L'humanité vit actuellement la plus importante mutation civilisation depuis l'âge de bronze, le passage de la société pyramidale discrétionnaire, inventée par les sumériens, à la société transversale autogestionnaire, productrice et reproductrice de sa dynamique interne.

Tous les pouvoirs, politique, économique, spirituel, mandarinal sont subitement dépossédés de leur principal levier stratégique, le monopole de l'information qui leur procurait l'initiative et la maîtrise des événements. La révolution numérique tisse, dans l'anomie créatrice, une nouvelle planétarité sans frontières spatio-temporelles, sans discriminations sociales, sans subordinations culturelles, génératrice d'inventivité collective et d'interactivité générale.

Paradoxalement, les structures tribales, fondées sur l'égalitarisme complémentaire, recèlent les ressources organisationnelles les mieux adaptées aux bouleversements technologiques. Les centres de décision se délitent. Les transformations sociales et les perspectives historiques se brassent dans les pratiques exemplaires de terrain, de portée locale et mondiale.

Le concept de citoyenneté, élaboré par les philosophes grecs, Platon et Aristote notamment, comme statut social de l'être humain, agissant en toute liberté et en toute responsabilité dans les affaires publiques, a connu des redéfinitions théoriques contradictoires et des détournements politiques, qui l'ont finalement réduit à une participation électorale passive dans les démocraties délégatives. Montesquieu imagine le citoyen comme un fantassin civil, formaté par les lois, voué au sacrifice pour les intérêts patriotiques. Il aura fallu attendre le Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau pour que la citoyenneté exprime la volonté générale dans la construction des libertés collectives et individuelles.

La Révolution française, confisquée par la bourgeoisie, a relégué ce projet égalitaire aux oubliettes de l'histoire. Pour la première fois depuis des millénaires, les formidables possibilités ouvertes par la révolution numérique et les technologies domestiques donnent un nouveau sens et une nouvelle substance à la citoyenneté dans l'expérimentation d'expressions inédites de fraternités sociales et culturelles, sans médiations captatrices. 


Le citoyen actif se définit par sa participation contributive au collectif, non point selon des critères juridique d'appartenance, mais selon la portée concrète, régionale ou internationale, de son action locale. La civilité caractérise son respect à l'égard d'autrui et du bien commun. Le civisme est la conscience des devoirs envers la société qui favorise, en toutes circonstances, l'intérêt général. La solidarité est la matérialisation sociale de la fraternité.
Communication au Colloque du Groupement de Recherche sur Espace et Territoires (GRET) et de la Fondation Hanns-Seidel "Le Vivre-Ensemble entre le Droit et les Valeurs"  Marrakech. 27 - 28 Avril 2017
Mustapha Saha,
Sociologue, poète, artiste peintre






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