Bizarre ! La Grande-Bretagne s'est chargée de créer la Ligue arabe dès le 22 mars 1945, soit trois mois, quasiment jour pour jour, avant la création de l'ONU à San Francisco (sic) le 26 juin 1945.

Qu'est-ce à dire ? Grâce aux travaux pointus de leurs orientalistes et les monographies riches de leurs "officiers des affaires indigènes", les ex-puissances coloniales, qui ne tarderont point à faire dans l'impérialisme le plus abject, avaient depuis belle lurette compris le danger d'une organisation régionale rassemblant quasiment toute la typologie des richesses du sol et du sous-sol, et où les populations puisent majoritairement dans le même patrimoine linguistique, cultuel et historique.

Il fallait donc vicier toute velléité de rassemblement programmatique, pragmatique et viable. La création d'une Ligue arabe impotente, impliquant sept régimes fantoches, dont trois Etats fraîchement fabriqués de toutes pièces (Arabie Saoudite, Jordanie, Liban), était pour les vainqueurs de la seconde guerre mondiale une nécessité impérieuse avant l'instauration d'un nouvel ordre mondial enterrant la SDN et inventant une organisation idoine, c'est-à-dire conforme au nouvel équilibre des forces et dont l'organe décisionnel doit être interdit d'accès coûte que coûte aux nations potentiellement candidates à l'indépendance et donc à l'appartenance à la nouvelle organisation.

Aussitôt créée, les puissances s'emparent donc de l'ONU via son fameux Conseil de sécurité, devenu une épée de Damoclès sur les têtes des autres nations.

Arrive donc la Charte des Nations Unies. Une lecture analytique des plus simples de cette charte renseigne sur la domination nouménale, "génétique" et omnipotente des superpuissances sur le reste de notre monde. Hormis l'intégration concédée à la Chine au sein du CS, davantage pour l'amadouer et prévenir sa puissance potentielle qui se profilait dès la fin de la guerre du Vietnam, aucune tentative d'investissement du Conseil de sécurité de l'ONU par quelque puissance émergente que ce soit n'a abouti et n'est près d'aboutir.

Le monde arabe a beau s'indigner, stigmatiser, condamner l'insolence géostratégique israélienne telle que déclinée inlassablement dans toutes les offenses sionistes au droit international, aucun écho de ses récriminations n'est recevable au sein d'une organisation faite à la taille des grands pour maintenir les privilèges des grands. Que fait Israël sinon perpétuer ce que les anciennes puissances coloniales ne pouvaient parachever sous la pression de leurs opinions publiques ?

Si l'on intègre cette réalité géopolitique régionale et géostratégique internationale, on commence déjà à comprendre en face de quelles puissances sommes-nous. Toute la littérature onusienne sur les droits humains, la paix et la sécurité internationale, la coopération nord-sud et tutti quanti et même tutti jus frutti n'est destinée qu'à conforter un ordre inique destiné à perpétuer l'assujettissement des Etats et la vassalisation des peuples fraîchement sortis du joug colonial.

Ce "machin" n'est qu'un amortisseur des spasmes d'émancipation de ce Sud dont on ne veut que les richesses du sol et du sous-sol, comme précédemment les biceps et aujourd'hui la matière grise. Pour cela, les grandes puissances peuvent compter sur la complicité des régimes fantoches qu'ils protègent précisément parce que ces derniers protègent à leur tour jalousement leurs intérêts tout à la fois tactiques et stratégiques. En témoigne l'extraction de la clause du respect des droits humains de l'accord de Paris sur le climat...pour les beaux yeux de l'Arabie Saoudite, dûment appuyée par les lobbys pétroliers !

Israël n'est qu'un chaînon de cet absolutisme juridique, militaire, technologique, géostratégique et, somme toute, civilisationnel.

Alors, alors ?

Alors, la refonte structurelle de l'ONU et la remise en cause de la Déclaration dite universelle des droits humains dans le sens d'une plus grande justice, notamment climatique, face aux aspirations des pays du Sud s'avèrent urgentes.

Mais, la reconstruction de l'homme, lui permettant d'accéder à la véritable et la seule dignité qui vaille et qui est une authentique CITOYENNETE, me semble être la seule parade possible contre cet ordre inique et vassalisant. Cela prendra le temps qu'il faudra, mais hors de cet impératif, point de salut. Le reste ne relève, à mon humble sens, que de l'arbre à palabres !

Dr Abdessamad Mouhieddine
Anthropologue, journaliste, écrivain, poète...














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