C’est sur une note extrêmement positive et pleine d'espoir que la délégation des quatre élus franco-marocains de l’ANELD (l'Association Nationale des Elus Locaux pour la Diversité) accompagnée de l’association Cap Sud MRE est repartie hier mercredi 17 juillet, en France, après avoir rencontré plusieurs ministres, parlementaires et chefs de partis politiques marocains. 

Yabiladi a rencontré tous les membres de cette délégation à leur hôtel avant leur départ pour la France et a pu récolter leurs réactions sur ce voyage et ce qu'ils attendent du gouvernement marocain.

Quatre élus franco-marocains, membres de l’association ANELD ont passé au total 5 jours au Maroc. Ils ont fait le déplacement spécialement de France, sur invitation du Premier ministre Abdelilah Benkirane pour rencontrer ministres, parlementaires et leaders des partis politiques. Objectif : tirer la sonnette d’alarme sur la rupture risquant de s’accentuer entre le Maroc et la diaspora marocaine dans le monde si le royaume ne revoit pas sa politique menée vis-à-vis des MRE et s’il ne prend pas en compte ses besoins et ses compétences. Un séjour de 5 jours extrêmement enrichissant pour cette délégation qui a eu l'occasion de participer au Congrès du PJD, d'entrer au Parlement marocain et rencontrer des parlementaires de tous bords politiques, s'entretenir avec Abdellatif Maâzouz, le ministre des MRE ou d'être conviés à déjeuner dans la résidence du Premier ministre Abdelilah Benkirane.

Marocains à part entière
«L’important c’est qu’on ait rencontré l’ensemble des partis politiques de façon à ce qu’on ne soit pas identifiés spécifiquement PJD. On le répète, nous avons été invités par le gouvernement et non par le PJD. On a rencontré le PPS, le RNI, le PAM, le Mouvement Populaire et l’Istiqlal. On a vu le gouvernement dans sa pluralité», tient à préciser Salem Fkire, le Président de l’association Cap Sud MRE qui a chapeauté cette visite aux côtés de Nezha El Ouafi, ex-MRE et députée PJD. «Il y a avait dans les yeux des différents interlocuteurs que nous avons rencontré un intérêt, un étonnement et quelque part un certain soulagement. Je crois qu’ils se rendent compte que le Maroc a une image erronée de sa diaspora qui correspond plutôt à celle de la première génération et nous, on est venu lui présenter les 2ème et 3ème génération de cette diaspora.», poursuit-il.

«Enfin, on n’a l’impression d’être écouté !» lance Fadoua Ghazouani, adjointe au Maire de Mantes la Jolie à la Jeunesse et les Sports. «On a pu évoquer certaines des difficultés que rencontrent les MRE. La grande peur qu’on a aujourd’hui c’est qu’on voit cette 2 et 3ème génération s’essoufler et se demander ce qu’elles vont aller faire dans leur pays d’origine alors que leurs parents vivent en France. La perte d’identité aujourd’hui des MRE est une véritable catastrophe à double sens dont le Maroc doit prendre conscience que ce soit sur l’aspect identitaire que sur l'aspect économique.» ajoute-t-elle.

«On veut être considéré comme des Marocains à part entière et pas entièrement à part ! Quand je reçois des administrés d’origine marocaine dans le cadre de mes permanences à la mairie, ils me parlent de leur problématique au niveau local. La plupart savent que je suis d’origine marocaine et juste après notre entretien, j’enlève ma casquette d’élu de la République et on se met à parler des problèmes liés au Maroc. Je suis à la fois un élu français mais je suis aussi un citoyen marocain. Donc si je peux à mon niveau et en toute modestie permettre de faciliter les relations entre les MRE et le Maroc, c’est un gain de temps considérable », explique de son côté Mohammed Hakkou, conseiller municipal dans la ville de Gonesse située dans le Val d’Oise.

Lobby MRE
L’une des revendications tenant à cœur à ces 4 élus franco-marocains et qu’ils ont absolument voulu défendre auprès des politiciens marocains est le droit de vote des MRE. «Ce que j’attends aujourd’hui c’est que la diaspora marocaine ne soit plus considérée uniquement comme des MRE mais comme des MCRE, c’est-à-dire des Marocains Citoyens Résident à l’Etranger. Je veux à travers ce voyage dire combien il est essentiel d’accélérer le processus d’application de ces articles de loi de la Constitution qui nous donnent les pleins pouvoirs pour le vote en direct et non par procuration», déclare Wahiba Zedouti, élue à Saint Ouen. «On ne veut pas seulement être des vaches à lait pour notre patrie mais on veut aussi être des citoyens et participer à la vie politique du pays. On veut créer des lobbys et influer lorsque la France traite avec le Maroc et ce que nous demandons aujourd’hui est d’avoir un soutien du Maroc», ajoute-t-elle.

«Quand vous avez Nicole Bricq [ministre française du Commerce extérieur] qui vient signer des contrats avec le Maroc, c’est tout de même incroyable de ne pas avoir un seul élu franco-marocain dans son avion. Le Maroc a une diaspora mais ne l’utilise pas pour protéger ses intérêts.», interrompt Salem Fkire. «L’Algérie impose d’avoir des franco-algériens dans son avion lorsque des hommes politiques ou hommes d’affaire se déplacent en Algérie pour signer des contrats. Le Maroc, lui n’impose rien et personne ! Nicolas Sarkozy a perdu les élections et est venu passer des vacances avec son épouse à Marrakech. Cela montre qu’il avait d’excellentes relations avec le Maroc. Mais ce n’est pas parce que vous avez d’excellentes relations avec un état que vous n’allez rien lui imposer ou lui demander !», renchérit de son côté Salah Bourdi, Maire adjoint d’Epinay Sur Seine.
«Ce que je retiendrais surtout de ces jours de rencontre, c’est le changement de mentalité. J’ai l’impression que les politiciens qui nous ont reçu dans leurs bureaux n’étaient pas si étonnés que ça de ce qu’on leur disait, de nos parcours ou des problèmes soulevés. Je repars confiant mais je dis «wait and see.» On va attendre et voir ce qui se passe.», conclut-il.
HANANE JAZOUANI









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