L’Islam actuellement en Europe est à la croisée des chemins, entre rejet, incompréhension, méconnaissance, phobie, crainte, malentendus, xénophobie et fanatisme. 

Les Musulmans et Musulmanes y compris les cadres et les chefs religieux sont directement pointé du doigt accusateur et doivent accumuler les stigmates quotidiennement depuis plusieurs décennies. C’est incontestable, il y a une absence totale de dialogue entre différentes factions et courants, une absence caractéristique intergénérationnelle et une absence cruelle de dialogue entre les différentes religions surtout au niveau de la population encore moins entre Musulmans et Laïcs.

Faire abstraction à tous les problèmes récurrents et dire qu’il s’agit de manque de formation ou une question de la faiblesse des cadres musulmans est une analyse myope et trop simpliste. Il faut tenir compte de la crispation et de l’angoisse de la communauté musulmane qui subit des attaques quotidiennes et qui subit un racisme exubérant, souvent violent. Inscriptions xénophobes sur les murs des mosquées, dégradation des cimetières, discrimination contre les filles voilées à l’école, insultes et incitations à la haine en public et enfin des articles haineux dans les journaux et quotidiens.

« Il est difficile aujourd’hui de s’affirmer musulman. Nous vivons dans un climat malsain qui nourrit une stigmatisation croissante des musulmans en France. Les musulmans craignent que cela ne s’aggrave et se transforme en un rejet de tout ce qui touche de près ou de loin à l’islam ». A déploré Latifa Aït Taleb, directrice de cette rencontre culturelle lors de la 27e Rencontre* annuelle des musulmans de France qui s’est ouverte vendredi 2 avril 2010 au Parc des expositions du Bourget en présence de plus de 50.000 personnes.

Même Big Brother** a épinglé l’Europe sur les Musulmans. Plus inattendu, les Etats-Unis estiment que la discrimination envers les musulmans a été préoccupante en 2009 en Europe. Le rapport épingle des «exemples notables de discrimination et de harcèlement» dans «plusieurs pays généralement très respectueux des droits de l’homme».

Proclamer solennellement que l’Islam a sa place en Europe est un vœux pieux. Faire des déclarations fracassantes dans les journaux marocains pour la consommation et la propagande internes n’a pratiquement aucune influence sur la situation qui se dégrade chaque année dans tous les pays européens sans exception.

C’est faux et inauthentique de prétendre et d’affirmer que l’enracinement et l’enrichissement du culte musulman est devenu partie intégrante du tissu culturel et cultuel des sociétés européennes. Même en Belgique qui a reconnu le culte islamique en 1974 le statut de la religion n’a pas encore été intégré dans la société belge et il est encore loin de devenir un culte européen.

Enfin, je peux conclure en toute simplicité, tant que l’Islam en Belgique ou ailleurs en Europe demeure un produit importé de l’extérieur, d’un côté malmené par des salafistes et des intégristes, et de l’autre côté, manipulé à outrance par des puissances étrangères avec une main mise flagrante sur la gestion et l’administration du culte il ne pourra jamais, ni à court terme ni à long terme s’adapter à la réalité locale européenne qu’elle soit laïque ou neutre, parce qu’il restera un corps étranger et sera par conséquent rejeté y compris par les Musulmans qui optent majoritairement pour un Islam local avec un tissu vraiment européen, moderne, indépendant, souverain et affranchi. Non à l’ingérence dans notre culte en Belgique et en Europe.

Heureusement, dans ce tableau noir une lueur d’espoir jaillit, même si ce n’est pas suffisant pour renverser et redresser la situation. Il s’agit de la vie associative qui, pendant le mois de Ramadan essaye par les moyens de bord de relever les défis en organisant durant ce mois sacré des rencontres et des débats afin d’instaurer un dialogue entre les différentes composantes de la société, principalement et surtout dans la capitale de l’Union Européenne.

C’est une vraie prouesse, il faut le souligner, pendant tout ce mois de fraternité et d’amitié la vie associative riche d’une expérience acquise depuis pas mal d’années réussit annuellement un rassemblement, un rapprochement, un brassage et un melting-pot de citoyens d’origines, de cultures et de confessions diverses et différentes, à partager ensemble pacifiquement, dans la sérénité et la tranquillité au même moment partout à Bruxelles, un repas symbolique de rupture du jeûne.

C’est la fête à l’humanité toute entière, un hommage à Abraham, Moïse, Jésus et Mohamed, mais aussi un hommage à Marx, Lénine, Rousseau, Ibn Khaldoun, Ibn Batouta, Ibn Rochd et Ibn Sina.

Je fais appel à tous les citoyens de Bruxelles et de ses environs de participer activement, au moins à une de ces activités ludiques et agréables. Pour rappel, le Ramadan 2010 débute cette année le 11 août, pour se terminer le 10 septembre.

Pendant un moment éphémère, laissons au vestiaire et oublions nos problèmes, nos misères, nos dissensions, nos querelles, nos disputes, nos désaccords, nos malentendus, nos divisions, nos politiques et nos idéologies. Laissons-nous nous fantasmer, méditer, évoquer et remémorer une époque et une période où Juifs, Chrétiens et Musulmans vivaient main dans la main, ensemble, solidaires et sur le même pied d’égalité la plus haute des civilisations, dans la littérature, la poésie, la philosophie, les sciences, les mathématiques, la médecine, la musique, la mode, la créativité, l’architecture, la sagesse, la tolérance, la douceur de vivre, le pardon et l’amour. Pendant le laps de temps d’un repas, vivons momentanément dans le bonheur et l’entente totale. Profitons de ces moments propices comme de vrais frères et sœurs en enterrant provisoirement nos haches et nos machettes de guerre. Amusons-nous, buvons, mangeons et discutons sans intermédiaires librement et ouvertement. Enfin, donnons-nous la main, et ensemble, croyants, laïcs, agnostiques et athées, prions ensemble silencieusement, pendant une minute, chacun sa manière, une prière œcuménique et universelle.

Bruxelloises et Bruxellois, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, croyants et non-croyants, ouvriers et cadres, salariés et patrons, animateurs sociaux, politiciens, députés, conseillers communaux, indépendants, étudiants, universitaires, vous êtes tous interpellés. Car pendant toute l’année nous cohabitons ensemble certes pacifiquement, mais nous vivons séparément.

C’est l’occasion pour briser le cercle vicieux et vivons ensemble pendant cette cérémonie conviviale.

C’est une vraie fête culinaire, de rencontre, de discussion, d’échanges culturels et de communication entre voisins, amis et collègues.

C’est la meilleure façon de lutter contre les arrières pensées, le racisme et la xénophobie afin de développer des liens d’amitié et de vivre harmonieusement dans le respect mutuel.

Auteur : Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 4 avril 2010

** Voir Web Site du Gouvernement USA: http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2009/index.htm

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