Le travail essentiel des missions diplomatiques est de recueillir l’information. Cette tâche qui était particulièrement importante à l’époque où il était très difficile de savoir ce qui se passait dans le monde, est toujours utile à l’âge de l’Internet. 

Le diplomate doit être constamment à l’affût tel un chasseur ; il doit savoir écouter, interroger, glaner des informations. De nos jours, c’est la surabondance d’information qui est le véritable problème. Cependant, il convient d’avoir constamment à l’esprit que l’information diplomatique est tournée vers l’action. En effet, à la différence d’une agence de presse, on ne communique pas une information «brute», mais une information étayée par une analyse destinée aux décideurs. Ces derniers sont intéressés, principalement, par des informations diplomatiques accompagnés de propositions et de recommandations de nature à les aider à élaborer des processus de prise de décision.

Le diplomate moderne est ouvert sur la société du pays où il est accrédité et essaie d’en comprendre les rouages. Cette proximité va lui permettre de mieux communiquer avec les décideurs politiques et économiques du pays d’accueil. Il ne peut se contenter de fréquenter uniquement des cercles mondains, où son audience serait finalement très restreinte. Il doit aussi atteindre le grand public : il s’agit de la diplomatie publique qui trouve son origine dans le concept anglo-saxon. Cela va consister à contrer la propagande des adversaires et à diffuser des informations destinées à promouvoir l’intérêt du pays que le diplomate présente auprès de l’opinion publique étrangère au moyen de puissants organes d’information. La diplomatie publique concerne la diffusion d’informations dans les universités, les contacts avec les médias locaux, la diffusion de matériel audio-visuel, pour donner une image positive du pays concerné. La diplomatie publique constitue une dimension nouvelle du travail diplomatique : elle s’adresse aux « faiseurs » d’opinion, à tous ceux qui sont susceptibles, à l’étranger, d’influer sur la perception qu’on peut avoir des relations avec tel ou tel Etat. La diplomatie publique requiert des moyens importants et n’est utilisée, dès lors, que par des Etats menant une politique étrangère couvrant un large spectre d’activités.

La mondialisation a créé un terrain culturel commun et les populations ou publics-cibles sont aisément accessibles. La recherche et la communication d’informations ne se limitent plus aux chaînons discrets et aux salons feutrés de Washington D.C, Genève et Bruxelles. Le diplomate sait que l’information doit être recueillie et diffusée partout dans le monde. Il doit bien faire usage de ses connaissances linguistiques, de ses talents de communicateur, de sa capacité à défendre une cause et à négocier un dossier.

La politique étrangère de notre temps doit prendre en compte non seulement les vues des Etats mais aussi des citoyens. Dans cette manière du travail diplomatique, il devient aussi important de nouer des relations avec les citoyens d’un pays que de parler aux représentants du gouvernement de celui-ci dans des négociations sur «la responsabilité de protéger», la lutte contre le trafic de drogue, contre le terrorisme ; ainsi, le diplomate est connecté directement avec les préoccupations de l’opinion publique.

On est entré dans l’ère des groupes d’opinion et des intérêts particuliers dont la résultante véhicule une représentation du monde à laquelle un gouvernement ne peut vraiment se soustraire à une époque où les mouvements ethniques ou religieux ont une influence. Aussi, pour échapper à l’obsolescence, le diplomate doit-il renforcer et étoffer sa politique étrangère de culturalisme, de religiosité et d’ethnicité ou d’ «ethnicisme», entre autre.

Il se forme alors un espace public international qui n’est plus centré sur l’interaction entre les Etats, mais fait de sensibilité croissante, de compassion, de solidarité et de mobilisation, s’indignant de la passivité des Etats en rendant publics les manquements aux droits de l’homme, par exemple en Chine, en Birmanie, etc. Le diplomate doit s’insérer dans ce nouveau contexte des relations internationales, qui s’inscrit dans une vision renouvelée de l’action diplomatique, caractérisée par les sujets dits transversaux davantage que par des règles strictement interétatiques.

Par ailleurs, la culture est une autre dimension de la diplomatie moderne. Les ambassades sont des diffuseurs de culture. Dans certains cas, elles disposent même d’un véritable service culturel, qui abrite une bibliothèque, organise des conférences ou des récitals, faisant venir dans le pays tel ou tel écrivain ou artiste renommé. Un orchestre national en tournée, c’est un événement culturel mais aussi diplomatique, dans la mesure où les artistes sont les ambassadeurs de la culture de leur pays.

A propos, il est à rappeler que la diaspora des marocains du monde (MDM) qui est estimée pour le moment à 5 millions d’âmes, renforce le système financier du Maroc par un transfert de plus de 50 milliards de dh/an. Toutefois, de par sa diversité, son savoir-faire, son relationnel, ses valeurs et son amour pour le Maroc, cette diaspora des marocains du monde qui est pour le moment marginalisée, pourrait jouer un rôle stratégique dans la diplomatie parallèle, si elle est intégrée dans un vaste programme de diplomatie « parallèle-publique ».

CHATAR Saïd




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