Deux architectes, la Marocaine Soukaïna Laâbida et le Français Charlélie Michel, ont réalisé un voyage de neuf mois à travers les campagnes du bassin méditerranéen jusqu'en Asie, en passant par l'Afrique du nord et l'Iran, pour découvrir les différents habitats ruraux qui existent dans cette partie du globe. Leur voyage a pris fin au mois de juin au Maroc, dans le pays d'origine de Soukaïna.

L'idée de cette "Marche vers l'Orient" a mûri dans la tête des deux architectes pendant leurs études. "On a passé cinq ans devant des ordinateurs, à concevoir des projets qui ne prenaient pas réellement forme, on voulait aller sur le terrain. La question de l'habitat rural, c'est aussi quelque chose qu'on n'aborde pas en cours, on voit plutôt l'architecture contemporaine, moderne, qui ne représente pas la majorité des constructions dans le monde", explique le couple au HuffPost Maroc.

Alors, comment les habitants des campagnes orientales construisent-ils leurs maisons? C'est ce que Soukaïna Laâbida et Charlélie Michel ont voulu comprendre et analyser. Mais pas que. "Bien sûr, en tant qu'architectes, ça nous intéresse de voir de quelle façon les populations ont construit leurs maisons, loin des standards de solidité et de confort des maisons européennes. Mais nous avons aussi voulu aller à leur rencontre pour voir comment ils habitaient leurs logements et comment, sur des générations, ils ont peaufiné la qualité spatiale de ceux-ci."

Le choix de l'Orient
Le choix des ruralités orientales s'est imposé facilement. Soukaïna et Charlélie avaient déjà voyagé dans les Alpes, du côté de l'Autriche et de la Suisse et s'étaient alors intéressés à l'architecture montagneuse. "Il y avait un véritable savoir-faire du bois", soulignent-ils. Puis ils s'envolent un mois en Turquie. "C'est un pays en voie de développement. En cours, on apprend les normes architecturales des Etats-Unis, de l'Europe, du Japon mais pas de pays comme la Turquie."

Maisons ottomanes sur les hauteurs d’Akcabaat, 
ville de la mer noire en Turquie

Leur tour s'est donc vite dessiné: l'Italie du Sud, la Grèce, l'Egypte, la Géorgie, la Turquie de l'Est, l'Iran, la Malaisie, l'Indonésie, le nord du Vietnam, le sud de la Chine et le Maroc. "On prenait environ un mois dans chaque pays. On y choisissait une région spécifique qu'on parcourait pendant dix jours à pied, de village en village".

Au Maroc, ils se sont intéressés à la typologie des maisons avec cour, dans la zone montagneuse du Haut Atlas et aux villages amazighs. "C'était très intéressant. En général, il y a une double-cour. Celle du rez-de-chaussée qui sert à l'usage intérieur de la maison. Et la cour à l'étage, ouverte sur le paysage à 360°, où les habitants dorment l'été et où ils peuvent observer le troupeau, par exemple".

Maisons à cour amazigh du Haut Atlas

Une voyage architectural et humain
Si cette "Marche vers l'Orient" avait pour but de découvrir les habitats ruraux, Soukaïna et Charlélie ont aussi vécu une aventure humaine. "Dans le monde rural, les gens sont très hospitaliers, très simples. Nous n'avons pas rencontré de problèmes liés à la barrière de la langue ou à la sécurité".

Portrait d’un couple d’agriculteurs égyptiens,
vivant en autonomie sur les rives du Nil

Le couple d'architectes a aussi pu voir à quel point les habitants des campagnes sont autonomes. "Ils ont un véritable savoir-faire que ce soit en construction, en production alimentaire, etc."


Découverte des villages vietnamiens où sont produits des meubles d’art et de la marqueterie. Ici: fabrication et sculpture d’un banc en bois massif

Du côté architectural, ils ont pu constater de nombreuses résonances entre les pays. D'abord, que les maisons rurales ne sont pas habitées de la même manière selon la saison, ce qui permet une économie d'énergie considérable. Ensuite, l'habitat rural dans ces pays est souvent habité par plusieurs générations, il est très dense. "Le découpage des pièces est très intéressant, il y a des parties individuelles et des parties communes. C'est le vivre ensemble et c'est un sujet qui nous tient à coeur aussi."

La politique du pays liée à la façon de vivre
"Nous avons fait un autre constat: la politique du pays a un impact sur la façon de vivre des habitants", soulignent les deux architectes. Plus généralement, ils abordent la question du tourisme dans les zones rurales, qui peut avoir un impact négatif sur la transmission du savoir-faire.

"Une famille qui cultive la terre aura plus d'entrée d'argent en accueillant des touristes chez elle. Le savoir-faire artisanal se perd alors. De la même manière, la nouvelle génération va plus apprendre l'anglais et s'ouvrir au monde, que le savoir-faire manuel de la famille. Or l'architecture est le fruit de plusieurs facteurs: les ressources, mais aussi le savoir-faire."

Depuis leur retour, Soukaïna et Charlélie sont en train d'écrire un livre, qui sera disponible en langue française et arabe, pour raconter leur "Marche vers l'Orient". "Notre but, c'est de parler avec des mots simples pour que les gens s'intéressent à l'architecture et à l'habitat rural". Dans chaque pays qu'ils ont traversés, ils ont dessiné une maison en détail et un croquis à l'échelle du village. "Nous allons aussi partager le mode de vie des gens, en recontextualisant."








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