Poussés par le rêve d’une vie meilleure en Europe, des Maliens, des Sénégalais, des Congolais et plusieurs autres s’engagent dans une aventure très risquée afin de fuir la guerre et la misère. 

Après un long périple, traversant le désert et contournant de nombreux points de contrôle, ils franchissent clandestinement les lignes marocaines. Toutefois, l’eldorado tant espéré devient un affreux mirage lorsque entre ces frontières, ils demeurent prisonniers.

Souvent volés et pillés en cours de route, les migrants subsahariens arrivent au Maghreb en situation de grande précarité. Dépourvus de ressources, ils éprouvent des difficultés importantes en matière de logement, de subsistance leur santé en prend un coup. Dans les montagnes et les forêts, à la merci des intempéries et des scorpions, ils se réfugient, attendant désespérément de pouvoir traverser la mer Méditerranée.
« Lors de nos entretiens avec des candidats à l’immigration clandestine, on a été surpris d’apprendre qu’ils sont conscients des risques qu’ils courent, soutient le responsable des communications de l’association des Amis et familles des victimes de l’immigration clandestine (AFVIC), Hicham Rachidi. Ils s’aventurent tout de même puisqu’ils disent que ça ne peut pas être pire que chez eux et qu’ils souhaitent à tout prix venir en aide à leur famille. »
En novembre dernier, plus de 500 clandestins subsahariens ont été arrêtés près de la frontière marocaine avec l’Algérie, alors qu’ils tentaient de se faufiler au royaume de Mohammed VI, soulignait le journal marocain Le Reporter. En 2002, ce sont 14 630 candidats à l’immigration clandestine subsaharienne qui ont été appréhendés par les services de sécurité marocains.

Généralement, ces migrants sont condamnés par les tribunaux du pays à passer quelques mois en prison pour ensuite être reconduits aux frontières marocaines, souvent celles avec l’Algérie. 
« C’est une fausse solution car une fois expulsés, ils se relancent dans le même périple, explique Abdelkrim Belguendouz, chercheur marocain à la Faculté de droit. Ce phénomène est un véritable cercle vicieux. »
« La législation internationale exige que les pays d’accueil étudient tous les dossiers des immigrants individuellement, explique le président de l’AFVIC, Khalil Jemmah. Toutefois, la situation actuelle démontre que les subsahariens sont expulsés de manière automatique, collective et sans étude de dossiers. C’est une grave violation des droits de l’homme. »

L’équipe de Médecins sans frontière d’Espagne, qui travaille sur le terrain, rapporte aussi que les migrants en transit sont maltraités lors des contrôles, arrêtés et jugés sans avocat, sans interprète dans une langue qu’ils ne comprennent pas, l’arabe.

Enrayer ce fléau
Une collaboration de développement entre les pays européens et africains serait absolument nécessaire pour trouver une solution à ce grave phénomène. « Une étude prospective évaluant le phénomène migratoire sur le territoire marocain est évidemment préalable à toute action sur le terrain puisque les connaissances en la matière sont actuellement très faibles », estime M. Belguendouz.

Des initiatives destinées à améliorer le caractère durable des retours et la réintégration des migrants dans leur pays d’origine sont aussi à développer. Un autre outil bénéfique pour donner l’heure juste sur cette réalité serait d’offrir des campagnes de sensibilisation et d’information sur le danger d’une telle aventure aux jeunes dans les pays du sud.
« Considérant ses liens avec les autres pays d’Afrique, le Maroc a l’obligation de construire des centres d’accueil pour rendre les conditions de transit de nos frères subsahariens les plus humaines possibles, soutient M. Jemmah. Toutefois, les autorités marocaines estiment qu’une telle aide ne ferait qu’encourager les tentatives d’immigration. »
Implication des Nations unies
En novembre dernier, la visite officielle au Maroc du rapporteur spécial des Nations unies pour la défense des droits des migrants, Mme Pizaro, a démontré la volonté de la communauté internationale de protéger ces gens de passage. Un premier rapport sur la situation des migrants subsahariens sera rédigé au cours de l’année 2004.

La majorité des intervenants interrogés ne s’attendent toutefois pas à un ralentissement du nombre de visiteurs clandestins mais croient au contraire que ce chiffre sera multiplié par deux dans l’avenir. De là l’urgence d’intervenir et d’agir.

Marilyse COURNOYER, 8 janvier 2004


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