Depuis le début de l'été, il ne se passe pas une semaine sans que les autorités marocaines n'annoncent des arrestations massives d'émigrés clandestins, aussi bien des Marocains que des ressortissants de pays de l'Afrique subsaharienne. 

Cette tâche est de plus en plus difficile à assumer pour le royaume chérifien qui manque de moyens pour endiguer les flux migratoires illégaux. Durant l'année 2002, les forces de sécurité marocaines ont arrêté quelque 29.490 candidats à l'émigration clandestine, dont 14.860 Marocains et 14.630 ressortissants de différents pays de l'Afrique subsaharienne. 

Les bilans des opérations de lutte contre l'émigration clandestine annoncés par les différents services de sécurité marocains depuis le début de l'année en cours laissent croire que le nombre des émigrés illégaux est en net accroissement. 

Entre l'exacerbation de ce phénomène qui commence à prendre une ampleur considérable, la pression des Européens, notamment le voisin espagnol, qui réclament des mesures plus sévères pour endiguer les flux des migrants illégaux, et le poids de la facture de la lutte contre les mafias des passeurs, les autorités marocaines ne savent plus à quel saint se vouer. 

Pour lutter plus efficacement contre l'émigration clandestine, le royaume vient de se doter d'une nouvelle législation qui durcit les conditions d'accès et de séjour sur son territoire et aggrave les sanctions contre les trafiquants d'émigrés. 

Selon le ministère marocain de la Justice, la nouvelle loi permettra au Maroc de se conformer aux conventions internationales relatives aux obligations et droits des migrants et des étrangers légalement établis. 

En substance, les dispositions de la nouvelle législation visent à codifier les délits, les infractions et les sanctions liées aux tentatives d'émigration clandestine et au trafic des clandestins à travers une qualification pénale précise. 

La nouvelle loi prévoit en effet une peine de dix ans de réclusion à l'encontre de ceux qui organisent ou facilitent l'entrée ou la sortie des nationaux de manière clandestine. En cas d'incapacité permanente ou de décès des ressortissants lors du voyage, les passeurs risquent quinze à vingt ans de réclusion pour le premier cas et la perpétuité pour le deuxième. 

Après l'adoption de cette loi, certaines voix se sont élevées de l'intérieur même du royaume chérifien pour critiquer la gestion de ce dossier et l'alignement des autorités sur la politique du "tout sécuritaire" adoptée par l'Union européenne. 

Pour l'universitaire marocain et spécialiste du phénomène migratoire, Abdelkrim Belguendouz, la nouvelle loi sur l'immigration est critiquable sur plusieurs points. "Tout d'abord, elle a été présentée au Parlement au même temps que le projet de loi antiterroriste. Cette coïncidence n'est pas fortuite. L'immigré n'est pas un terroriste. 

Il faut prendre en compte les droits de l'homme en matière économique, sociale et culturelle. Sur ce point, la loi sur l'immigration clandestine n'est pas du tout équilibrée", a-t-il affirmé dans un récent article paru dans la presse marocaine. 

M. Belguendouz a fait part de sa conviction que "l'aspect répressif n'a jamais rien solutionné". Pour mettre un terme à l'immigration clandestine, qu'elle soit subsaharienne ou pas, "il faut s'attaquer aux raisons qui poussent ces gens à se hasarder en plein désert. Ces raisons sont essentiellement d'ordre économique, politique et social", a-t-il estimé. 

D'autre part, Rabat et l'Union européenne négocient depuis plusieurs mois un accord sur le rapatriement des immigrés illégaux arrêtés sur le territoire communautaire. Des négociations qui se sont avérées difficiles en raison des divergences des points de vue des deux parties sur un certain nombre de "normes d'origine". 

Les Européens veulent "arracher" un engagement du royaume chérifien d'accepter le rapatriement des clandestins partis à la "conquête de l'Eldorado" depuis les côtes marocaines. 

Rabat veut des preuves irréfutables que les clandestins arrêtés sur le sol des pays de l'Union sont bel et bien partis du Maroc, sachant que certaines mafias utilisent des bateaux de pêche pour le transport des émigrés illégaux et débarquent leur "cargaison" au large des côtes européennes. "Il ne faut pas que le Maroc tombe dans le piège européen. En effet, l'UE tente de faire signer le plus vite possible au Maroc un accord de réadmission des clandestins marocains et de ceux qui sont devenus illégaux sur le territoire de l'UE. Cet accord risque de faire du Maroc une immense salle d'attente", a commenté le Pr Belguendouz, connu pour ses multiples recherches sur le phénomène migratoire. 

Tanger- Maroc (PANA)






















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