L’enseignement de la langue française dès la première année de scolarité dans le secteur public suscite une levée de boucliers des islamistes qui craignent une concurrence avec l’arabe. La guerre linguistique entre francophones et arabophones reprend de plus belle.

Le Mouvement unicité et réforme (MUR), bras religieux du parti islamiste au pouvoir PJD, ne décolère pas contre la réforme de l’éducation nationale qui introduit l’enseignement du français dès la première année du primaire. Pour le président du Mouvement, Abderrahim Chikhi, cela se ferait au détriment de la langue arabe. «La langue française va concurrencer la langue arabe en raison des heures de cours qui vont lui être attribuées», précise-t-il. Abderrahim Chikhi demande, au contraire (lien en arabe), «le renforcement du statut de la langue arabe et de son rôle, de prendre soin d'elle dans les différentes étapes de l'éducation, notamment en renforçant sa présence dans la société».

Le ministre marocain de l’Éducation nationale, Mohamed Hassad, a surpris tout le monde en annonçant, lors d'un déplacement à Casablanca le 15 juin 2017, vouloir optimiser l'apprentissage de la langue française et de l’introduire dès la première année de primaire, contre la troisième actuellement.

«30 ans après la campagne d'arabisation menée par Hassan II, ce changement se veut le point d'orgue d'une politique qui faisait déjà débat sous le gouvernement Benkirane. Une mesure pourtant porteuse de nombreux avantages, notamment l'ouverture sur le marché de l'emploi», analyse Tel Quel.

«Catastrophe nationale»

La première charge contre la réforme est venue de Fouad Abou Ali, président du Collectif national pour la langue arabe, qui y voit «une réelle menace pour les langues officielles» et ce «en imposant aux Marocains la langue de l’ancienne-nouvelle colonisation en violation de tous les consensus constitutionnels des Marocains et des visions stratégiques du Conseil supérieur de l’enseignement».
La révolution linguistique bat son plein. «La guerre entre les partisans de la francophonie et les arabophones a repris de plus belle. La décision du ministre de l’Éducation nationale d’enseigner la langue de Molière dans les écoles publiques, dès la première année du primaire lors de la prochaine saison scolaire, a ravivé les inquiétudes de l’autre camp», note Yabiladi.

Les personnes bilingues, à la recherche d’un emploi, sont plus prisées sur le marché du travail. «L'enseignement des langues ne doit pas devenir un outil "d'injustice linguistique". Aujourd'hui, les élèves inscrits dans le secteur privé apprennent le français beaucoup plus tôt que ceux scolarisés dans le public. Ce système génère des retards qu'il faut combler. Nous devons donc développer l'égalité des chances en matière linguistique», explique Rahma Bourqia, directrice de l’Instance nationale d’évaluation (INE) auprès du Conseil supérieur de l’enseignement, à Tel Quel.


Selon l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), plus d’un tiers de la population marocaine (plus de 34 millions de personnes, selon le recensement de 2015) parle et/ou écrit français.

Par Mohamed Berkani
geopolis.francetvinfo.fr/


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