Le changement de la nature des migrations et leur amplification, le caractère dramatique du bassin méditerranéen qui est devenu le couloir de la mort pour Saïd Chatar

les immigrés clandestins, la dislocation de la Jamahiriya libyenne, le conflit algéo-marocain, vont-ils convaincre les pays du Maghreb, du Sahara et du Sahel d’une part, et de l’U.E de l’autre, de se mettre d’accord pour agir ensemble en vue de réaliser un espace méditerranéen et maghrébo-sahélien stable et prospère ?

La migration
La migration est dialectiquement lié à la problématique démographique s’articulant autour de trois mouvements perpétuels qui s’imbriquent les uns dans les autres : le mouvement biologique qui relève essentiellement de la santé publique (taux de natalité, de mortalité, espérance de vie, etc.) ; le mouvement social, et enfin le mouvement spatial qui consiste en la migration. La suite de ces lignes va être consacrée à ce dernier.

Ainsi, n’y a-t-il pas un migrant en chacun de nous ? Chaque année, des centaines de milliers de personnes quittent leurs pays d’origine pour vivre ailleurs. La migration est donc un phénomène universel et de toujours. Chaque pays est une terre d’accueil, mais aussi de départ ; il s’agit de l’immigration et de l’émigration. L’immigration, c’est, du point de vue de l’Etat récepteur, l’installation d’«étrangers» sur le territoire de la nation. L’émigration, c’est, du point de vue de l’Etat de départ, l’installation de nationaux à l’étranger.

Les mouvements migratoires sont une réalité du 21ième siècle que reflètent des données objectives. En effet, dans les années 60, en desserrant ses liens sans les rompre avec ses anciennes colonies, le colonialisme avait fini par établir avec celles-ci un ordre postcolonial qui dure encore. Ce néo-colonialisme qui permet aux pays du nord d’avancer dans tous les secteurs socio-économiques et de s’enrichir de plus en plus aux dépens des pays du sud, continue à provoquer des envies de migration chez les populations de ces derniers vers les pays développés.

De même, les besoins continuels des pays développés en main-d’œuvre hautement qualifiée drainent des cadres et des techniciens spécialisés du sud vers le nord. C’est une hécatombe non seulement pour les pays sahélo-maghrébins, mais aussi pour tous les autres pays en voie de développement. En Angleterre par exemple, il y a plus de médecins originaires du Malawi que dans ce petit pays d’Afrique peuplé de 15 millions d’habitants. Et en ce qui concerne le Maroc, presque un tiers du corps médical marocain exerce à l’étranger. D’où les questions suivantes : y a-t-il eu à ce propos des études en Afrique montrant combien coûte un médecin ou un chercheur à sa communauté qui l’a élevé et formé ? Quel est le manque à gagner dû à son départ pour un autre pays développé ?

Les mouvements migratoires
Loin d’être uniquement des mouvements du Sud vers le Nord, les migrations obéissent aussi aux mouvements Sud-Sud, voire Nord-Sud. Elles sont interrégionales, en particulier internes à l’Asie et à l’Afrique ? Sur ce dernier continent, en raison de conflits multiples, les régions des grands lacs et du Sahel sont devenues les lieux des grands mouvements de population.

La nature des migrations Sud-Nord auxquelles s’ajoutent aussi les flux Sud-Sud, changent. Les migrants sont souvent issus des classes moyennes. D’ancien pays d’émigration, le Maroc est en train de devenir un espace d’immigration, c’est-à-dire d’accueil ou de transit. La dynamique et l’envergure de la migration qui suscitent chez cet Etat accueillant l’appréhension, lui apportent aussi des bénéfices socio-économiques et culturels. Ainsi, loin des clichés sur les immigrés miséreux, le retraité français établi au soleil du Maroc fait figure de migrant nanti. De même, de nombreux diplômés espagnols, français ou africains viennent à présent s’installer au Maroc en quête de travail. Ces diplômés qui s’installent en premier lieu dans les zones urbaines incitent-ils le Maroc par exemple à prendre conscience des défis et des opportunités que recèlent ces migrants ?

Que faire face aux drames humains en Méditerranée ?
Par ailleurs, que faire face à cette situation problématique des mouvements migratoires sud-nord dans le bassin méditerranéen devenant un « cimetière » ? Il parait que l’U.E veut lancer une opération militaire contre les passeurs, qui serait une première en son genre dans la lutte contre l’immigration clandestine. Toutefois, les passeurs ne se trouvent pas uniquement en Libye, mais dans tous les pays du Maghreb, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Donc, cette opération qui est optée par l’U.E dans la précipitation et l’émotion est sans consistance. Elle sera extrêmement compliquée. Elle va prendre beaucoup de temps. Elle nécessitera non seulement un mandat de l’ONU, mais également l’accord de tous les pays du Maghreb, du Sahara et du Sahel qui en sont les premiers concernés.

Ainsi, la fermeture des frontières et les opérations militaires ponctuelles n’arrêtent pas la migration clandestine qui est amplifiée à la suite de la destruction de la Jamahiriya Libyenne par N. Sarkozy, D. Cameron et l’agent Bernard Henry Lévy, qui devraient comparaître devant le TPI. Elles ne dissuadent pas les fripouilles qui pratiquent le trafic d’êtres humains, et encore moins les migrants qui n’ont pas peur de la mort en partant pour leur survie.

Propositions
On sera riche ensemble ou on se noiera tous ensemble !

Face à ces drames humains en méditerranée, dont les causes et les effets sont d’origine politique, les pays de l’espace maghrébo-sahélien et de l’U.E doivent élaborer un nouveau projet régional de coopération au profit de leurs peuples. A ce propos, pourquoi ces pays ne soutiendraient-ils pas l’autonomie que le Maroc préconise et ne s’inspireraient-ils pas également de l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (O.C.R.S) que le colonialisme français avait essayé de mettre sur pied dans les années 50. En effet, ce projet ambitieux qui considérait le Sahara comme un tout, allait constituer un organe de coopération entre la France et divers territoires d’Afrique blanche et noire (Algérie, Niger, Tchad) d’un côté », et de l’autre s’assigner comme butla promotion économique et sociale. S’il est actualisé par les protagonistes, il pourra constituer une plateforme de coopération entre les pays de l’espace maghrébo-sahélien et l’U.E.

Alors, pourquoi les pays de l’espace maghrébo-sahélien et l’U.E (en particulier la France, l’Espagne et l’Italie qui ont tous un passé colonial dans cette immense étendue), ne se réunissent-ils pas autour de cet ambitieux projet pour se mettre d’accord sur une plate-forme en vue d’agir ensemble au moyen d’un plan Marshall. Ce nouveau projet qui servira de trait d’union entre le Sahara d’hier et celui d’aujourd’hui et de demain, s’assignera un but de promotion économique et sociale. L’exploitation des richesses de cet espace saharien devra d’abord et avant tout contribuer à l’amélioration des conditions de vie des communautés africaines et européennes dans le cadre d’une plateforme mettant en commun les capitaux, la technologie et le savoir-faire européens d’une part, les richesses enfouies dans ce Sahara et les ressources humaines locales de l’autre.

Remarques
A propos de cet ambitieux projet, il convient d’avoir toujours à l’esprit que les grands torts, d’abord du colonialisme français, puis ceux des pays de l’espace maghrébo-sahélien devenus indépendants, furent de n’avoir développé dans cette immense zone saharienne qu’une simple économie de traite, reposant non sur la mise en valeur intégrale de ces régions sahariennes, mais sur la seule exploitation d’une partie de ses matières premières. D’où le sentiment de frustration ressenti par les habitants du grand Sahara. Donc, il est évident qu’un effort en investissements publics et privés doit être réalisé en faveur d’une solution équitable, en ce sens que les ressources tirées de l’exploitation des matières premières seront consacrées à l’homme et à l’infrastructure du milieu au sein duquel il évolue.

Saïd CHATAR




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