Circonstances : Conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement, les 10 et 11 juillet ; rencontre avec la presse à Rabat (Maroc), le 11 juillet 2006.

Je veux remercier nos hôtes pour la qualité de la préparation et du déroulement de cette conférence et saluer le travail accompli ici, qui nous permet d'envisager un véritable renouveau des relations entre l'Afrique et l'Europe, d'espérer relever cet immense défi qu'est la question des migrations.

Nous l'avons beaucoup dit mais c'est, en effet, la première fois que les pays de départ, de transit et de destination des migrations, d'Afrique centrale, occidentale et du Nord et d'Europe, se réunissent pour traiter ces questions avec une approche commune et dans un esprit nouveau de partenariat et d'écoute.

C'est la traduction d'une vision globale et équilibrée des migrations, intégrant à la fois les politiques de développement, la mobilité des migrants légaux et la lutte contre l'immigration irrégulière. Chacun des trois côtés de ce triangle doit bénéficier d'une égale attention, veillons-y scrupuleusement.

Aux côtés du Maroc et de l'Espagne et sur la base de l'impulsion donnée par le Conseil européen, la France est fière d'avoir joué un rôle moteur dans la préparation et l'organisation de cette conférence : elle a des relations privilégiées avec tous les pays concernés par le processus de Rabat et sa conviction est profonde que rien ne pourra être réglé hors d'une approche globale et équilibrée des migrations, intégrant toutes les dimensions du sujet et notamment les politiques de développement et de co-développement car on ne peut se contenter de traiter les conséquences sans s'attacher aux causes : on n'arrêtera pas les migrations en érigeant les murs d'une forteresse ! Une approche globale, cela signifie le développement et le co-développement, pour donner les meilleures chances aux jeunes Africains dans leur pays et sur leur terre. Cela signifie aussi le renforcement des contrôles et de la lutte contre les trafics, parce qu'il n'y aura pas de réussite de l'immigration légale sans lutte contre l'immigration illégale. Pour avoir lancé ce processus avec mes collègues marocain et espagnol, ici même à Rabat le 5 décembre dernier, je suis heureuse de voir le chemin parcouru, grâce à l'apport du Sénégal en particulier, et de voir cette approche désormais partagée entre tous.

Tous les participants à cette conférence ont la conviction que les migrations sont d'abord une réalité positive, un trait d'union entre nous, mais qu'elles sont porteuses de graves difficultés lorsqu'elles ne sont pas maîtrisées et gérées dans un esprit de partenariat et de responsabilité partagée, et ces difficultés touchent aussi bien les pays du Sud que nos pays européens.

Un autre élément positif est qu'au-delà du moment historique et du symbole fort que représente Rabat, l'accord s'est fait sur des résultats tangibles, ce qui était nécessaire.

Les pays d'origine, de transit et de destination ont pris des engagements politiques et ils les ont concrétisés dans une série de décisions regroupées dans un plan d'action. Je rappelle, à cet égard, que l'Union européenne a des instruments et des moyens : sa politique commerciale qui est la plus ouverte du monde, mais aussi son APD, le traitement de la dette et le dixième FED. Il faudra utiliser ces instruments de manière plus efficace et mieux ciblée. Et l'Union va continuer d'augmenter son aide au développement, puisqu'elle tient les engagements qu'elle a pris de le faire. Une partie de ces nouvelles ressources devra être consacrée à cette problématique.

Nous avons non seulement adopté le plan d'action mais aussi le principe de sa mise en oeuvre. Les mesures de ce plan seront inscrites à l'ordre du jour prioritaire des instances de concertation régionales et bilatérales existantes. Afin de s'assurer de cette bonne mise en oeuvre, un dispositif de suivi sera institué qui rendra compte aux ministres.

Nous avons également constaté notre accord collectif sur un point essentiel qui est l'une des originalités de cette conférence : celui de l'articulation du partenariat autour de la notion de route migratoire. C'est le long de ces routes, qui sont identifiées et connues, que nous devons faire, en priorité, le travail.

Comme nous le souhaitions, l'approche de cette Conférence a été globale. Elle a aussi porté sur des mesures concrètes sur les migrations légales, la mobilité des migrants, l'immigration irrégulière, la coopération policière et judiciaire, la lutte contre les trafiquants d'êtres humains, exploiteurs de la misère, et l'aide aux victimes.

Il faudra maintenant poursuivre. C'est la raison pour laquelle la France a présenté 18 mesures à mettre en oeuvre ensemble sur la base du plan d'action de Rabat. Parmi celles-ci, on peut citer le déploiement de projets de co-développement sur l'ensemble des routes migratoires, l'appui à la création de mécanismes financiers au profit des migrants en situation légale en Europe pour co-financer leurs projets d'investissement dans leurs pays d'origine ou les mesures destinées à développer les partenariats entre les institutions scientifiques et techniques ou à renforcer la coopération en matière de formation. Notre approche est pragmatique et concrète.

C'est une telle approche qui doit continuer à inspirer tous nos pays pour le suivi de cette importante conférence, en gardant à l'esprit que nous avons un intérêt mutuel à réussir tant la géographie, l'histoire ou les réalités d'aujourd'hui, nous montrent que l'avenir politique, sociétal et culturel de nos deux continents est lié. Sachons le voir, sachons en tirer les conséquences dans le droit fil du message de Rabat.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 13 juillet 2006

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