La diaspora marocaine compte plus de 3 millions de personnes dont 80 % sont en Europe, 13,5 % dans les pays arabes, 5,5 % en Amérique du Nord et 1 % en Afrique subsaharienne, un continent avec lequel le Maroc a tissé, à travers son histoire, des liens culturels, sociaux et politiques très profonds.

Cette diaspora a effectué le transfert de plus d’un milliard d’euros en 2004 (soit 11 milliards de DH) selon un rapport de la Commission européenne. Ils sont plus de 2,5 millions à revenir chaque année au Maroc pendant les vacances..

Vecteur d’équilibre
Le dilemme de la double fidélité au pays d’origine et au pays d’établissement se résout dans le respect des valeurs universelles et l’intégration des spécificités. Ce n’est pas une culture hybride qui se manifeste alors mais plutôt une culture construite sur des valeurs humaines qui confèrent à l’individu l’équilibre et la sérénité. De ce fait, les autorités marocaines et la société civile des deux rives devraient permettre à la diaspora d’être un fer de lance du développement et de la coopération.

Le nouveau visage de la diaspora marocaine n’est plus marqué par le mythe du retour ou par l’hésitation dans le choix entre deux cultures, deux sociétés et deux modes de gouvernance. La démocratisation et la modernisation du Maroc, le respect des droits de l’Homme, l’émancipation de la femme, qui n’est plus confinée dans un rôle secondaire, le lancement de nombreux chantiers économiques et sociaux permettent à ces Marocains de la diaspora d’agir avec confiance. Une confiance qui se consolide avec la proximité, exercée au plus haut niveau de l’État pour donner le souffle nécessaire au rapprochement entre l’administration et le citoyen, les acteurs et décideurs politiques et leurs électeurs.

La réalité de la diaspora marocaine et de celles et ceux qui font le va et vient entre les deux rives et ne cessent d’enrichir les points de jonction. Certains pourraient être tentés de leur reprocher une ignorance des réalités marocaines. Ils oublient que la diaspora est plus que jamais concernée par le développement du pays et les différents investissements. L’élan grandissant pour défendre les valeurs universelles, la démocratie, les droits de l’Homme, la modernité dans le respect de l’identité marocaine est un indicateur fort de la connaissance de l’histoire et de l’actualité du Maroc.

Les nouveaux moyens de communication et les nombreux échanges facilitent l’appréhension des réalités marocaines.Désormais, la diaspora souhaite que l’on prenne en considération ses atouts et que l’on respecte à la fois sa marocanité et sa fidélité au pays où elle s’est établie. Sa composition est très complexe, les couples mixtes sont de plus en plus nombreux, le brassage des cultures se fait dans des sociétés ouvertes, traversées par divers courants et opinions que connaît le monde moderne. Cette complexité pourrait être un atout pour le Maroc, car elle offre des possibilités pour être davantage à l’écoute des changements et des dynamiques qui secouent les sociétés.Le roi Mohammed VI a confirmé, dans son discours du 6 novembre 2006, la création d’un Conseil supérieur des Marocains de l’étranger. Il ouvre ainsi la possibilité d’un débat démocratique. Il devrait permettre à la diaspora de mieux exprimer ses aspirations et ses projets, contribuant au développement du Maroc et à son rayonnement international. Cet espace de débat permettra aussi aux Marocains de mieux connaître et de se rapprocher de la diaspora. Mais cette rencontre ne sera productive que si les stéréotypes réciproques laissent la place à un dialogue constructif encouragé par les institutions. C’est là l’exercice d’une démocratie participative qui fera du Maroc un modèle dans sa relation avec sa diaspora.. Gestion des hommes et du culte.

Les nouveaux dispositifs électoraux annoncés par le ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, le 2 novembre 2006, permettront aux Marocains résidant à l’étranger de participer aux élections législatives et communales. Le roi Mohammed VI, dans son discours prononcé à l’occasion du XXXIe anniversaire de la Marche verte, le 6 novembre 2006, a clairement défini cette nouvelle mesure, indiquant qu’elle avait pour objectif de défendre la diaspora marocaine et de lui permettre de vivre harmonieusement son identité au sein des pays d’accueil.La question religieuse a également été prise en compte. Après un traitement marginal, elle fait de plus en plus l’objet d’une approche citoyenne, visant à garantir une protection spirituelle à la diaspora.

Lors des causeries hassaniennes de Ramadan 2006, le roi Mohammed VI a reçu plus d’une quinzaine de représentants religieux de la diaspora en Europe.La gestion du culte est confrontée aux législations en vigueur dans les pays d’accueil et à la multiplication des référents religieux. La capacité des institutions religieuses marocaines et leur crédibilité seront sans doute mesurées à la lumière de leurs méthodes de gestion de ce dossier et des résultats obtenus en la matière. Devant la multiplication de voix dissonantes, il devient urgent d’agir rapidement afin d’assurer la protection spirituelle des Marocains de l’étranger et de mettre à leur disposition les moyens nécessaires pour mieux vivre leur spiritualité, en harmonie avec leur identité.Il est regrettable d’entendre certaines voix, sans vraie connaissance de la diaspora marocaine, traiter cette question avec légèreté, comme si les thématiques religieuses n’étaient pas géostratégiques dans le monde moderne en quête de sens.

Racines plus ouverture égale célébrité
Jamel Debbouze, Amel Bent, Gad Elmaleh, Fouad Laroui, Tahar Ben Jelloune, Rachida Khalil… Tous sont des personnalités médiatisées exerçant un pouvoir certain de séduction sur la société européenne, où une grande partie de la diaspora marocaine s’est établie depuis des décades. Leur notoriété s’est bâtie sur la capacité de conjuguer racines et ouverture sur les sociétés dans lesquelles ils sont nés, ont grandi ou évolué. Des milliers de Marocaines et de Marocains à l’étranger excellent également dans le domaine de la recherche scientifique, des affaires, au sein des partis politiques, syndicats, et sociétés civiles et constituent la masse silencieuse qui reste très attachée à ses origines, à son histoire. Certes, vivre en diaspora aiguise l’identité tout en accentuant la volonté de réussir et de donner le meilleur de soi même. Bien entendu, la diaspora marocaine n’est pas constituée uniquement de personnes sans difficultés, elle n’échappe pas en cela à la situation du reste de la société avec son lot de précarité et d’exclus.

Entrepreneur en France, Hakim El Ghissassi est ancien directeur de la revue La Medina. Il a déjà lancé le site Web Sézame, ainsi que deux magazines, en français et en arabe, Sézame et Madarik. Il vient de publier chez Michel Lafon (Paris) «Regard sur le Maroc de Mohammed VI».



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