Chaud, chaud ! Et encore plus en ville qu’à la campagne. Là où ça chauffe le plus : les quartiers bétonnés, où les colonnades d’immeubles tutoient les dalles de béton. Les urbanistes s’attellent au problème, comme à Rennes, pour que la ville reste vivable en 2050.

Passer une journée de canicule à l’ombre d’un arbre en bordure de mer, un verre d’eau fraîche à la main, rien de plus agréable. En ville, ce n’est pas la même histoire quand on ne trouve pas un coin de verdure pour s’abriter, quand on n’a que du béton à perte de vue. Le summum de l’inconfort : ne pas pouvoir dormir à cause du thermomètre qui ne descend pas de la nuit.

Le problème a été précisément étudié par un chercheur, Xavier Foissard, qui a mené sa thèse de climatologie sur le phénomène des îlots de chaleur urbains à Rennes, entre 2010 et 2013. A partir de l’étude des mesures fournies par 21 stations météo disposées dans différents quartiers de l’agglomération et sa périphérie, il a montré qu’il fait plus chaud en ville qu’à la campagne, jusqu’à 6,5°C d’écart pendant les nuits chaudes.

Quartier Orgemont Argenteuil
Six degrés de plus en centre-ville
Qu’est-ce qu’un îlot de chaleur ? Un quartier urbain qui se caractérise par l’écart de températures la nuit entre un point de référence, localisé à la campagne, et une autre station. Sur la carte, le point de référence est la commune de Melesse située à 8 km au nord de Rennes. Le point Griffon est l’hyper centre-ville de Rennes. On constate que durant cette nuit du 4-5 juillet 2011, l’écart de températures a été de 6,5°C entre ces deux points.

Quatre éléments expliquent ces écarts : la hauteur des immeubles, les surfaces imperméables, la largeur des rues et la végétation. L’effet de canyon urbain est caractéristique de la sur-chauffe de certains quartiers. Il suffit d’imaginer les tours de béton hautes d’une trentaine de mètres encadrant des rues étroites : voilà l’image du canyon, un véritable étouffoir. Xavier Foissard explique : « Le bâti absorbe la chaleur la journée et la restitue la nuit ; alors qu’à la campagne, la végétation réduit la chaleur par l’évapo-transpiration. » On peut affiner l’analyse quartier par quartier. « Les endroits végétalisés où les habitations sont espacées sont moins chauds que ceux qui sont minéralisés et très denses. » Xavier Foissard n’utilise pas le terme de quartiers populaires mais celui de quartiers minéralisés : ils recouvrent souvent la même réalité, mais pas toujours.

Lorsque l’on croise ces données avec la répartition socio-économique de la population, on constate que les quartiers populaires subissent plus que les autres les fortes chaleurs. Une chaleur accrue, qui est doublée d’une isolation des logements aléatoires et d’une mobilité réduite. Néanmoins, il n’est pas possible d’affirmer que les riches sont à l’ombre des arbres dans le centre et les pauvres en périphérie à l’ombre des tours. Certains quartiers populaires de Rennes sont végétalisés et souffrent moins de l’écart de chaleur que d’autres quartiers huppés où la végétation n’existe que sur quelques balcons.

L’option du tout climatisé n’est cependant pas envisageable en raison de l’augmentation prévisible du coût de l’électricité ; seuls quelques foyers peu regardants quant à leur facture pourront se le permettre. Rennes, comme de nombreuses autres métropoles, accueille de plus en plus d’habitants, et prévoit de construire plus de 4 000 logements supplémentaires par an. Comment s’agrandir sans accroître ces écarts de températures au-delà du supportable, en particulier dans les quartiers bétonnés, qui sont le plus souvent des quartiers populaires ?

La difficulté de concilier ville et climat
Avec le changement climatique et la hausse générale des températures, le phénomène va s’amplifier. Les projections dans la capitale bretonne parlent d’un doublement du nombre de journées d’été (entre 25 et 30°C) et de journées très chaudes (au-delà de 30°C) à l’horizon de 2050. Partout ailleurs, la température augmentera entre 1,1 et 6,4°C en fonction des scénarii, d’ici à la fin du XXIe siècle.

Articuler la ville minérale, la répartition de ses quartiers, de ses inégalités et les enjeux climatiques entre chaleur et usage de l’eau est un exercice complexe et périlleux. Dans de nombreuses métropoles très denses, comme Lille ou Paris, les quartiers populaires cumulent les inégalités : économiques (accès à l’emploi, à la propriété), sociales (accès aux services) et environnementales (bruit, transport, pollution, chaleur). Une densification à coup de construction de tours et de surfaces imperméabilisées permettrait un accroissement aisé de la ville, mais la rendrait aussi plus vulnérable, en particulier dans les quartiers populaires, déjà surexposés, face à la chaleur, comme aux inondations.

Dix villes européennes tentent de résoudre cette équation. Elles se sont retrouvées en mars dernier dans le cadre du programme européen Popsu, pour échanger sur les stratégies d’aménagement de chacune.

En France, toutes les communes de plus de 50 000 habitants doivent mettre en œuvre un plan climat énergie territorial. Les axes adoptés sont l’adaptation et l’atténuation. Les inégalités environnementales sont connues et reconnues mais presque absentes de ces politiques réglementaires.

Densifier la ville partout indépendamment des inégalités environnementales
Pour Xavier Foissard, « dans la théorie, l’idéal serait l’étalement urbain comme des quartiers pavillonnaires avec des habitations basses et d’importantes surfaces végétales. » Mais ça c’est la théorie, car dans la pratique, la préservation des terres agricoles est une priorité inconciliable avec l’étalement urbain. Que ce soit sur les enjeux alimentaires comme sur le ruissellement des eaux, ces terres sont précieuses et la métropole ne compte pas y renoncer. L’idéal de la maison avec jardin est à jeter aux orties, Rennes tranche en faveur de la densification urbaine.

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