Le vernissage de l'exposition "Peinture-Poésie" à la galerie parisienne Menouar, à proximité du Musée Picasso, en présence d'Adonis, s'inscrit d'ores et déjà comme un moment historique. 

Deux collages originaux du poète irradient leurs bons augures pour un probable Prix Nobel de littérature, juste consécration d'une œuvre foisonnante, étonnante par ses audaces sémantiques, détonante par sa liberté critique. Adonis, l’œil étincelant de clairvoyance malicieuse, le verbe pétillant de répliques astucieuses, se prête avec bienveillance aux longs échanges avec des connaisseurs ravis de l'enchanteresse aubaine. Sa silhouette attractive, point focal des curiosités admiratives, transforme la petite place médiévale, imprégnée d'impertinente culture, en agora printanière. La voix tranquille du prophète frondeur réveille l'écho des pavés jadis foulés par la dissidence romantique. La communion se prolonge indéfiniment sous lampadaires, chaque convive repartant avec une brassée de fleurs baudelairiennes.

Mustapha Saha expose, dans son style caractéristique, un grand portrait d'Adonis profilé en aigle, peinture bichrome sur fond noir, jaune ocre pour la sagesse impassible, rouge corail pour la passion paisible. Une série de douze toiles-parchemins, réalisées à quatre mains avec Élisabeth Bouillot-Saha, infusées d'éclats poétiques, calligraphiées sous patine, complète l'offrande artistique. Les stances d'Adonis, pétales dispersées aux vents contraires, dans la fulgurance se butinent.

Mustapha Saha
a déclaré à cette occasion :
"Adonis demeure l'incorruptible témoin des cataclysmes sans fin d'une Mésopotamie à la dérive. Sa vision suprasensible, en connexion permanente avec l'invisible, en expectance inlassable de l'imprévisible, s'enracine dans les civilisations antiques, surgies du chaos, l'Andalousie paradigmatique en perspective, pour intercepter les signes avant-coureurs de l'insoupçonnable possible. Ses mots défeuilleurs de l'intransmissible s'anamorphosent d'oxymorisations miraculeuses. S'y retrouvent les nymphes protectrices des sept sources, le scarabée d'or messager du soleil, la matrice fécondatrice des déesses pacificatrices, le périple régénérateur d'Ulysse, la flamme inextinguible d'Isis, le sceau salutaire du phénix... L'olivier s'implore comme nourriture salvatrice. Le grimoire s'invoque comme intelligence conceptrice. La reconstruction du sens de l'existence, désintégré par la déraison dogmatique, passe, depuis les origines, par l'art et la poésie."









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