Pour embarquer dans un vol à Paris lors des grands départs, 3 heures ne suffisent plus. La faute au manque d'effectifs de la police de l'air et des frontières.

Le million de passagers qui vont partir aujourd'hui, demain et dimanche, doivent s'attendre à faire des queues interminables pour accéder aux salles d'embarquement de l'aéroport d'Orly. Arriver trois heures avant le décollage comme le demandaient généralement les compagnies aériennes n'est plus suffisant pour permettre le départ des avions à l'heure prévue. Nous avons testé le dispositif lors d'un vol partant d'Orly-Sud. Déjà, l'accès routier est complexe, tortueux et mal balisé. Taxis, autobus, voitures particulières sont tous mal lotis. Seuls le tram en souterrain, mais au temps de parcours dissuasif, et Orlyval en viaduc au tarif exorbitant, car hors pass Navigo, s'en tirent.

Au rez-de-chaussée, les comptoirs d'enregistrement sont en nombre suffisant si la compagnie aérienne utilisée s'en donne les moyens. Le bon plan consiste à charger la carte d'accès à bord sur son smartphone et à laisser son bagage de soute à un point de dépose automatique.

Chemin de croix
Le chemin de croix débute avec le passage du poste inspection filtrage (PIF) où des agents de sûreté vérifient que vous ne transportez pas sur vous ou dans vos bagages à main d'objet prohibé. Même en pleine canicule, la bouteille d'eau est interdite, mais, rassurez-vous, vous en trouverez plus loin dans les boutiques à 2,50 euros le demi-litre.

Ce contrôle de sûreté est financé par une redevance intégrée au prix du billet du passager, soit près d'un milliard d'euros par an en France. L'aéroport choisit les sociétés privées agréées pour cette opération et fixe le nombre de PIF ouverts en fonction du trafic attendu. Ce peut être un point de blocage et d'attentes. Mais ce n'était pas le cas ces quinze derniers jours où la situation s'est pourtant considérablement détériorée à Orly comme à Roissy-CDG. Car, après le PIF, il y a la PAF qui coince.
Les départements français d'outre-mer... hors Schengen !

La police aux frontières vérifie les passeports des passagers. Le système est lent pour plusieurs raisons. Le nombre de policiers disponibles est insuffisant, occupant en moyenne un poste de contrôle sur trois. Nous avons vu deux policiers contrôler les passeports d'une file d'attente de cinq cents personnes. Conséquence, la semaine dernière, 70 % des vols étaient en retard, ce qui coûte à chaque fois des dizaines de milliers d'euros aux compagnies obligées en fin de soirée de se dérouter sur Roissy-CDG. Les passagers arrivent alors à destination avec plusieurs heures de retard. À Orly plus qu'à Roissy-CDG, le système informatique est défaillant. Si les applications de scan des passeports se sont perfectionnées, les tuyaux numériques pour interroger les serveurs du ministère de l'Intérieur n'ont pas été mis à niveau. Enfin, une grogne syndicale des policiers ne facilite pas l'adaptation des effectifs aux besoins.

La balle est dans le camp du ministère de l'Intérieur. Si on analyse un peu la provenance et la destination de ces milliers de passagers bloqués avec leurs passeports dans les files d'attente à Orly et à CDG, on constate que des avions entiers partent de France et vont en France. Ce sont ceux qui desservent les départements d'outre-mer. Mais Martinique, Guadeloupe, La Réunion n'appartiennent pas à l'espace Schengen, répond-on au ministère de l'Intérieur. Certes, mais ces îles sont avant tout en France. En fait, ces contrôles semblent aussi être historiques et datent de l'époque où les avions, moins performants, faisaient escale à l'étranger pour traverser l'Atlantique ou l'océan Indien. Un simple feu vert ministériel suffirait pour épargner ce calvaire à près de dix mille passagers chaque jour, rien qu'à Orly.

La technologie française en retard
Le groupe ADP, qui gère les aéroports parisiens, déplore cette situation et finance 87 sas Parafe de contrôle automatique que le ministère de l'Intérieur tarde à homologuer et à mettre en service, conséquence d'une guerre des services Place Beauvau. Augustin de Romanet, PDG de Paris Aéroport, renouvelle les lettres d'alerte auprès des ministres de l'Intérieur qui viennent de se succéder. Elles restent sans réponse comme celle de Marc Rochet, le président d'Air Caraïbes et de French blue. Celui-ci fait état de « 320 heures de retard pour l'ensemble des vols internationaux » à Orly-Sud entre le 15 et le 30 juin. Des débuts d'émeute se sont produits dans les zones d'attente. Les policiers ont alors fermé le contrôle et fait appel à un escadron de CRS.

Cette situation peut-elle nuire à la candidature de Paris pour les Jeux olympiques. Indéniablement, car les passagers en colère constatent que la France est très en retard sur le passage des frontières. Aux États-Unis où le filtre d'immigration était réputé laborieux, c'est devenu un non-événement comme nous l'avons constaté à Atlanta, New York et Los Angeles. Le passager utilise une borne automatique pour scanner son passeport, se prendre en photo et saisir ses empreintes digitales. Il présente ensuite le reçu qui s'est imprimé à la sortie de la salle. À Abu Dhabi, aucune présence humaine (visible). Il suffit de présenter son passeport à un portillon qui s'ouvre une fois la comparaison faite entre la photo du document et le visage du passager. En France, cela existe, à la gare du Nord, pour embarquer sur Eurostar. Avec une technologie britannique.











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