Les immigrés subsahariens au Maroc vivent entre le marteau de la clandestinité et l'enclume de la misère. Vous les avez sûrement remarqués, les Subsahariens qui sont de plus en plus nombreux parmi nous. D'abords dans l'Oriental, ils s'aventurent davantage vers les villes côtières, notamment Rabat et Casablanca, où leur communauté ne cesse de se développer. 

Dans l'attente d'une occasion pour s'envoler vers d'autres cieux où les conditions de vie sont plus avantageuses, ils sont pour la plupart des mendiants professionnels.

Hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, demandent l'aumône aux centres-villes, devant les feux rouges, dans les marchés, devant les mosquées et même dans les quartiers périphériques. Les femmes, souvent très jeunes, portent des bébés sur le dos alors que les hommes, malgré leurs fortes statures, ont appris à «amadouer» les passants avec des mots tendres. «Mama, âfak» (Mère, s'il vous plaît), demandent-ils, entre autres, aux femmes dans ce petit marché informel à Tacharouk, un quartier périphérique de Casablanca. «Please money, eat», lancent-ils, devant une mosquée à côté de l'hôpital Averroès. 

D'autres, comptant sur la générosité et la compassion des citoyens, se contentent de tendre la main sans prononcer un mot. Leur regard éteint et leur attitude suppliante finissent par arracher la charité de la part de certains d'entre nous. D'où viennent-ils, comment vivent-ils et quels sont les projets de ces gens, envers lesquelles les citoyens sont parfois méfiants mais pour la plupart du temps désintéressés ?

Rasta a quitté son village natal au Niger depuis six ans. Après une année passée en Libye, deux mois à Maghniyya en Algérie et trois ans à Rabat, il a fini par atterrir à Hay Hassani à Casablanca. 

En compagnie de trois autres Subsahariens, il loue une modeste chambre dans un logement collectif à 750 Dhs. Comme tous ses semblables, ce solide gaillard de 36 ans a pour objectif de passer de l'autre côté de la Méditerranée. Mais, ce rêve bute toujours sur un manque de moyens perpétuel. «Je n'ai jamais tenté le coup parce que je suis toujours fauché», affirme Rasta, malgré son look de playboy (jeans taille basse, T.shirt demi ventre, veston et chaînettes au cou). Seuls quelques nouveaux arrivants, qui ont encore de l'argent, essayent de trouver des réseaux pour émigrer clandestinement. 
La plupart des anciens ont depuis longtemps fait leur deuil de l'Europe. 

Selon Rasta, il est quasi impossible de trouver du travail au Maroc. A l'instar des autres Subsahariens, les Marocains refusent catégoriquement de l'employer. Normal, le marché du travail n'est pas très reluisant au Maroc et tout le monde connaît par cœur ses problèmes. «Seuls quelques francophones trouvent des petits boulots de temps à autre. Les Anglophones, jamais», indique-t-il. Pour survivre, Rasta affirme s'adonner à la mendicité à longueur de journée, comme la quasi-totalité des Subsahariens qui vivent au Maroc. Selon lui, il n'a jamais songé tombé aussi bas. Dans son bled, il travaillait dans un supermarché et la vie était belle. 

Hassan, un Sierra-Léonais, vit également de mendicité. Sa chambre, il l'a loué à 600 Dhs. Le propriétaire de la maison est très durs avec lui, contrairement à son comportement avec les autres locataires marocains. «Dès que j'invite un Marocain à la maison, le lendemain il me chasse, et sans préavis», indique-t-il. 

Les gens dans la rue montrent également de l'agressivité envers lui. «Pas tous, mais une bonne partie. A cause de notre situation, nous sommes une cible facile. Parfois, un souffre douleur». Les femmes ne sont pas mieux loties que les hommes. 

Selon le témoignage de l'une d'entre elles, elles mendient toutes pour le compte d'un «caïd» qui s'empare quotidiennement du butin contre une soi-disant protection. La plupart d'entre elles vivent en couple ou en «communauté», tombent enceintes et se trouvent mères dans un âge précoce, croyant que cette situation va les protéger contre le refoulement. Mais, elles se trompent. Au Maroc, enceinte, mère ou pas, dès qu'elles sont raflées, direction les frontières. Mais, là-bas, c'est une autre histoire. Aussi bizarre que cela puisse apparaître, aucun des Subsahariens que nous avons rencontrés n'a montré son envie de rentrer chez lui.

Ils préfèrent tous rester dans un pays étranger plutôt que de regagner le leur. Autre motif avancé, la situation que vie le pays d'origine, notamment famine, guerre civile, incompatibilité religieuse et les histoires sont légion. Selon la version de Rasta, un événement a bouleversé son existence. Il est tombé amoureux d'une Ghanéenne qui est passée dans son village et il a essayé de l'épouser.

La famille de Rasta a refusé, arguant que la future épouse est chrétienne alors que Rasta est musulman. 
Un membre de la famille a essayé d'agresser la fille et, accidentellement, Rasta l'a tué et a pris la fuite! Une histoire qui ressemble plutôt à une fiction. Même son de cloche chez Hassan qui affirme avoir fui, depuis 1997, une guerre tribale dans sa région natale et à laquelle ses parents et ses quatre frères et sœurs n'ont pas pu échapper. 

Il a passé six ans en Mali où il a épousé Vivianne, 22 ans. De cette union, sa fille Faclty est née. Mais, il était contraint de quitter le Mali où il travaillait dans l'agriculture, et ce pour des raisons religieuses. Sa femme est musulmane, lui chrétien. Réalités ou juste des fictions montées de toutes pièces par la plupart des Subsahariens pour attirer un peu de sympathie et légitimer une demande d'asile ; la vérité est difficile à établir. 

Mais, en attendant, Noël et Aïd Al-Adha obligent, quelques pièces pour des êtres humains loin de chez eux ne font de mal à personne. 

Sous l'épée de Damoclès
Les Subsahariens vivent perpétuellement sous la menace du refoulement. Selon eux, pour échapper à cette situation, il faut beaucoup de chance et surtout se tenir continuellement à carreau. Pas de bagarres ni de mauvaises fréquentations pour ne pas être assimilés aux clochards et autres mendiants et attirer l'attention. Il faut soigner son look pour se confondre avec les étudiants subsahariens au Maroc et avec les ressortissants en situation légale.

Chose qui contraste avec leur situation de mendiants et diminue leur recette quotidienne. Mais quand la mauvaise nouvelle arrive, c'est l'enfer. Ils s'accordent tous à affirmer qu'ils sont victimes de mauvais traitement auprès des éléments de la police lors de leur transport vers les frontières algériennes. Aussitôt reçus par les autorités algériennes, ils sont relâchés. En attendant la tombée de la nuit pour retourner en territoire marocain, plusieurs clandestins sont victimes d'agressions et les femmes de viol. «Tous ceux qui ont des comptes à régler avec d'autres le font, loin des autorités», indique un Subsaharien. «Le clan des Nigériens est le plus agressif.

C'est pour cela qu'ils sont craints par la plupart des clandestins subsahariens», ajoute-t-il. 

Environ 2.000 à Casa
Selon l'Association des familles des victimes de l'immigration clandestine (AFVIC), il est difficile d'établir le nombre exact des Subsahariens clandestins à Casablanca. D'après les estimations, ils sont environ 2.000 personnes. Après des tentatives de passer de l'autre côté de la Méditerrané, souvent vouées à l'échec, ils finissent par se résigner. Ils cherchent alors à s'établir au Maroc. 

Vivant dans des conditions souvent précaires, l'Association leur vient en aide en les prenant en charge en matière d'assistance juridique et médicale. De temps à autre, elle leur prodigue des denrées alimentaires et des habits. Certains Subsahariens demandent le statut de réfugiés, prétextant les conditions difficiles de leurs pays d'origine (guerre civile, misère, injustice…). Même ceux qui ont réussi à avoir le certificat de réfugié, délivré par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Rabat (HCR) ne sont pas épargnés lors des rafles.

Mohamed AKISRA
Source: Le matin




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