ailleurs, la version même du suicide demeure plus que sujette à caution en l’état actuel de l’enquête. Il faut donc une nouvelle fois s’étonner du manque de rigueur journalistique et du complexe judiciaire à son égard qui se croit obliger de trancher avec une célérité qu’on ne lui connaît pas toujours le statut d’attaques parfois sans fondement rationnel particulier, ou tout au contraire, et c’est le fruit d’une profonde investigation que de l’éclaircir, le fruit d’un long processus de « maturation ». Pour cerner l’usage du concept d’attentat, qui l’octroie ou le dénie, il faut se plonger dans les intentions non seulement de ceux qui commettent les actes visés, mais aussi dans celles des observateurs qui les commentent et les sanctionnent. Et cette plongée ouvre un abîme de perplexité tant les grilles de lecture varient selon les périodes et les cultures, selon les tensions sociales données et les rapports de force impliqués, se reporter à ce sujet à cet article assez complet (middleeasteye.net/).














0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top