Depuis mon dernier séjour au Maroc je n’arrive pas à me débarrasser d’un lourd et énorme fardeau constitué d’un amas de questions qui me hantent jusque dans mon profond sommeil. Jour après jour j’ai voulu tout occulter et faire semblant de tout oublier. 

Malheureusement, comme dans un film, mon passeport, ma carte d’identité nationale, ma citoyenneté, ma nationalité et d’autres symboles me reviennent au galop systématiquement et d’une manière aléatoire dans mon esprit. Faute de trouver des réponses adéquates et satisfaisantes le doute et l’incertitude me rongent et érodent doucement mais sûrement ce qui me reste de nationalisme. Malgré l’émergence de la nouvelle identité européenne, citoyen musulman d’Europe, mon attachement à mon pays d’origine n’est pas encore affecté mais je commence à me poser des questions.
  • Suis-je encore citoyen marocain ? Est certainement la question qui englobe toutes mes pensées, mais il y en a d’autres.
  • Pourquoi l’État marocain se comporte-t-il de telle manière à refuser ma participation à la gestion du pays ?
  • Pourquoi le Maroc continue-t-il à ignorer mes droits de citoyen pendant presque quarante ans déjà ?
  • Suis-je un citoyen marocain résident à l’étranger ou suis-je un marocain expatrié à l’étranger ou suis-je un proscrit exilé et banni ?
  • Ai-je encore des droits au Maroc ou seulement des devoirs ?
  • A part d’être un MRE ai-je encore une place dans la société marocaine ?
  • Ai-je encore le droit d’avoir des droits au Maroc ?
Je reconnais qu’aucun État dans le monde n’est parfait. Mais il y a quand même des limites. Jadis, d’autres pays tel le Maroc étaient aussi des pourvoyeurs de main d’œuvre comme l’Espagne, l’Italie, la Grèce et le Portugal. Depuis longtemps, tous ces pays ont évolué économiquement mais aussi socialement et démocratiquement. Par contre, le Maroc n’a pas encore trouvé ni la bonne voie ni la bonne vitesse de croisière. Au contraire, le pouvoir politique marocain avec sa lourdeur administrative et sa bureaucratie intimidante a tout fait pour étouffer ma passion, asphyxier mon ardeur et opprimer mon enthousiasme. La colère a remplacé mon espoir, et la confiance a été remplacée par le désespoir.

Il est inacceptable et incompréhensible qu’après quarante ans d’immigration le Maroc préfère dialoguer avec les Beni oui-oui dociles, maniables, obéissants et soumis. Obstiné, il n’a pas encore compris ou têtu ne veut rien comprendre. En tout cas la culture du dialogue interactif et l’éducation du respect d’autrui n’ont pas encore gagné les hautes sphères qui regorgent d’individus arrogants et dédaigneux qui méprisent avec insolence la communauté marocaine de l’étranger malgré son incommensurable apport économique et financier.

Toujours est-il que, après quarante années d’espoir et d’espérance la réalité actuelle dépasse et de loin la fiction. Le manque de vision politique et l’absence d’un projet à long terme ne font qu’aggraver les relations et agrandir le fossé entre le Maroc et les futures générations. J’interpelle avec insistance tous les responsables politiques du pays pour leur rappeler que leur myopie politique est en train de semer du vent.

Malgré que le Maroc ait tourné la page le Makhzen est toujours omniprésent et il ne manque aucune occasion pour le faire savoir et nous le faire rappeler. L’une des conséquences néfastes et il faut le souligner c’est que la société marocaine a perdu toute initiative individuelle. Chacun pour soi est le mot d’ordre le plus répandu parmi une population encline à l’individualisme mais sans aucune créativité. L’intérêt général a perdu toute sa signification et a laissé place à l’intérêt particulier à outrance. Penser l’utilité publique est devenu une denrée rare dans une population soumise à une tutelle du Makhzen et écrasé par un système généralisé de corruption.

Aujourd’hui, le Maroc des contrastes est devenu le Maroc du dualisme. Deux mondes complètement différents cohabitent ensemble se chevauchent mais sans aucune complémentarité. Un Maroc traditionnel folklorique et romantique et un Maroc moderne et contemporain coexistent mais s’ignorent mutuellement. Un Maroc de riches fortunés qui vivent dans l’opulence et un Maroc de pauvres sans moyens et sans ressources. Chaque maison est devenue un royaume où l’on ne se soucie guère de l’extérieur tant qu’on est en sécurité entre les murs. Il y a ceux qui mangent à leur faim et les autres qui vivent dans la misère et la privation. Il y a ceux qui savent lire et écrire et il y a une majorité d’analphabètes et d’illettrés. Il y a ceux qui ont de la chance et sont du bon côté et les autres.

Sans se soucier le moindre du monde, le Maroc se prépare à investir énormément pour se faire une beauté et se rendre attrayant aux touristes étrangers mais, n’investit pas un dirham pour se rendre attractif et agréable à ses natifs et à ses citoyens résidents à l’étranger. Pour redevenir une vraie mère-patrie le Maroc doit faire un grand effort d’ingéniosité et de créativité d’un côté pour répondre aux multiples questions que se posent les Marocains de l’étranger et de l’autre côté pour regagner leur confiance et leur amour afin de garder et consolider les liens affectifs et institutionnels avec ses nationaux en Europe avant qu’il soit trop tard.

Sarie Abdeslam 
Bruxelles, le 5 octobre 2003



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