Toute personne ayant suivi l’actualité internationale a déjà entendu parler d’un certain conflit entre sunnites et chiites, en sommes, des musulmans qui se font la guerre au nom d’un intérêt politique, économique et/ou religieux. 

Souvent les icônes qui symbolisent ces deux courants musulmans sont d’une part, l’Iran chiite et d’autre part l’Arabie Saoudite sunnite. Plus que cela, cette question s’intègre depuis trop longtemps dans une espèce de haine et de refus de l’Autre au sein même de cette communauté musulmane. Les évènements, chez nous en Belgique, qui prouvent que l’actualité dans ces pays où les populations sont majoritairement musulmanes, ainsi que la représentation que ces musulmans ont des uns envers les autres, sont notamment les départs des jeunes belges en Syrie et le tragique incident qui eu lieu en 2013, au sein d’une mosquée chiite à Anderlecht et où l’imam y perdit la vie. La personne à l’origine de ce crime a directement fait un lien avec la crise syrienne (la Syrie est majoritairement sunnite et est toujours gouverné par la dynastie des el-Assad, qui sont alaouites, une branche dans le chiisme) et, selon lui, la responsabilité des chiites.

Qui sont finalement ces musulmans qui contiennent clairement différentes tendances ? Ces guerres qui s’incrustent de plus en plus au sein de la communauté musulmane seraient-elles similaires à ce qui a pu exister entre catholiques et protestants pendant un moment ? Et qu’en est-il de la situation en Belgique ? Essai de réponses dans cet article.

Islams et musulmans
C’est en 610 du calendrier grégorien, que le prophète Muhammad apporte le message du monothéisme, intégrant et reconnaissant les religions monothéistes précédents, à savoir le judaïsme et le christianisme. Puis, après avoir instauré une nouvelle religion, ce dernier laisse en 632 une nouvelle communauté de croyants, un état islamique (à ne surtout pas confondre avec l’actuel) dont le mode de vie et les règles sont particuliers au message divin. C’est donc au moment de son décès, que la réelle cassure au sein de cette nouvelle communauté se créé. Qui pourra succéder à ce leader religieux, militaire et politique ? La succession revenait pour certains à Ali ibn abou Taleb, cousin et gendre du prophète alors que pour d’autres, il était complètement légitime que cela soit son meilleur compagnon, Abu Bakr. Les premiers deviendront les chiites (chi3at ‘ali, en français : partisans de Ali), alors que les seconds sont les actuels sunnites. C’est ainsi que les deux principaux courant en islam sont appelés : le sunnisme (environ 85% de la population musulmane au monde) et le chiisme (plus des 10% des restants). Toutefois, il est à noter que le troisième courant musulman sont les ibadites anciennement appelés les Kharidjites. Ces différents courants ne vont bien entendu pas restés figés à cette période, différentes écoles de pensées et des divisions à l’intérieur de ces mouvements vont se créer au fur et à mesure. Actuellement, parler d’un islam sunnite signifie englobé des expressions musulmanes complètements différentes et variées. Par exemple, l’expression religieuse en Indonésie ne sera pas complètement la même qu’en Egypte ou qu’en Turquie. Chaque nation a ses propres expressions spirituelles particulières. Le chiisme n’est également pas monolithique, le chiisme iranien n’est pas identique au chiisme yéménite ou à celui des alaouites en Syrie. Ils intègrent tous le courant chiite mais sans pour autant être similaire. Une particularité chiite est aussi l’existence d’un clergé ce qui est absent dans le monde sunnite.

Au-delà de ces explications, chaque personne faisant le choix d’appartenir à une religion puis, à un courant précis n’est pas le garant ni le porte parole de la théorie proposée, il y a donc une liberté individuelle chez les croyants. Ce qui nous pousse à conforter cette idée par cette fameuse citation de Gandhi : « Il y a autant de religions que d’individus ».

Chiites vs sunnites une nouvelle version des catholiques vs protestants ?
Il y a plusieurs aspects qui nous poussent à croire qu’effectivement il y a un lien entre les deux mais pas seulement. Les Etats sunnites veulent maintenir leur influence dans la région et ce qu’en bien même, il existe au sein de leur société des populations musulmanes d’obédience chiite. En Jordanie, en Arabie Saoudite, au Bahrein (population majoritairement chiite gouvernée par une dynastie sunnite) par exemple. Aussi, les Etats principaux qui symbolisent l’islam chiite sont comme évoqués : l’Iran, la Syrie, le Yémen ou encore l’Irak. Dans ces nations, il y a également une population sunnite, qui est parfois même majoritaire ou importante. Rappelons tout de même que le pays qui contient en son sein le plus de musulmans est l’Indonésie, ce qui nous éloigne complètement de cette région du monde. Au-delà de ces influences idéologiques, il y a un autre prisme à mettre en lumière : celui des partenariats avec les grandes puissances. En effet, bien qu’il y ait des intérêts politiques faisant évoqués ceux d’avant la chute du mur du Berlin en 1989, c’est l’identité religieuse qui est mit en exergue. Cela peut se résumer de la sorte : USA-Arabie Saoudite vs Russie-Iran. D’ailleurs, nous savons que ces puissances sont toutes impliquées en ce moment même en Syrie. Ne serait-ce donc pas au-delà des conflits entre chiite sunnite, plutôt un conflit entre USA et Russie ? Un prisme a peut-être compléter afin de comprendre les enjeux de tout les acteurs régionaux et internationaux.

Les musulmans de Belgique
La Belgique reconnait l’islam comme religion en 1975, mais c’est bien plus tôt que cela qu’il y a la présence des musulmans en Belgique. La majorité de ces belges de confession musulmane sont issues de l’immigration ou plutôt des immigrations puisqu’elles viennent de Turquie, du Maroc, mais aussi d’Albanie etc. Plusieurs de ces nations ont au sein de leur population une majorité d’obédience musulmane. Mais comme mentionnée plus haut, les différentes nations islamiques ne signifient pas qu’elles aient une expression musulmane similaire. Puis, un autre type d’immigration se fera par le biais d’autres pays comme l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iran, le Liban et dernièrement la Syrie. Cette diversité de populations va apporter avec eux, des expressions religieuses communes mais aussi distinctes.

La majorité des musulmans en Belgique restent tout de même d’obédience sunnite mais comme explicitée plus haut, appartenir au sunnisme ne signifie pas forcément avoir une même interprétation des textes ou des mêmes pratiques cultuelles. Puis il y a d’autres minorités comme le chiisme et une autre catégorie plus mystique qu’est le soufisme. Au-delà de ces appartenances, il y a évidemment d’autres types de musulmans.

Cette diversité d’origines, d’islams ainsi que l’actualité dans ces pays en conflits doivent inclure un encadrement. Qui sont les acteurs pour cela ? Cette responsabilité est d’une part dirigée vers les professeurs de religion islamique afin de véhiculer ce respect de la diversité musulmane, mais aussi afin de faire comprendre les enjeux complexes qui intègrent ces crises dans le monde musulman. Les prédicateurs sont aussi des acteurs de terrain qui doivent se responsabiliser lors de leurs discours afin d’éviter encore plus d’incompréhensions entre ces différences. Malheureusement, des deux cotés, nous observons une absence de travail en ce sens, et parfois, des propos n’allant pas dans cette cohésion sociale. Ici en l’occurrence, le concept de citoyenneté s’intègre complètement.

Ces brefs éléments de réponses doivent à tout prix cesser cette idée qu’il y aurait un islam et une communauté de musulmans monolithiques. Non, l’islam belge n’existe pas en ce sens où il y aurait qu’une expression spirituelle, l’islam belge c’est avant tout une diversité d’expressions religieuses qui n’a pas de structure spirituelle représentante ces différentes entités musulmanes. Peut-être que c’est ce qui devrait définir cet islam belge, c’est qu’ils sont plusieurs et différents.


BEN AISSA Ikram, Ecrivaine.




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