Depuis son indépendance en 1956, le Maroc a connu des progrès importants en matière de développement. Il est par ailleurs l’un des pays africains le plus ouvert et le plus libéral. Il est celui dont les structures productives, commerciales et bancaires relèvent le plus de l’initiative privée, et qui sont les plus exposées aux marchés étrangers. 

Cette double vocation, libérale et mondiale, est particulièrement due à la place dominante occupée par le Maroc dans la production et l’exportation du phosphate, à son choix politique fondamental d’entretenir des relations étroites avec le reste du monde — particulièrement avec l’Occident — et à l’existence d’une forte bourgeoisie foncière, industrielle, commerciale et financière. Cette ouverture est donc depuis longtemps bien ancrée dans la politique économique du pays. Elle s’est confirmée et renforcée au cours des années 1990 et au début des années 2000 par la signature de plusieurs accords d’association avec l’Union européenne, les États-Unis, certains pays arabes (accords d’Agadir), la Turquie.

Pour importants qu’ils soient, ces acquis ne peuvent passer sous silence les faiblesses inhérentes à l’économie marocaine : une croissance en dents de scie (liée aux aléas climatiques), un taux d’analphabétisme inquiétant, des inégalités criantes, un système éducatif en déliquescence et des institutions qui laissent à désirer.

On peut évidemment s’opposer à cette vision, qui peut sembler pessimiste, en arguant que des progrès non négligeables ont été enregistrés ces dernière années : déconnexion progressive de la croissance économique et des aléas climatiques, progression des taux de scolarisation, amélioration de l’infrastructure (transport, routes, télécommunication), intensification de la lutte contre l’habitat insalubre, augmentation du nombre des ménages ayant accès aux services de base (eau, électricité...). Cependant, ces efforts sont lents tant les handicaps sont structurels. De même, le système productif, avec un secteur informel pléthorique, est typique d’un pays en développement, ce qui fragilise le Maroc sur son propre marché au moment où la concurrence s’annonce de plus en plus rude. Autrement dit, les conditions actuelles qui prévalent dans le pays laissent penser qu’il est difficile qu’il s’engage sur un sentier de croissance durable, en appliquant de façon indifférenciée et non hiérarchisée la panoplie de mesures habituellement utilisée dans le cas des pays en transition vers l’économie de marché, étant donné la nécessité de poursuivre l’élimination d’importants handicaps structurels. Cela est d’autant plus délicat que la mobilité induite par l’ouverture — telle qu’elle est sous-entendue dans les différents accords d’association signés par le Maroc tant avec l’Europe qu’avec les États-Unis — ne concerne qu’un facteur de production, à savoir le capital. La problématique migratoire est plutôt vue sous l’angle sécuritaire.

Par ailleurs, 10 % des Marocains vivent en dehors de leur pays, vers lequel ils transfèrent des fonds de plus en plus importants, qui constituent une source non négligeable de devises dont le Maroc ne peut se passer. En 2003 par exemple, ces transferts de fonds ont représenté plus de 8 % du pib (10 % en 2007) et 36 % de l’investissement national (formation brute du capital fixe). Ils correspondent à 46 % des exportations et à 30 % des importations.

L’objectif de la présente contribution est de montrer que le Maroc ne profite pas suffisamment de la niche que représente sa diaspora ni en termes d’investissements (au moyen des transferts de fonds) ni — encore moins — en termes d’effets de débordement (spillovers) de ces investissements (par l’intermédiaire des transferts de technologie). Avant d’exposer ces deux points, nous présenterons le contexte institutionnel marocain en relation avec la problématique migratoire.

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