« Blessure par le fer guérit, blessure par la langue ne guérit pas », proverbe oriental. A l’occasion de la rentrée des classes, j’ai trouvé opportun de rédiger un article en prenant en considération dans la suite de ces lignes les jeunes générations issues de l’immigration qui montent dans ce beau pays, la Belgique.

En effet, le problème de la compréhension mutuelle entre les différentes communautés et la symbiose de celles-ci vivant en Belgique se dessine bien à l’école.

Les enfants qui sont à l’école en ce moment, aussi bien Belges que ceux issus de l’immigration, auront moins de raisons que les adultes d’aujourd’hui de s’ignorer et moins d’excuses s’ils se méprisent réciproquement : ils trouveraient un pays installé, développé et jouissant d’une stabilité politique et institutionnelle, qui aurait fait oublier les quiproquos et les incompréhensions du début.

Encore faut-il que, dès l’école, ils aient reçu quelques enseignements qui les prédisposent à s’entendre et les préparent à leur collaboration future.

L’école, qu’elle soit d’ailleurs publique ou privée, par destination, ne joue pas d’autre rôle que celui d’agent de rapprochement entre les différentes communautés cohabitant désormais en Belgique. Qu’elle enseigne aux enfants les langues (surtout française et néerlandaise), les connaissances usuelles ; elle s’applique à toute heure à faire comprendre à ses élèves les différentes civilisations, bien sûr, occidentales, mais aussi orientales et autres, et à les préparer à une participation plus intime aux travaux de demain.

L’école doit maintenir ses élèves dans la culture qui reflète la Belgique le plus possible. C’est là sa mission essentielle. Il ne faudrait pas cependant qu’elle oubliât de parler des autres communautés (marocaines, turques, et autres) à ses élèves et des devoirs sociaux que crée la juxtaposition des peuples différents vivant sur un même territoire.

C’est là un point d’autant plus important que les enfants sont instinctivement portés à se méconnaître et, de là à se mépriser.

Les inconvénients qui résultent de cet état d’esprit sont apparents. Les enfants ne travaillent pas en classe comme ils le pourraient et ils se professaient volontiers les uns envers les autres des sentiments dépourvus de générosité.

On peut et on doit par conséquent, les détourner de ces sentiments. Sans doute l’enseignement qu’ils reçoivent à l’école et à la maison, doit les engager au respect constant de la personne humaine sans discrimination raciale ni religieuse. Encore faut-il insister auprès d’eux et les entraîner, dans les actes, plus encore que dans les paroles, à songer à communiquer et à dialoguer en vue de mieux se connaître, de se découvrir et de se respecter mutuellement. Les faits connus des enfants et des adolescents, les événements de la rue, doivent constituer une illustration sans cesse renouvelée des principes proclamés dans les leçons de l’enseignement de l’école et les entretiens familiaux. Pour répondre à cette nécessité, les responsables de l’enseignement et de l’instruction publique doivent organiser dans les écoles et les lycées des temps de paroles pour réfléchir collectivement sur la fraternité, le respect de l’autre, la dignité de la personne humaine, des cours et des conférences ayant pour objet les civilisations en général, et leurs différents aspects en particulier : ce serait le meilleur moyen de combattre l’invraisemblable indifférence régnant entre les enfants des différentes communautés à l’exemple des adultes. La comparaison constante entre des manières de vie différentes n’est-elle pas le meilleur moyen de cultiver de jeunes esprits ? D’ailleurs, il n’est pas que des différences à noter. Il est aussi des similitudes plus ou moins cachées à révéler, des évolutions retardées, des retours au passé qui peuvent donner à l’enseignement une richesse et une vie incomparables. Aussi ne serait-il pas préjudiciable pour nos enfants d’être privés par négligence, à l’école, des avantages que donne pour la formation de leur esprit, la présence d’une civilisation étrangère à la leur ?

C’est ainsi seulement qu’on puisse arriver à bout des préjugés qui dorment à demi dans les consciences des enfants. Mais n’est-il pas permis de penser que les enfants, s’ils y étaient poussés, finiraient par se considérer avec moins d’indifférence et se respecter mutuellement afin d’arriver à établir entre eux des rapports normaux.

Rapports normaux : le mot est lâché qui précise le but vers lequel doivent tendre toutes les bonnes volontés. Rapports difficiles à établir, il faut le reconnaître, du fait que les communautés en présence n’ont ni le même idéal, ni les mêmes habitudes de vie. La nécessité s’impose donc de ne pas aggraver par des préjugés de race ou de religion les différences multiples qui séparent ces communautés qui vivent côte à côte en Belgique mais qui s’ignorent. Au contraire, il convient de les atténuer en professant le respect de la personne humaine. Nous estimons pour notre part, que chaque être humain est formaliste, il est sensible aux bons procédés, et il est soucieux de sa dignité. En tenant compte de ces trois caractères (formalisme, sensibilité, et dignité), on gagnera rapidement la confiance des différentes communautés vivant en Belgique et peut-être leur amitié. Un proverbe oriental dit : «Blessure par le fer guérit, blessure par la langue ne guérit pas».
CHATAR Saïd
9 septembre 2011


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