YouTube, Facebook, Instagram : de nombreux jeunes vidéastes marocains sont partis à la conquête des réseaux sociaux, mais seule une poignée a réussi à se faire un nom... et à en vivre. Voici comment.

Ici, pas de studio d’enregistrement. Smartphone à la main, Amine Radi se filme dans une ruelle parisienne pendant 30 à 90 secondes et publie sa dernière vanne sur Facebook. Sur le réseau social, le jeune humoriste partage quasiment tous les jours son quotidien, explique à ses fans avec humour “comment rester riche en ayant une copine !”, tente une analyse sur la différence entre dialecte marocain et algérien, tacle Marine Le Pen dès que l’occasion se présente... le tout avec humour. Des podcast qui font souvent mouche: plusieurs centaines de milliers de vues pour chaque vidéo, des milliers de likes, partages et commentaires…


Le tremplin Facebook
Amine Radi n’a jamais eu l’intention de recevoir une rémunération quelconque sur ses vidéos, aussi les poste-t-il uniquement sur Facebook dans l’espoir qu’un jour, l’on découvre son talent d’humoriste. C’est chose faite aujourd’hui, avec un passage remarqué au Jamel Comedy Club, sur Canal qui a révélé de grandes stars du stand-up français comme Thomas Ngijol ou encore Fabrice Eboué.

“A ce moment-là, j’avais déjà fait un peu de scène, quelques spectacles par-ci par-là à Paris, à Tunis… même en Roumanie! Au Jamel Comedy Club ils ont sûrement vu mes vidéos sur Facebook, les vidéos d’un Casablancais à Paris qui fait de l’humour. Depuis Gad Elmaleh il n’y en a pas eu beaucoup, ils m’ont donc tout simplement invité en m’envoyant un message. J’étais fou de joie !”.
En commençant à faire des vidéos, jamais je n’aurais cru un jour pouvoir me produire au Jamel Comedy Club. C’est un rêve qui se réalise et je le dois à ma page Facebook, à mes fans...
Si Amine est une star en devenir aujourd’hui, le podcasteur marocain était totalement inconnu au bataillon il y a peu. Mais en 5 ans, il a réussi à fédérer une communauté de plus d’un demi-million de fans. A titre de comparaison, c’est autant, voire plus, que certains grands médias marocains de la place…

Alors certes, Amine ne vit pas encore de son métier d’humoriste, mais ce passage sur le JCC lui a mis le pied à l’étrier.

Nouvelle vague
“Si l’on devait se contenter des revenus de YouTube, cela nous permettrait à peine de survivre”. Simo Sedraty, leader incontesté de la nouvelle vague de YouTubers (440.000 abonnés), gagne confortablement sa vie mais “sûrement pas grâce à AdSense”, un outil mis en place par Google et utilisé également par la plateforme vidéo du géant américain pour rémunérer les vidéastes en fonction du volume des vues.


Grâce à la notoriété croissante de ses podcasts sur les tracas du quotidien, il est de plus en plus ciblé par des annonceurs dans des secteurs aussi variés que la téléphonie ou l’agroalimentaire. Le dernier en date à lui avoir proposé un partenariat est la Centrale Laitière pour son produit indémodable: Raibi Jamila. Une vidéo format Vlog dans laquelle le YouTuber était libre de ses mouvements et de ses partis-pris de réalisation.
Mes vidéos me procurent une certaine aisance financière, mais c’est surtout ma double casquette de YouTuber / Concepteur-rédacteur free-lance qui me permet de mener mon train de vie actuel.
Interrogé sur la situation du YouTube marocain, il se montre particulièrement optimiste et affirme : “De plus en plus de gens délaissent la télé pour se tourner vers le web, préférant avoir un contrôle absolu sur ce qu’ils veulent regarder, sur ce qu’ils souhaitent apprendre. Je suis sûr que dans 10 ou 15 ans, internet remplacera complètement la télévision dans les foyers marocains et que le métier de vidéaste sera plus intéressant aux yeux des annonceurs, qu’il attirera davantage de jeunes qui marcheront sur nos pas.”

Vidéaste recherche sponsor
Lmouhim de l’info, l’émission présentée par Lediass, est aujourd’hui un rendez-vous sur Facebook. A voir le buzz suscité après chaque publication, ces vidéos sous forme de journal télévisé décalé plaisent aux spectateurs (quelque 50 000 fans)... et aux sponsors. Après plus d’une année de vaches maigres, Saïd Lahlou, le présentateur télé loufoque reconnaissable à sa moustache old school est parvenu à décrocher un contrat conséquent avec une institution financière de la place, mais avant cela, il lui a fallu bâtir une notoriété, qui lui a permis de se faire une place.
Il nous a fallu deux ans, à mon équipe et moi-même, soit un total de 7 personnes, pour pouvoir enfin vivre de nos vidéos

Le fondateur, animateur et producteur à Lmouhim.ma, raconte : “Nous avons décidé d’investir le créneau de l’information satirique au Maroc en produisant des vidéos instructives, ludiques et de grande qualité. Nous avons réussi grâce aux efforts et à l’acharnement de mes collaborateurs à asseoir une certaine légitimité, c’est de cette manière que des groupes comme CFG Bank nous ont contactés pour un partenariat. Nous sommes passés, entre 2016 et 2017, à un financement de près d’un million de dirhams et espérons progresser davantage en produisant un contenu toujours aussi bon”.

Souhail Echaddini est dans le même cas de figure. En 2014, ce podcasteurs connu pour ses vidéos “Slice of life” ( 7 millions de vues au compteur), un peu à la ‘’Norman fait des vidéos’’, est l’un des pionniers du brand content: en 2014, ce YouTuber qui totalise plus de 130.000 abonnés signe un partenariat avec Head & Shoulders, consistant à mettre en valeur un des produits de la marque. Une opération bien accueillie par sa communauté de fans.

Il y a quelques mois, un opérateur de télécommunication a approché Souhail pour le faire tourner dans une série de vidéos, un deal s’élevant à quelques dizaines de milliers de dirhams (entre 50.000 et 100.000 Dhs révèle le vidéaste). Les capsules en question étaient destinées à promouvoir une formule d’abonnement que propose l’opérateur, et étaient tournées de manière à créer un effet amateur, ce qui explique le choix du jeune vidéaste en tant que protagoniste.

Le placement de produits, parce que je le vaux bien
Animatrice de mode et de makeup, Zineb El Aouni, YouTubeuse au débit de parole à rendre jaloux Eminem, s’est lancée il y a tout juste deux ans dans les tutos beauté : “Je m’adresse à mes abonné(e)s en arabe essentiellement, sans prise de tête, et dans le but de les orienter dans un domaine que je maîtrise, affirme la Enjoy Phoenix marocaine. Celle qui officie également en tant qu’animatrice à Hit Radio poursuit. J’adore ce que je fais, mon expérience à la radio a fait que j’arrive à m’adresser à mes fans avec beaucoup de naturel.
C’est fou de voir à quel point YouTube peut vous rendre célèbre très rapidement, à quel point il peut vous ouvrir la voie à des alternatives nouvelles et intéressantes !

Grâce à sa chaîne, Zineb, aka Zei Beauty, est constamment sollicitée par des marques pour des placements de produit et autres partenariats, comme celui récemment signé avec le groupe Aksal et qui s’étale sur toute l’année.

Elle n’accepte néanmoins que les offres des marques qu’elle affectionne sincèrement, éthique oblige. Ses gains peuvent s’élever à plusieurs dizaines de milliers de dirhams selon la nature du partenariat en question. Mais parfois, ils se limitent à de simples cadeaux sous la forme de produits makeup.

Il n’est ainsi pas rare que Khaoula Kharroubi, jeune étudiante aux beaux-arts suivie par pas moins de 130.000 followers sur Instagram, reçoive elle aussi vêtements et produits de beauté de la part d’annonceurs, à condition de mentionner leurs produits dans les commentaires de ses photos. Mais au delà de ces gifts, les réseaux sociaux lui ont surtout servi de tremplin : elle parvient aujourd’hui à faire de la figuration dans des clips d’artistes. Le dernier en date ? Un single du rappeur américano-marocain French Montana, qui cartonne de l’autre côté de l’Atlantique.

Les incubateurs de talents, une aubaine pour la future génération
Alors qu’en occident les Multi-Channel Networks sont nombreux et très actifs, il n’y en a que très peu au Maroc et seul l’un d’entre eux a un partenariat direct avec YouTube.

Les “MCN” dans le jargon du net sont des entités qui gèrent les comptes des créateurs et leur assurent une meilleure visibilité. Ils leur permettent de décrocher des contrats pour des actions commerciales avec des annonceurs et prélèvent un pourcentage sur leurs gains.
En France, de grands noms de YouTube doivent leur succès aux MCN qui gèrent leurs carrières. Au Maroc, des incubateurs de talents tels que Jawjab, plateforme vidéo sur Facebook qui a rencontré un succès fulgurant (plusieurs millions de vues), commencent à émerger.
Younes Lazrak, acteur médiatique et une des chevilles ouvrières du projet placé sous la houlette de Ali’n Production de Nabyl Ayouch: “Nous sommes convaincus que les jeunes Marocains sont prêts à montrer toute l’étendue de leur talent, et nous sommes là pour les accompagner. Nous vivons une époque où il suffit d’un smartphone et d’une bonne idée pour devenir une star du web!”. Avis aux futurs Norman et Cyprien marocains...

Par Ismail Benchlikha
ladepeche.ma/
















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